Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, combien en 2018 ? 20 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (info du 12 février) 30 au dimanche 3 mars, soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

dimanche 16 juin 2019

Dire et entendre, exprimer et comprendre ...

Ce matin-là du 3 janvier 2019, j'écoutais d'une oreille quelquefois distraite une émission sur les expressions et tics de langage qui nous agacent.
La veille, j'avais eu une longue conversation au téléphone, ce merveilleux outil moderne qui a atténué les distances contraintes entre proches. Conversation qui renforçait d'autres échanges sur la nécessité de dire ce qu'on pense, et mes réserves en contre-point. Des échanges dans "l'air du temps", faisant fi des autres en s'autorisant à ne pas prendre de pincettes, des échanges laissant croire que l'on pense dire ce que l'on pense, alors que l'on ne fait que dire ce que la doxa amplifiée de notre société médiatisée nous dit de penser.
Une part de la conversation a porté sur les réactions des uns et des autres à ce que l'on disait, la revendication d'être sincère et spontané sans toujours être obligé de se censurer dans la crainte de blesser l'autre, l'expression et la distorsion inévitable à la réception car l'autre ne comprend pas exactement ces mots-là dans le même sens.
Il y a tous les non-dits qui sous-tendent ce qui est dit.
Il y a tous les autres non-dits qui sous-tendent ce qui est entendu.

Ce matin, j'avais reçu deux commentaires en anglais, anonymes, l'un élogieux, du moins je le comprends comme cela avec une demande de ... je n'ai pas tout compris en essayant de traduire.
L'autre disait ceci :
"Wow, this post is fastidious, my sister is analyzing thes things, so I am going to let know her."
Premier réflexe sur l'adjectif, son équivalent en français induit automatiquement l'ennui et la tâche pénible.
Or en anglais, il n'en est rien, ou plutôt le terme, qui indique aussi le caractère méticuleux, fouillé de ce qui est désigné, reste neutre, sans connotation péjorative ou favorable. L'antonyme de péjoratif est mélioratif, inutile de vous dire que je l'ai découvert juste avant d'écrire ce billet et qu'il ne me semble pas utilisé.
Sauf peut-être dans des notes jargonneuses. (comme celle-ci, autodérision)

Il se trouve que, selon la génération, le milieu social ou géographique, le contexte, ce qui s'est dit avant, personne n'attribue la même signification à ce qui est dit, même dans la même langue, peut-être même surtout dans la même langue où l'on croit comprendre.

Il se trouve aussi, c'est à la fois un progrès et une régression sans pareil, la "communication" a pris une place considérable.

J'entendais depuis la veille commenter abondamment l'arrestation d'une figure visible du mouvement des gilets jaunes, disant les faits, certes, relayant les paroles de ceux qui criaient à la persécution comme de ceux qui justifiaient le respect de l'ordre et du droit.

Mais je n'entendis personne décortiquer la mise en scène très conceptualisée de ceux qui l'avaient décidé et mis en oeuvre

De quoi s'agissait-il ? Des hommes (des femmes ?) ont été arrêtés parce qu'ils ont commencé à déposer des bougies rouges en hommage aux manifestants blessés des journées GJ de décembre.
Où ? place de la Concorde.
J'aimerais savoir où exactement sur cette place.

Je n'ai pas décortiqué, j'ai laissé mes mots traduire les pensées et émotions qui surgissaient.
Bougies rouges, ... qu'en Autriche notamment on met sur les tombes des cimetières,  lieux de recueillement ... sur des lieux d'attentats ou d'accidents mortels, je voyais la place de la République après les événements tragiques du début janvier puis de novembre 2015.
Je voyais quelques bougies déposées à l'angle de la place de la Concorde et de la rue de Rivoli le 25 août de chaque année, en mémoire des civils et des soldats qui sont tombés place de la Concorde pour la libération de Paris



D'autres y verront les guillotinés de la révolution française. Certains Louis XVI et Marie-Antoinette, d'autres Danton et les Girondins, Camille Desmoulins et Lavoisier, d'autres encore Robespierre et Saint-Just.

D'autres encore (qui parmi les initiateurs de "cette action" ?) y verront les 20 morts et les 2300 blessés lors des affrontements entre les ligues d'extrême-droite et les forces de l'ordre le 6 février 1934.

J'ai revisité les temps des verbes écrits dans ce texte laissé en brouillon, rectifié quelques fautes d'orthographe ... complété laborieusement et mis en exergue le deuxième paragraphe.
Je n'ai aucune retouche à faire à la phrase qui terminait provisoirement ce billet. Et je n'ai hélas rien de plus à y ajouter ou à tempérer.

Dans cette société de consommation et de communication, la manipulation des symboles m'est de plus en plus insupportable.

dire non

d'accord, mais pour dire oui à autre chose

et aussi savoir faire silence ...




samedi 15 juin 2019

Fadosi continue ici

Billet d'accueil

pour accéder au contenu complet des articles présentés en résumé il suffit de cliquer sur le titre de l'article ou le lien Plus d'infos » 
Profitez des instants de la vie :
le temps s'écoule à sa cadence,
trop vite ou trop lentement,
sans retour possible
Pourquoi Fadosi ?

vendredi 14 juin 2019

Le nain devenu géant

Pour la page 145 de l'Herbier de poésie
(Oups, je l'avais laissé dans mes brouillons)

Le grand jour est décidé. Ses yeux tristes lancent au cyprès mille lueurs comme autant de signaux. Si sa décision est ferme et définitive, elle n'en est pas moins un crève-coeur. Pourquoi n'a-t-il pas poussé le long d'une route de Provence ou en bordure d'un champ du plateau ?
D'où viennent ses ancêtres ?
Ont-ils servi de modèle
d'une nuit étoilée ?
Il avait vu la première lumière du jour dans une sorte de nurserie pour végétaux. Une main exercée à l'art du bonsaï l'avait taillé en gestes précis. Main de professionnel nourri davantage au suivi flatteur des tableaux et des courbes de rentabilité. Si du moins cette main mutilant sans pitié avait été guidé par quelque beauté !
Esthète de son art
se projetant dans son oeuvre
en flattant son chien !
Jamais il n'ombrerait la tombe d'un cimetière. On l'avait replanté dans un jardinet, coincé entre un ancien muret de pierres sèches grossièrement jointoyé de mauvais ciment, le privant du soleil du matin et un pavillon le plongeant dans l'ombre de novembre au printemps. Entre le sapin de Noël et le vieux pommiers généreux des deux jardins voisins.
Ils avaient pris langue,
en réseaux fins d'entresol,
clôtures abolies.
Le vieux pommier à moitié mort avait fait place à un jeune pêcher malingre. L'arbre de Noël, griffant le toit sous les tempêtes, avait fini par être sacrifié. Le cyprès ébloui par le ciel en avait oublié son destin de bonsaï. Le nain voulait devenir géant, pour papoter avec les nuages.
D'une année à l'autre
toujours plus haut se hissait
l'ami des oiseaux.
Le grand jour est pour demain. Les esprits des arbres animent les fruits généreux, offerts en pâture aux colonies de volatiles. Tant bien que mal, le territoire s'organise au fil de la journée. Mais depuis le printemps les pies viennent y faire leur loi, depuis les branches hautes.
La lumière du soir
adoucit leur déchirure
dans les yeux mutins.
©Jeanne Fadosi, jeudi 13 juin 2019
à découvrir le vendredi soir  ou le samedi
avec les autres brins sur la page 145 de L'Herbier

Jeanne Fadosi, Petit peuple des cyprès





















Vincent Van Gogh, pour la nuit étoilée
Vincent Van Gogh, La nuit étoilée



jeudi 13 juin 2019

A la manière de Robert Desnos, Une fourmi de dix-huit mètres

Asfree18 à la barre du défi n°222 des CROQUEURS DE MOTS nous suggère d'écrire un poème à la manière de Robert Desnos, la fourmi.

Pour ce dernier jeudi poésie de cette fin de printemps 2019, je n’affûterai pas moi-même mon crayon à poèmes, laissant aux écoliers qui ont bien plus de talent pour la poésie le soin de le faire :

Par exemple Ici ---> avec leurs mots et La girafe, la vache ... le flamand rose ou Ici ---> avec leurs feutres ou leurs pinceaux et le loup


et
Une souris verte qui court dans l'herbe grise
sur un sol tout rouge ?
ça n'existe pas, ça n'existe pas

Une souris verte, Les quatre Barbus et Lucienne Vernay

Et
Un petit matelot traversant la méditerranée
par plaisir
ça n'existe pas, ça n'existe pas



Le petit matelot, Lucienne Verlay

Et
un président de la république
qui nommerait Simplet à la Culture et Picsou aux finances
pour que plus un enfant n'ait de pensée triste
ça n'existe pas, ça n'existe pas
Et pourquoi pas ?



Gérard Lenorman, Si j'étais président

Et hors sujet sans doute mais comme youtube et Google se sont associés pour me proposer à suivre cette toujours magnifique et intemporelle chanson de Gérard Manset de 1975 :


Gérard Manset, Il voyage en solitaire, 1975

lundi 10 juin 2019

Défi n°222 : "papotages"

Fleur de flocons à la barre du défi n°222 des CROQUEURS DE MOTS a écrit dans sa feuille de route :
Pour le défi du lundi, quelqu’un est sur le pas de sa porte, à votre avis que fait-il ?
Une fois de plus je vais décentrer (légèrement) la focale ...
En effet, elle n'était pas sur le pas de la porte mais près de la fenêtre.

J'ai dit tout haut ce qui traversait mon esprit inoccupé :
"Que fait-elle ... à nous regarder passer ... ?"
Il faut vous dire que c'était dimanche dernier, fin de grand week-end de transhumance" et nous avancions résignés à l'allure de la file ininterrompue de voitures qui traversait leur village, tels des escargots allant à l'enterrement d'une feuille morte.
Premier passager (P1) :
- Elles papotent
Moi, la conductrice (C) :
- Ah bon elle vapote ? je croyais qu'elle tirait sur une vraie cigarette.
P1 :
- C'est bien une clope. Elle papote avec quelqu'un qui est à sa fenêtre.
C :
- Je me demande ce qu'elles peuvent bien se dire ?
... à quand la déviation ?
... ah ! ces c... de transhumants parisiens !
... merci Bison futé !
Deuxième passager (P2) qui maîtrise bien le français courant  et qui est toujours gourmande d'apprendre des nouvelles expressions :
- C'est quoi "papoter" ?
Retour à la réalité des subtilités de la langue française. Un ado ou un adulescent n'aurait pas plus compris et serait retourné à son monde sous ses écouteurs ou à son papotage moderne en tchatches et twitts.
P1 :
- Ça veut dire "parler".
Réponse claire et formellement exacte.
Oui mais ...
Tout est dans la nuance et aucun autre mot ne transmettra l'expression de tout ce qui se joue là entre ces deux voisines de par et d'autre de la fenêtre. Légèreté du propos, connivence, gazette locale, philosophie de comptoir ou/et vision profonde du monde tel qu'il leur échappe ...
Ce n'est surtout pas "parler pour ne rien dire", peut-être "parler de tout et de rien" ou "parler à bâtons rompus"
- C'est quoi, "parler à bâtons rompus" ?
Ce n'est pas "parler de la pluie et du beau temps". Il fait grand beau et bien trop chaud. La conversation dérivera sans doute vers la crainte de la sécheresse et le dérèglement climatique ... pour le craindre ou le balayer comme le dernier de leurs soucis immédiats.
Ce n'est pas "bavarder", chargé des punitions de nos enfances. Ni "discuter", bien trop sérieux. Ni "cancaner" supposant de la médisance.
Il y a de la légèreté dans les propos échangés en papotant, et tout à la fois la banalité et l'âpreté de la vie quotidienne.

- Ouf ! ça y est, mon dernier fait enfin ses nuits
- attends de voir quand il va percer ses premières dents ...
- Tu n'as toujours pas réussi à faire sortir les poubelles par ton homme ?
- Oh non rires ! il ne manquerait plus que cela ! mon mec, il serait capable de partir avec au boulot en laissant sa sacoche sur le trottoir.
- Au moins, il en a encore un de boulot ! Ce n'est pas comme mon aîné, avec ses deux masters, il n'en trouve toujours pas !
- Pourtant, c'est pas le gosse à avoir les deux pieds dans le même sabot.

Si P2 entendait leur conversation, elle soulèverait des sourcils étonnés :
- C'est quoi "avoir les deux pieds dans le même sabot" ? Il suffirait de remplacer "sabot" par "chaussure" ou "sandale" pour que l'image suscitée par cette expression désuète lui soit plus efficace que toutes nos tentatives de synonymes.
Vitres fermées, à l'abri de la chaleur grâce à la climatisation, nous n'entendons pas ce qu'elles se disent.
Laissons-les à leur "commerce", vieux synonyme de "conversation"
En silence et à l'arrêt une énième fois derrière le volant, je médite sur les sorts divergents du nom "conversation", socle usuel et même vital de l'oralité et du lien social et du verbe "converser", si peu conjugué de nos jours qu'il en est devenu mondain.

*******
J'ai écrit le brouillon de ce qui précède mardi ou mercredi en m'appuyant sur un moment vécu en rentrant le soir du dimanche de l'ascension. Il se trouve que le jeudi matin du 6 juin 2019 dans l'émission Grand bien vous fasse sur France Inter dont le sujet du jour était Devenir soi-même, pourquoi et comment ? mon oreille a été alertée par les propos d'une des invitées, présentée comme "philosophe" et se présentant comme spécialiste du XVIIe siècle. Des propos faisant résonance à mes réflexions. Du coup j'ai repris mon crayon. La suite Ici --->

Camille Claudel, les causeuses, 1897
Petit glossaire :

Dans les coulisses de mon défi n°222 "papotages"

Le texte de mon défi se trouve Ici --->

C'était à la radio jeudi 6 juin 2019, jour du 75e anniversaire du débarquement des alliés sur les plages de Normandie.
Devenir soi-même, pourquoi et comment ?
"Le soi est plein de défauts. (C'est selon Jean de La Fontaine la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf). Cette enflure qu'est le moi n'est pas intéressant. Il est insignifiant. ... Les gens qui parlent d'eux-même, ça n'a aucun intérêt. Le moi, c'est le moi du bavardage ... et le bavardage, c'est l'insignifiance du langage ... Devenir soi-même, c'est devenir profondément ennuyeux ..."
Et vous savez quoi ? j'ai été interpellée par ces déclarations si bien dites qu'elles en étaient séduisantes. Et pourtant j'en ai tout de suite été choquée. La dame, invitée pour une émission sur le développement personnel est dite philosophe.
Rien de raisonné ici, elle nous assène sa vérité de manière péremptoire avec une conviction communicative. Et c'est bien là le problème !

Le bavardage, (c'est mon opinion et vous n'êtes pas obligés de la partager), c'est le b a ba de la rencontre avec l'autre, l'amorce du lien social. Autrement dit le bavardage est consubstantiel de la vie en société et de la vie d'un être social. Ce ne sont pas les adultes ayant eu à recueillir des enfants d'orphelinats ayant reçu les soins d'hygiène et de nourrissage mais privés des autres interactions vitales, temporairement voire définitivement altérés dans leur développement mental et même physique qui vous diront le contraire. Démonstration à l'appui.
Quand "je" rencontre l'autre, "je" parle de lui ou "je" demande à l'autre de lui parler de lui. Et si leur langue n'est pas commune, l'obstacle est contourné ou atténué par l'usage d'autres tactiques gestuelles ou le dessin. Ce sont d'autres formes de langage.

En réfléchissant à ce que je venais d'entendre et failli y adhérer, je me demandais ce que se disaient les normands et les soldats français, anglais, américains etc dans les zones libérées des occupants ?
Bavardage ... et bavardage essentiel ...


jeudi 6 juin 2019

R comme rêve, par Jeanne Fadosi

Alphabet en poésie pour fleur de flocons et son défi 222 : R comme rêve
et pour un autre rêve ou méditation en ce D Day ... Le chant des entrailles
Asfree18 à la barre du défi n°222 des CROQUEURS DE MOTS nous suggère de choisir la lettre de notre choix pour le 1er poème du jeudi

Comme c'est la délicieuse fantaisie des Cabardouche sur les désillusions que j'ai lu sur le Net en dernier, j'ai envie de rééditer ce que j'avais écrit au tout début de mon passe-temps de blogueuse avec des Si pour rêver, des R pour résister à la désillusion et greffer mes rêves à la réalité et des  S pour faire silence sur la tentation du désespoir et faire enfin résonner le silence de la sérénité.

« La difficulté, ce n'est pas de rêver,
mais d'accepter et de comprendre les rêves des autres. »
Zhang Xianliang, Extrait du Mimosa
Silence

Écoutez le silence
Le silence de la vie
Sourdre sous la feuille
Qui frémit sous l’hiver
Le silence de la paix
Qui murmure sous vos deuils
Qui gémit sous vos peines
Le silence de la nuit
Qui veille sur nos rêves
Le silence de la faim
Apaisée par le pain
Le silence de la soif
Étanchée à la source
A la source de vie
Partagée entre tous
Différents et pareils
Malgré nous solidaires
Sur cette terre finie
A tous et à personne
Le silence de la terre
Où se sont tues les armes
Le silence du ciel
Où se sont tues les bombes
Enfin
Rêve ?
Rêve…
                           ©Jeanne Fadosi, 31 décembre 2008
Rêve
Au monde magique de la nuit enchantée
Rêve éveillé
D’un monde idéal
Sans violence et sans haine
Sans arme et sans poison
Réveil
A l’âpre rugosité du monde réel
Réveillon
Pour l’oublier dans l’ivresse illusoire de la fête
Nous réveillâmes
Au passé simple
Des aubes au crâne brumeux
Futurs trop compliqués de nuits désenchantées
Réveil de l’âme
A l’essentiel
Révélation
Au merveilleux du jour qui passe
A la simple beauté du sourire d’un passant
A la douceur d’une gorgée de pluie sur le désert
Au vol de canards noirs dans l’aube grise encore
Rêvons ! Luttons
Ensemble pour et non pas contre
Ou alors tout contre
Rêve ô luciole
Que ta clarté rieuse réchauffe aussi les corps
Que ton rire mutin contamine les cœurs
Révolution !
La misère est éradiquée
Sans plus de haine ni de peur
Sans colère ni rancœur
Rêve ?
Rêve ...
                                            ©Jeanne Fadosi, décembre 2008


En septembre 2012, j'écrivais pour la lettre R de mon alphabet en poésie de l'été :

"Pour illustrer la lettre R qui vient après le Q de la quête, j'ai l'embarras du choix.
Entre rire et répulsion, entre roi et rustre, rentable et respirable, rassurant ou redoutable, révolte et résignation, rancœur et résilience, rêve et réel ou réalité ...
Depuis le début de cet abécédaire, pourtant, j'avais l'intention de choisir Rêve,
Et pour l'illustrer, ce poème que j'ai écrit dans les débuts de ce blog, vers la fin de l'année 2008.
Bientôt cinq ans pendant lequel le Monde, l'Humanité, ont tracé leur route.
Avec de grands bouleversements, des espoirs, des retournements ..."

et je pourrais ajouter aujourd'hui tant et tant de désillusions de part le monde, tant de morts sociales, tant de morts, tant de naufrages ...

mercredi 5 juin 2019

Le chant des entrailles, de Jeanne Fadosi, réédition

préambule : demain sur les côtes de Normandie sera célébré Le Jour Le Plus Long. C'est oublier en effet que ce jour a commencé dès le 5 juin de l'autre côté de la Manche et préparé depuis des mois de part et d'autre de l'Atlantique.

Le 11 mai 2017 j'écrivais sur ce blog :

En cette semaine du 8 mai célébrant la fin d'une guerre particulièrement immonde, et dès ce moment-là la volonté de construire les bases de ce qui ne permettrait pas que cela advienne encore, il est plus que jamais important de s'en souvenir.
Alors je réédite ce texte que j'avais écrit pour miletune en septembre 2013 sur l'image du cimetière américain de Colleville sur mer dans le Calvados, près des plages du débarquement.

Le jeudi suivant je rééditais Osorezan, en écho au chant des entrailles et juste avant, le mercredi 17 mai Omerille en terre de Coleville.

Le chant des entrailles

Il a les boucles flamboyantes de sa grand-mère et à travers elle celles de ses aïeux irlandais. Il a la peau cuivrée et les yeux noirs de son grand-père amérindien et à travers eux ceux de ses aïeux.
Elle l'avait emmené au plus près de la montagne sacrée. Au plus près c'était encore loin, une vaste zone interdite aux humains séparait la route du Mont des Ancêtres. Vaste désert d'où on les avait exproprié pour expérimenter le feu nucléaire.
Elle lui a dit, toi, tu iras écouter les vibrations de la terre dans le champ où repose ton grand-père. Entends les atomes des anciens. Rapporte-moi une parcelle de son chant. 
Dans l'herbe humide et parfumée d'embruns, au-dessus de la falaise en retrait de la mer, allez savoir pourquoi c'est La Grande Vague de  Kanagawa qui le submerge.
Allez savoir pourquoi ce sont ces mots qui tambourinent sous son crâne en une prosodie lancinante
Sendaï
Fukushima
Hiroshima
Nevada
Île du bonheur
Train de la peur
ou de la fortune
chant à la lune
L’île large
L’île longue
Longue pointe 
Nagasaki
Colleville
Tchernobyl
Ile des 3 miles
Three miles Island
Islande
Hokusaï
Sendaï
©Jeanne Fadosi, pour Mil et Une, image semaine 39

méditation au cimetière de Colleville

La Grande Vague de Kawagana,
Katsushika Hokusaï, vers 1823-1829

Quelques liens pour aller plus loin :
Hokusaï, 1760 - 1849, peintre, dessinateur et auteur de textes japonais
Terres sacrées des Indiens, ouest des Etats-Unis
Colleville sur Mer (Cimetière américain)
l'Islande exporte son électricité ... (Développement durable)

Nb, j'aurais pu aussi, en petite lueur d'espoir ajouter Auroville (Inde) à La géo-électricité de l'Islande
voir aussi wikipedia-auroville.


jeudi 30 mai 2019

DéfiCroq en interlude

En attendant le dernier défi de la saison qui sera lancé lundi prochain 3 juin par Fleur de flocons, Dômi, sur le blog des CROQUEURS DE MOTS nous dit "avoir pioché des réflexions souvent cocasses sur les réseaux sociaux, je vous en donne trois et à vous de les commenter à votre façon, de préférence avec humour et amour plutôt qu’avec haine et violence, il faut savoir que la haine, appelle la haine et ça ne sert à rien."

Voici donc les trois petites réflexions …

J'ai choisi la première réflexion qui m'a rappelé dans mon enfance une voisine et parente. En me relisant, je ne suis pas sûre d'être tout à fait dans le sujet. En tous cas cette histoire vraie fera peut-être sourire mais pas rire du moins je l'espère.
Et puis je voulais, quelques jours après la fête des mères, redire la chance d'avoir eu des parents qui savaient évoluer avec leur temps, ou plutôt en avance sur leur temps pour décider d'agir pour l'abandon des châtiments corporels.
Vous devinez que j'ai choisi d'illustrer la première réflexion.

Elle s'appelait Albertine
mais tous l'appelaient Titine
sauf pour sa mère nommée Thérèse
loin d'être sainte, plutôt balèse.

Enfin Thérèse c'est pour la rime
et peut-être aussi pour la frime
Je creuse ma pauvre cervelle
pour rappeler son nom à elle.

Pour eux c'était un temps acceptable
avec le martinet sur la table.
La mémé était très âgée
soignée, nourrie ignorée juste logée.

Point de violence, un peu de rudesse
sans égard pour sa vieillesse.
J'ai longtemps jugé durement
une telle absence de sentiment.

Bien plus tard j'ai finalement appris
les traitements que, fillette, Titine avait subi
jusqu'à l'asseoir sur la cuisinière
pour lui apprendre les bonnes manières.

Alors les lanières d'un martinet
pour ses enfants espiègles un tantinet
lui semblaient plus douce punition
que les châtiments de sa génération.

Chez mes parents j'ai vu la disparition
de l'objet banal, une révolution !
C'était encore dans les années cinquante,
il y fallait une conviction militante.

Ensemble parents à l'école des parents
montrer d'autres chemins pour devenir grands
sans supprimer totalement les sanctions
mais en privilégiant la prévention.

Bien sûr il y eut des dérapages
de rares fessées, quelques orages
et des limites dépassées
et des bêtises à corriger.

J'ai donc eu une douce enfance
et s'il y eut des remontrances
il y a eu tant d'amour
et tant de souvenirs pour ces jours.


mardi 28 mai 2019

Oyez les CROQUEURS DE MOTS pour le dernier défi de la saison ... !!!

Je laisse la parole à notre amirâle si mal nommée sur notre rafiot car elle ne râle pas, non, non :
"Ohé Mâtelôts,
La fin de la saison approche à grande vitesse,
nous arrivons à la fin du tableau aussi, tout le monde a participé au moins une fois,
il reste encore une moussaillonne, je nomme Arlette (Fleur de coton flocons)
Chère Arlette, si tu nous lis, peux-tu nous dire si tu te sens prête pour un défi?
Si oui, tu peux confirmer ici en commentaire et l’annoncer sur ton blog,"

et la réponse de la moussaillonne Fleur de flocons :
"Coucou
Est ce que je peux publier l’annonce lundi 3 juin ?"

"Ce dernier défi nous mènera à la mi juin, ensuite je vous donne vos vacances
je pense que tant vous que moi les méritons".

J'ai l'impression Dômi que tu anticipais déjà une 'tite pause cette semaine puisque l'annonce du défi 222 lundi prochain 3 juin nous mène au 10 juin pour le défi et aux 6 et 13 juin pour les jeudis poésie.
Tu nous préciseras cela sur le blog de la communauté dans la journée de mardi ... voire de mercredi.

Dernière nouvelle : proposition de Fleur de flocons acceptée et petit défi interlude pour cette semaine

J'aime beaucoup ton illustration, tu as toujours le chic pour les dégoter !


Bon ce n'est pas le moment de continuer à utiliser l'ordinateur, j'entends l'orage qui gronde au loin (un vrai dans la réalité des nuages. Dommage, la pluie fine qui mouillait les sols trop secs doucement depuis ce matin allait faire du bien aux jardins.

vendredi 24 mai 2019

Le temps des marguerites

Pour la page 144 de l'Herbier de poésie

Vous en ai-je déjà fait la confidence ? Mon père était casanier à un point que vous n'imaginez pas.  L'hiver, il avait tant roulé sur de mauvaises routes par tous les temps et quelquefois en pleine nuit pour aller réparer les lignes électriques. Et dès la fin du printemps les jardins méritaient toute son attention. C'était l'époque des récoltes, des mises en bocaux à stériliser et des confitures. Alors quand il se décidait, c'était souvent impromptu et il fallait être prêt à partir dans l'heure.
Seulement voilà, c'était une agréable journée de mai du début des années 1960, le moment des plus belles marguerites. Et j'étais introuvable. 
C'était aussi un jour de fin du monde annoncé, relayé pendant les jours précédents à la radio, l'une de ces dates qui devaient correspondre à une prédiction de Nostradamus. C'est du moins ce que j'entendais de plus audible du discours de la TSF bien plus discrète sur les risques atomiques, sur fond de guerre froide et d'essais nucléaires atmosphériques dans les déserts du Nevada et du Sahara ou les steppes de l'Asie centrale.
Je n'étais pas encore sortie de l'enfance et les nuances entre allégorie, parabole et simple métaphore étaient hors de ma compréhension.
Alors, autant pour échapper à des discussions philosophiques aussi déprimantes que passionnantes que pour tromper mon angoisse existentielle, j'avais marché  jusqu'au calvaire des Gaillons à la quête d'une réponse improbable. L'heure fatidique de 13h13 n'avait conduit à aucun événement dans un ciel limpide et j'avais cueilli une pleine brassée de fleurs de talus sur le chemin du retour.
Je vous fait grâce du sermon de mon père et des reproches inquiets de ma mère. Inutile aussi de préciser que j'avais tu le mobile de mon absence, cette superstition ridicule, et ma honte d'y avoir cru.
L'après-midi nous laissait le temps de mettre le projet d'escapade à exécution et ce fut finalement une merveilleuse fin de semaine, à peine gâchée par les interminables bouchons du retour, nos routes de traverse faisant alors office d'itinéraires bis pour ceux qui regagnaient la grand' ville.
©Jeanne Fadosi, jeudi 22 mai 2019
pour l'herbier de poésies 144
à découvrir le vendredi soir  ou le samedi
avec les autres brins sur la page 144 de L'Herbier 

photo Marine D

base pour un photo montage fait en 2013
En ce moment c'est Métiers improbables

jeudi 23 mai 2019

Z comme zéro, de Jeanne Fadosi

Carte blanche de Zaza pour le 2e jeudi en poésie du défi n°221 des CROQUEURS DE MOTS

bis répétita ou variations avec les lettres de l'alphabet

Vous l'avez peut-être deviné, je m'en vais explorer les ... chiffres nombres. Mais à ma manière très personnelle.
Et pour commencer, le zéro ... qui n'est pas le chiffre qui est venu en premier.

Un 1 et un 0 (zéro) font toujours 101


Zéro ! Nulle idée, nulle sève,
Pourtant une tête et du rêve,
Et deux pieds pour l'ancrage au sol.
Trois dimensions pour s'épanouir
Quatre directions où partir
Cinq sens qui font sentir le monde
Six frontières à l'hexagone.
Sept figures pour le silence,
Huit notes pour la mélodie,
Neuf muses pour l'inspiration,
Dix sages2 pour la contenir.
            Jeanne Fadosi, le dimanche 6 septembre 2009


1.- Titre en petit clin d'oeil à cette grande dame qu'est Stella Baruk, au risque assumé de dérouter plus d'un pédagogue, mais dans l'espoir que certains chercheront à comprendre pourquoi la compréhension des nombres et de la mathématique ne va pas forcément de soi.

Stella Baruk
L'âge du capitaine
Editions du Seuil, points Sciences, 1992
en couverture, photo Robert Doisneau, archives Rapho









2.- le nombre dix (ou douze ou ...) est souvent associé à des assemblées de "sages". Je ne faisais pas ici spécialement référence aux dix sages (ou martyrs) de la tradition hébraïque. On retrouve cette idée un peu partout dans les traditions , de la Chine aux amérindiens, de l'Afrique aux inuits, comme dans diverses assemblées .
voir comme exemples bien différents ICI (pour régler sagement un problème de frontière, malheureusement le lien est caduc) et ICI (pour se pencher sur le manque de succès d'un football national)

Pierre Lapointe Alphabet


lundi 20 mai 2019

Défi n°221 : le zombie zazou

Zaza à la bazze du dézi n° 221 des CROQUEURZ DE MOTZ, pardon de za galère, dans la catégorie des ZZZZ après l’amie Jazzy, nouz murmure à l'oreille
– Pour le 20 mai, défi  221, je vous propose de concocter une petite histoire « zazatesque », faites travailler vos méninges, vous connaissez mon esprit déjanté ! 
Il était une fois un zombie
qui était né un jour de pluie
parmi ses frères pétunias
au milieu d'un champ de zinnias.

Tel un vilain petit canard
parmi les cygnes blancs pénards
sa robe est d'un beau velours noir,
couleur So Chic pour un peignoir !

En zombie aux grandes zoreilles,
il vit quand les autres sommeillent
et danse à la pleine lune
en zézayant pour sa fortune.

"ze suis un zombie zentil"
susurre-t-il au-dessus des lits.
"ze viens pour le passage des zâmes,
hop, zazous, montez dans mon tram"


Y'a des zazous, Brigitte Fontaine avec M

Post scriptum : Y a des zazous pour illustrer, j'y avais pensé en explorant mes anciens textes jouant avec le z ... cf Alphabet en poésie Z comme zéphir --->. Comment ai-je pensé aux zentil zombie ? tout simplement parce que la photo de pétunia que j'ai mis en ligne pour 24 heures photo du samedi 11 mai me faisait penser au gentil fantôme Casper que mes enfants avaient beaucoup aimé et moi aussi bien sûr !
Mais ce qui est totalement fortuit et troublant quand j'ai mis en ligne le clip de Brigitte Fontaine, c'est le rapprochement des couleurs entre ma fleur zombie et la tenue de M ...


vendredi 17 mai 2019

Aller simple

Sur la suggestion d'Adamante du lundi 22 avril 2019 sur la page 140bis
 Si, en vous promenant dans les nombreuses cachettes de l'Herbier vous trouvez une image qui au passage vous fait un clin d'œil pour attirer vos mots dans l'antre de ses désirs (rhooo!!!), n'hésitez pas, suivez-là.     
Un aller simple
pour une éternité floue
c'est de son âge
Un aller simple
d'un corps à tête chenue
Même si c'est dommage
Pour un dernier voyage
faut-il être sage ?

Un aller simple
au tiers-temps d'une vie
c'est cruel
Un aller simple
abandonnée à la détresse
indicible
Pour un voyage prématuré
Crier, pleurer, insoumise
à l'injustice.
©Jeanne Fadosi, vendredi 26 avril 2019
sur l'image de l'Herbier de poésie 3,

Pour Maëlis, 33 ans pour toujours

jeudi 16 mai 2019

... x ... y ... Z, de Jeanne Fadosi

Zaza à la bazze du dézi n° 221 des CROQUEURZ DE MOTZ, pardon de za galère, dans la catégorie des ZZZZ après l’amie Jazzy, nouz invite
– Pour le 16 mai, 1er jeudi en poésie, pourquoi pas un poème personnel ou d’auteur, mettant à l’honneur la lettre Z. 
Tenir un alphabet en poésie est un défi que je me suis lancée plusieurs fois

Arriver au bout de l'alphabet, même en poésie, ce n'est pas la fin du voyage ...
Histoire de prolonger ... un petit interlude, composé tout exprès pour une consigne qu'il était difficile de satisfaire avec les poètes passés. Voir première édition Clic --->

... x ... y ... Z


Depuis un autre coin du web
m'a été envoyé pour les vœux
de l'an venant deux mille douze,
un harmonieux zonotrichia.
En muzardant sur le web
sur les sites d'oiseaux en danger
et fort justement protégés
aigle royal, mouette pygmée,
mésange rémiz, aigrette garzette
bruant zizi, pipit sylvestre
hypolaïs polyglotte ...
je me suis apitoyée
de l'effroyable destinée
expliquée sur wikipedia :
J'ignorais jusqu'à l'existence
de cette espèce exterminée
dit-on par un chat trop zélé.
Deux de ces oiseaux exotiques
d'un ilot Néo-Zélandais
ont leurs squelettes exposés
dans un muséum de New York 
grâce à un excentrique banquier
passionné de zoologie
et féru de systématique
ayant des zèbres en attelage
des wallabys dans son jardin.

Peu de chance que les experts
les yeux rivés sur les pixels
de leurs écrans plein de zéros
s'apitoyent d'une autre extinction*.
©Jeanne Fadosi, mercredi 28 décembre 2011

* note de ce lundi 13 mai 2019 : pas même de la leur à l'observation de la dégradation exponentielle de la planète et de sa biodiversité (dont les êtres humains) depuis l'écriture de cette fantaisie.

Pour en savoir plus sur le rapport de IPBES sur la biodiversité  Huffingtonpost ; Notreplanète ; Francetvinfo

colibri-dieu des aZtèques