Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

vendredi 12 avril 2024

"Elle a" ... un petit défaut si charmant !

 pour  Le nid des mots de abécé, thème d'avril 2024 : 

thème à publier le vendredi 12 avril 2024 sur nos blogs : 
votre texte débutera par "Il,(elle), est..." ou "Il,(elle), a..." suivi d'une expression française de votre choix

aparté : j'ai tenté une première participation à Une image des mots de An'Maï que vous trouverez au billet précédent et qui fait écho au texte de Zaza pour le nid des mots


Elle a un seveu zur la langue, autrement dit elle zozotte, elle zézaie, appelez z'la comme vous voudrez et za a l'air d'amuser les grands, quoique certains z'en inquiètent. 
maman la reprend zyztématiquement et là, za devient selou. (non, je me trompe d'époque, le verlan n'était pas encore revenu à la mode) papa dit qu'elle parlera normalement dans peu de temps.
En attendant, même zi ze n'est pas méssant, elle n'aime pas que les frangins et la frangine l'imitent à saque fois qu'elle dit quelque soze. Et puis ze garzon de grande zection qui la sambre dès qu'elle ouvre la bousse. Aucune indulgenze dans zes zarcazmes, contrairement à la maison. 
Je vous rassure, ce petit inconvénient qui lui est venu on ne sait comment a disparu presque tout seul en quelques mois. Presque, parce que, tout de même, certaines moqueries la vexaient suffisamment pour la motiver à se corriger. Pourquoi donc l'appelait-on Titi à la récré et que "Gros Minet" allait la manger ? Le "on" était peu  nombreux car au début des années 1950, peu de familles avaient la télévision ou allaient au cinéma.
Presque, parce que dès que les incisives de lait ont cédé la place aux dents définitives, elle a perdu l'habitude de taper sa langue contre elles.
 
Besoin de réécrire le début de ma petite contribution au nid des mots ?
 
Elle a un cheveu sur la langue, autrement dit elle zozotte, elle zézaie, appelez c'la comme vous voudrez et ça a l'air d'amuser les grands, quoique certains s'en inquiètent. 
maman la reprend systématiquement et là, ça devient chelou. (non, je me trompe d'époque, le verlan n'était pas encore revenu à la mode). papa dit qu'elle parlera normalement dans peu de temps.
En attendant, même si ce n'est pas méchant, elle n'aime pas que les frangins et la frangine l'imitent à chaque fois qu'elle dit quelque chose. Et puis ce garçon de grande section qui la chambre dès qu'elle ouvre la bouche ! Aucune indulgence dans ses sarcasmes, contrairement à la maison.



jeudi 11 avril 2024

Pour l'image 24 d'An'Maï, alphabet en poésie : G comme goutte d'eau ...

Retournée bien tardivement et via les participations de Colette et de Jill Bill sur l'image proposée le 1er avril par An' Maï pour ses défis Une image des mots.


Sur la page blanche
mille pensées vagabondent
réveillant mille ombres

Danse la vie qui s'éveille
s'animant de mille vies

Sur la page blanche
dansent toutes les couleurs
d'une lumière arc-en-ciel
©Jeanne Fadosi, mercredi 20 septembre 2017

Et l'envie de trouver dans mes textes une idée à copier coller sur l'image pour participer enfin à ces belles et inspirantes propositions.
***
C'était le 8 août 2012 et la pluie manquait où était trop violente, j'ai oublié. Je rééditais une goutte d'eau créée le 24 janvier 2012 pour un autre challenge en photo entre ombre et lumière. 
Et cet été 2012, en panne de thèmes de jeux d'écriture, j'avais initié un alphabet en poésie.

 Bien sûr j'aurais pu ... choisir la graine, ou le germe, générer plutôt que gêner, les gènes sans OGM sans la gêne ...

J'aurais pu garder le meilleur et me garder du pire, grandir vers le ciel, ou gravir des montagnes sans gémir, gourmander la gourmande, grimacer sans gaieté aux propos grivois, m'amuser d'autres, plus galants, mais préférer les mots gentils ...

L'eau, qu'elle nous abreuve en douces gouttes de pluie ou nous inonde en averses drues, qu'elle perle au ruisseau ou en vastes lacs, l'eau, dans notre monde, est indispensable à la vie.

 

"Gouttes d'eau"

 

ô

ces

perles

de pluie

ces larmes

justes éphémères

qui captent la lumière

la fragmentent en arc-en-ciel

Emma en leur capture excelle

sur son blog nous prodigue

leurs reflets en couleurs

et subtiles nuances

si fragiles

 

 Jeanne Fadosi, mardi 24 janvier 2012

 

Quelques gouttes d'eau offertes à notre regard par Emma sur son blog pictozoom ICI ou LA 

j'ai vérifié, les liens sont toujours valides à ce jour (11/04/24).

Jeudi poésie : Souvenirs du bord de l'eau

Envie de garder un fil poétique avec ce rendez-vous des CROQUEURS DE MOTS qui ne reviendra pas. Du moins dans ce jeu d'écriture. 

Envie aussi, en ces temps de hauts murs et de chacun pour soi, de rééditer l'un de mes textes où j'entremêlais prose et vers pour tisser ces souvenirs confiés, par la grâce de ces liens sociaux que l'on tissait le temps d'une saison.
Je ne sais pas ce qu'est devenue cette personne. La contemplation du fil de l'eau d'une rivière ou d'un fleuve m'y renvoie. Souvent.

C'était en novembre 2020, pour  Le nid des mots de abécé  ,  "En écoutant la Moldau de Smetana il était demandé d'écrire sur le thème de l'eau.   C'était dans la vraie vie le long de l'Oise en 1986.   

Une eau qui manque là-bas ou qui déborde ailleurs ou qui engloutit tant et tant.


L'eau s'écoulait nonchalamment
A peine ridée par le vent
Le chaland allait lentement
La femme sans âge,
sans nuage sur son visage
S'imprégnait du paysage

J'avais vu son annonce d'offre de cours particuliers de piano classique et moderne dans le journal Le Monde car j'avais acheté un clavier électronique et je ne m'en sortais pas toute seule. Il lui fallait deux  heures par le train depuis Paris où elle logeait dans un foyer pour femmes de L'Armée du Salut et autant pour le retour. Juste pour  m'apprendre les rudiments du piano pendant mon troisième congé de maternité et pour un prix plus que modeste.  

Après ma leçon je lui offrais du thé et des gâteaux et nous écoutions de la musique de son choix. Elle aimait particulièrement La Moldau de Smetana. Et quand le temps était clément elle me demandait si nous pouvions aller nous promener le long de la rivière toute proche. Nous étions en hiver, j'emmitouflais mon bébé et nous partions avec le landau.

Le poème symphonique de Smetana est enkysté de ce souvenir de près de quarante ans. Elle me disait combien contempler le fil de l'eau l'apaisait et elle me racontait par bribes des fragments de sa vie d'avant. Sa voix sans affect, sans ressentiment non plus, avait le même ton que si elle m'avait demandé de lui passer le sel.

D'elle je n'ai su que peu de choses sinon qu'elle était arrivée d'Asie avec les boat people. Elle avait été pharmacienne dans une autre vie. Elle avait vendu son officine, puis son logement. Il valait mieux désormais être locataire que propriétaire. Mais ces précautions n'avaient pas suffi et elle avait perdu toute sa famille un jour de grand "ménage".

L'émotion avait déserté
comme le sel brûlant ses blessures.
Cœur à vif, cœur flétri,
Le tribut à sa survie.

L'eau s'animait doucement
Au passage de la péniche.


péniche sur l'Oise

 


l'Orne en amont du barrage de Rabodanges

jeudi 4 avril 2024

jeudi poésie : Un jour, un jour, de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat

Je sais que les défis sont en stand by et que la version s'était allégée des jeudis poésie.

7 avril 2022, pour Les Croqueurs de mots et Jazzy qui nous demandait 

Pour le jeudi poésie :
Le 7 avril un poème où la musique est présente

après quelques autres citations, j'écrivais :

J'aurais voulu faire un billet léger mais comment passer à côté d'Aragon qui fait tant résonnance à notre époque.

UN JOUR UN JOUR
Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime
Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
Emplissant tout à coup l'univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue
Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche
Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l'avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages
Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché
Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche
Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l'enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles
Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d'idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou
Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche 
Poème de Louis Aragon, Le fou d'Elsa, Gallimard 1963
chanté par Jean Ferrat, Barclay janvier 1967

Louis Aragon, 1897 - 1982, poète, romancier et journaliste français
Jean Ferrat, 1930 - 2010, auteur-compositeur-interprête français. Il a mis en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon


Ou avec sa voix de 1967 :
Un jour un jour de Louis Aragon, par Jean Ferrat

Mille pensées à Dômi et sa famille

mercredi 27 mars 2024

C'était le 6 mars et Colette relayait le message de Dômi

 5 mars, mon  dernier billet ici et nous sommes déjà le 27 mars, c'était le 6 mars et Colette relayait le message de Domi nous faisant part de sa peine immense et de son incapacité à tenir le gouvernail.

Comme je la comprends !
Alors Colette nous disait 

après moi, suivent : Fanfan, Les Cabardouche, Marie Chevalier, Durgalola etc. …

Merci à l’un(e) de vous de prendre la relève après moi et, publier


...
à moins que j'ai manqué des blogs, je crois que personne n'a pu ou n'a eu le cœur de prendre la relève.
Les croqueurs de mots peuvent attendre et les propositions de jeux d'écriture ne manquent pas sur d'autres blogs pour celles et ceux qui souhaitent des idées.

Pour ma part, après un ordi en réparation pendant une quinzaine de jours, je me donne un peu de répit en écriture et j'essaie de faire des visites, mais je rame. Je vais lentement et les nouvelles pages arrivent plus vite que celles que j'ai en retard de lecture.


J'emprunte à Colette les mots et à An’Maï  une image, et je sais qu'elles ne m'en tiendront pas rigueur puisque je les cite. L'image d'ailleurs circule sur le Net et subit de nombreuses variantes. C'était le 15 mars et An'Maï la proposait en support d'écriture.


Monde en désarroi

Écoute le cri de la terre

Ce fruit de l’Amour

                      Colette      

mardi 5 mars 2024

Oyez les croqueurs de mots : Colette nous invite ...

pour le défi 290 des CROQUEURS DE MOTS, Colette à la barre nous invite et voir ce qui se passe ...

où ça ? où ça ?

Pour le savoir : ---> Annonce des Croqueurs de Mots : Défi N°290 | ~ En toute simplicité ~ ... (wordpress.com)

<--- avec cette drôle d'image inquiétante ...


Je me demande si je préfère pas affronter les vagues de haute mer ...

lundi 4 mars 2024

Lianes et mots mêlés

Parution éphémère le 26 février, erreur de date ... Et Oups ! à la publication cette fois le 4 mars, je m'aperçois que je n'ai pas mis les liens dans le collier de commentaires ! 😕

Pour la page 230 de  l'Herbier de poésies

En fait j'ai deux textes, le premier mêlant mes mots et ceux déposés en commentaires ici :

24 heures photo 2024 - 01 : mes vœux de lumière - jeannefadosi (overblog.com)

C'est à la suite de ces commentaires que, déposé début février, j'avais trouvé celui-ci : 

Françoise la V.M 04/02/2024 10:52

Je n'ai jamais vu des akènes de clématite. C'est beau !

Ta photo pourrait être proposée aux plumes de l'Herbier ..... Non ?


Le deuxième, un premier jet (copieusement raturé et modifié depuis) avant d'avoir cette envie de tresser mes mots et ceux des commentaires.


***


C'était le dimanche du dernier jour de l'année. J'étais allée à pied chercher le pain, profitant du soleil, surprise par le vent glacé, ravie par les couleurs du paysage que la lumière oblique d'hiver sublimait même à midi. 

Panne d'inspiration ...
Que serait l'année nouvelle ?
Quels vœux formuler ?

Je venais de trouver l'image qui accompagnerait et peut-être porterait des mots réconfort que je peinais à convoquer entre un adieu à une année horribilis et un salut craintif à la nouvelle pleine de nuages sombres.

Des mots pansements
hors des guerres et des conflits ?
Des vœux de lumière ?

La vie est précieuse, 
ne l'abîmons pas,
ni la nôtre, ni celle des autres.

Et tous ces mots déposés
doux comme un duvet d'akènes

"Oui Jeanne, si précieuse, qu'importe cette vie, humaine, faune, flore...." (Jill) ; "La vie est précieuse et courte. Nous ferions mieux de tous le comprendre plutôt que de nous déchirer pour un oui ou pour un non! Laissons place à la douceur" (Marie-Paule)

"Petits moulins blancs
tournez, tournez
saisons et années
sans abîmer
Terre, mer et continents !" (ABC)

"... ces "fleurs" toutes en douceur, légèreté, mouvement qui vont si bien ici"  (Patricia) ; "La Nature n'a que que faire de nos disputes et guerres. Il n'y a qu'à la regarder, c'est la simplicité même mais aussi d'une grande complexité comme ces clématites pleines de douceur." (Annie54)

"Une tendresse particulière pour ces fruits de la clématite. Même sur le balcon, notre clématite horticole, fait aussi ce genre de touffes. Et dans la forêt le long du Rhin, la clématite fait de véritables lianes." (Yannn)

"Je pense hélas Jeanne
que tu prêches des converties ! 
La nature n'a que faire 
des guerres et des conflits,

elle poursuit son bonhomme de chemin. 
Que j'aime ces akènes de clématite..." (Cathyrose)

***
Porté par le vent
depuis le bois par le champ
l'akène a germé

a fait souche, lançant sa liane
à l'assaut de la lumière

au midi d'hiver
filaments aux mille éclats
étoiles en offrande.

D'akènes aux bourgeons 
de tiges en fleurs, en fruits, en graines
des germes aux akènes ...

Par quoi ou qui, clématite,
es-tu mue en cycles de vie ?
©Jeanne Fadosi, vendredi 23 février 2024
pour la page 230 de l'Herbier de poésies
à découvrir avec les autres brins sur la page 230



jeudi 29 février 2024

L'invitation au voyage, de Charles Baudelaire

Jeudi en poésies choisies, en marge du défi 289 de Josette
Quand on pense à ce titre de Baudelaire, on se récite dans la tête ces vers appris par cœur et si faciles et plaisant à retenir

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
...
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
...

Mais savez-vous qu'il en a développé l'idée dans un délicat poème en prose publié dans le recueil posthume Le Spleen de Paris — Wikipédia (wikipedia.org) grâce à deux de ses rares amis poètes.
On est loin  de la crapule que nous a révélé Jean Teulé dans son livre Crénom Baudelaire.
Car "Si l'œuvre éblouit, l'homme était détestable." Crénom, Baudelaire ! - Jean Teulé - Babelio

Lisons ou relisons  ce poème en prose : L’Invitation au voyage (Le Spleen de Paris) - Wikisource

Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie.

A quelle vieille amie dont il avait fait son esclave faisait-il allusion ? Faut-il se priver de la beauté de sa poésie pour autant ?

Un vrai pays de Cocagne, où tout est beau, riche, tranquille, honnête ; où le luxe a plaisir à se mirer dans l’ordre ; où la vie est grasse et douce à respirer ; d’où le désordre, la turbulence et l’imprévu sont exclus ; où le bonheur est marié au silence ; où la cuisine elle-même est poétique, grasse et excitante à la fois ; où tout vous ressemble, mon cher ange.

Oui, c’est là qu’il faut aller respirer, rêver et allonger les heures par l’infini des sensations. 

Oui, c’est dans cette atmosphère qu’il ferait bon vivre, — là-bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées, où les horloges sonnent le bonheur avec une plus profonde et plus significative solennité.

Mais vous savez quoi ? pour faire écho à mes rêveries de lundi sur l'invitation de Josette, j'ai une préférence pour son autre poème en prose L'étranger, de Charles Baudelaire - Fa Do Si (over-blog.com)


mardi 27 février 2024

Dans le sillage du déficroq 289 : l'urgence d'aller là-bas

Comment n'y ai-je pas pensé ? Ce qui suit n'est pas de la fiction ...

Cette urgence, c'est un jeune  géographe physicien de 28 ans, en exploration dans le désert brûlant du Sahara, qui l'a ressenti en recevant un télégramme annonçant 

"Mission Malaurie Thulé acceptée par gouvernement danois. Signé : ambassadeur de France à Copenhague, baron de Charbonnières."

Le jeune homme s'appelait Jean Malaurie  Jean Malaurie — Wikipédia (wikipedia.org) 
Sa demande répondait à un projet de mission agréée par le CNRS pour l'automne 1951.
Laissons-le raconter ce souvenir :

"ce que j’appelle la prescience me décida à ne pas attendre. J’avais un sentiment d’urgence : le district de Thulé, sur la côte nord-ouest du Groenland, allait vivre un drame historique. J’ai donc pris la décision folle de partir le plus vite possible. Oui décision folle, car je n’avais ni crédits, ni équipement, ni vivres.

"J’ai embarqué à Copenhague le 1er juillet 1950

Je souhaitais me rendre à Siorapaluk, six maisons, un des dix hameaux de la région où vivaient 302 Inughuits [Inuits du Nord]. Je les ai rejoints le 3 août.

"Mon équipement était succinct : pas de vivres, pas d’équipement polaire, un matériel scientifique sommaire et un poste radio pour courtes distances, de 100 à 200 kilomètres, destiné à mes communications d’études climatologiques. Ma base d’hivernage était une modeste demeure de 12 mètres carrés avec un lit en planches et une table, bricolés avec Ululik, mon voisin.

que vous trouverez plus en détails dans cet entretien à Géo Magazine en avril 2023. Il avait 100 ans et quelques mois 

"Il était entré dans la légende le 29 mai 1951… en devenant, à 29 ans, le premier Européen à atteindre le pôle Nord en traîneau à chiens. Un exploit auquel il associait systématiquement le guide inuit qui l'avait accompagné (Kutsikitsoq)Jean Malaurie est décédé le lundi 5 février 2024 à 101 ans. Sa vie durant, il n’aura cessé de faire connaître et de défendre la culture inuite."



Centenaires en toute discrétion - Fa Do Si (over-blog.com) en décembre 2022, je l'évoquais ainsi qu'un autre centenaire.


lundi 26 février 2024

Déficroq 289 : Invitation au voyage

Cette semaine par la pensée nous serons particulièrement près de DÔMI

et vaillante matelot de quart, Josette sortie de sa cachette à la barre des CROQUEURS DE MOTS nous a donné sa feuille de route : Défi 289 pour les croqueurs de mots 
Invitation au voyage On met les voiles tel Noé… construisez votre nouvelle arche Vous choisissez une destination et ce que vous emmenez pour repeupler votre nouvelle vie. 
Faites-nous rêver

Si je quittais tout
ce serait pour aller où ?
Invite tardive

pour des rêves de jeunesse
me semblant si dérisoires

Je mettrais les voiles
sur mon rafiot de fortune
il serait léger 

Mon cap serait l'utopie
boussole de l'inatteignable*.



* emprunt à René Char :

"L'impossible,

nous ne l'atteignons pas.

mais il nous sert de lanterne."
                                                     
                                                René Char
                                                         (L'âge cassant, 1965) 

                                                           repris dans Recherche de la base et du sommet, 1971


Martin Luther King, I have a dream, 28 août 1963


illustration proposée par Josette
Musée d’Art Naïf https://www.musee-vicq.fr/

jeudi 22 février 2024

L'oiseau du Colorado, de Robert Desnos

Jeudi en poésies choisies

L'OISEAU DU COLORADO

L'oiseau du Colorado
Mange du miel et des gâteaux
Du chocolat et des mandarines
Des dragées des nougatines
Des framboises des roudoudous
De la glace et du caramel mou.

L'oiseau du Colorado
Boit du champagne et du sirop
Suc de fraise et lait d'autruche
Jus d'ananas glacé en cruche
Sang de pêche et navet
Whisky menthe et café.

L'oiseau du Colorado
Dans un grand lit fait dodo
Puis il s'envole dans les nuages
Pour regarder les images
Et jouer un bon moment
Avec la pluie et le beau temps.

Robert DESNOS, 1ère édition clandestine, mai 1944

Robert Desnos, poète français, 1900 - 1945

Nighthawks, par Edward Hopper, 1942



L'oiseau du Colorado est une comptine pour enfants, du moins au premier degré, pour contourner la censure du régime de Vichy sous l'occupation allemande (et vraisemblablement écrite avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, à moins qu'il n'y ait un troisième degré et qu'en se moquant de la frilosité des américains il n'ait eu pour intention de ne pas éveiller l'attention des allemands sur la préparation du débarquement)

Robert Desnos, sensibilisé très tôt aux périls fascistes, participe dès 1934 à lutter contre eux avec d'autres intellectuels. Après la défaite de 1940, il redevient
journaliste et contourne la censure en publiant dans son journal des comptines pour enfants à double sens tout en entrant en résistance.


Dans cette fable, il se moque des riches américains vraisemblablement avant que ceux-ci n'entrent dans le conflit après l'attaque de Pearl Harbour à la fin de 1941.


Ces fables ont été réunies dans une première édition en mai 1944 qui était bien évidemment clandestine.


Il a été arrêté par la Gestapo et est mort en déportation le 8 juin 1945, officiellement du typhus. 

Les circonstances étaient exceptionnelles et quand les événements se passent loin, comment ne pas comprendre qu'il y ait cette attitude. Y avait-il vraiment conscience d'ailleurs de ce qui se passait chez nous. J'ai expérimenté les informations télévisées aux Etats-Unis en 1980 et 1987. Elles n'évoquaient pratiquement pas le reste du monde. 



Ces explications et réponses que je faisais en 2014 ont une résonnance étrange et terrifiante en ce deuxième anniversaire de l'entrée en guerre de la Russie contre l'Ukraine, quelques mois du réveil de ce volcan en Palestine, sans oublier les autres conflits si souvent tus, comme aux confins du Congo et du Rwanda.

mercredi 21 février 2024

Des mots depuis mon bonheur du jour

Des mots loin de l'innocence de l'enfance

Des mots que j'ai laissé dans mes commentaires en attente et qui ont donné lieu à un échange généreux
Zaza, dimanche 18 févr. 2024 09:29 
Coucou Jeanne, G est d’accord pour supprimer [ce qui faisait question] et voici son billet remanié .

Je te laisse seule juge pour la parution de ce billet, et si tu ne le fais pas ce n’est pas bien grave.
J’espère que tout va bien pour toi, surtout sur le plan de la santé, ce qui est le principal n’est-ce-pas !

J'ai découvert ses mots quand il était près de midi et je lui ai demandé un délai par cette réponse :
J'ai survolé : il est déjà 11h et demi et il faut absolument que je quitte ce clavier chronophage.
Je m'en occupe si ce n'est demain pour ne pas interférer avec d'autres parutions, mardi ou mercredi
oui je vais bien et je suis loin des tourments de ce monde. La santé est importante, j'espère que c'est ton cas aussi.
Tristesse pour Domi. 

Ces mots vont encore un peu attendre pour trouver toute leur place sur mon autre blog, celui que j'ai ouvert en premier en 2008.

Il me fallait encore les digérer, les mesurer, et leur trouver un bel écrin. Voici qui est enfin fait ici :

Extraits ci-dessous :

« L'avenir

Pour parler de l'avenir revenons un peu dans le passé.

J'ai bientôt 60 balais, je n'ai pas à me plaindre, pas toujours facile la vie, mais au final, j'ai évité les écueils. Je n'étais pas très fortuné, mais pas pauvre non plus. Je me suis offert des petits plaisirs, voyages, sorties, voitures...

Oui, mais voilà !!!

Depuis quelques années, j'ai l'impression que le monde se liquéfie sous mes pieds, le monde mais surtout mon pays la France. Je ne la reconnais plus, je ne comprends plus les Français. Où est-ce une colère larvée qui m'habite ? Et qui me fait perdre la raison ? Un sentiment d'injustice très fort. Une peur bleue de ce que nous allons devenir.

[ ... ]

Et rien, sagement, nous regardons, il y en a même qui acquiescent, qui en redemandent.

Je me souviens du temps où nous étions bien plus optimistes, pour ne pas dire heureux, car la misère existait aussi pour beaucoup.

[ ... ] 

Ok, le pays doit affronter un monde nouveau, mais là, franchement, vous y croyez ? Alors qu'une élite se goinfre à outrance.

[ ... ]

J'ai peur, oui, je l'avoue, j'ai très, très, peur. Tellement peur que je suis aux aguets, dans les starting-blocks...

[ ... ]

Rassurez-moi. »


Demain, en poésie du jeudi je republierai L'oiseau du Colorado de Robert Desnos