Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

samedi 30 septembre 2023

Je demande le silence, de Pablo Neruda

En hommage pour le cinquantenaire de la mort du grand poète et homme politique, 12 jours après le coup d'État de 1973 au Chili

ajout du jeudi 5 octobre 2023, où le prix Nobel de littérature vient d'être attribué à l'écrivain norvégien Jon Fosse : Pablo Neruda a eu ce prix Nobel en 1971

pour ne pas oublier alors que l'Histoire barbare est de nouveau en marche


Je demande le silence

Qu’on me laisse tranquille à présent
Qu'on s'habitue sans moi à présent

Je vais fermer les yeux

Et je ne veux que cinq choses,
cinq racines préférées

L'une est l'amour sans fin.

La seconde est de voir l'automne
Je ne peux être sans que les feuilles
volent et reviennent à la terre

La troisième est le grave hiver
La pluie que j'ai aimé, la caresse
Du feu dans le froid sylvestre

Quatrièmement l’été
rond comme une pastèque

La cinquième chose ce sont tes yeux
ma Mathilde bien aimée
je ne veux pas dormir sans tes yeux
je ne veux pas être sans que tu me regardes
je change le printemps
afin que tu continues à me regarder

Ami voilà ce que je veux

C'est presque rien et c'est presque tout
A présent si vous le désirez

partez
J'ai tant vécu qu'un jour vous devrez m'oublier
inéluctablement
vous m'effacerez du tableau
mon cœur n'a pas de fin

Mais parce que je demande le silence
ne croyez pas que je vais mourir :
c’est tout le contraire qui m’arrive
il advint que je vais me vivre
Il advint que je suis et poursuis

Ne serait-ce donc pas qu'en moi poussent des céréales
d'abord les grains qui déchirent la terre
pour voir la lumière
mais la terre mère est obscure
et en moi je suis obscur

Je suis comme un puits 
dans les eaux duquel la nuit dépose ses étoiles
et poursuis seul à travers la campagne

Le fait est que j'ai tant vécu
que je veux vivre encore autant
je ne me suis jamais senti si vibrant
je n'ai jamais eu tant de baisers

A présent comme toujours il est tôt
La lumière vole avec ses abeilles
laissez-moi seul avec le jour

Je demande la permission de naître.

Pablo Neruda, Vaguedivague, Gallimard, éd poche 2013,  page 9
traduction de Guy Suarès


Je sais que je ne devrais faire qu'une courte citation de ... Mais éthiquement, idéellement, a-t-on le droit de tronquer un poème ? Alors faire silence ? Ne pas transmettre la parole des sages ?
Mais alors les dictateurs auraient gagné ?

En ces temps où le Grand Nouveau Capital fait main basse sur les "produits culturels", j'ai entendu ce matin de juillet 2017 que les patrons de certaines maisons d'édition mettaient des mois à verser les droits d'auteurs encaissés ...
Depuis la domination sur l'édition n'a fait que s'aggraver

Pablo Neruda — Wikipédia (wikipedia.org) 12 juillet 1904 - 23 septembre 1973

Fadosi continue: Je demande le silence, de Pablo Neruda juillet 2017

vendredi 15 septembre 2023

Amour et musique ... Femme, Vie, Liberté


pour  Le nid des mots de abécé, thème de septembre : 

thème à publier le vendredi 15 septembre 2023 sur votre blog :

Écouter la méditation de Thaïs de Massenet, puis écrire sur le thème suivant :
If music be the food of love, play on ! Shakespeare

(Si la musique est l'aliment de l'amour, jouez-en !).


Un thème qui m'a plongée dans un abîme de perplexité et de questions en le découvrant : Quel amour ? Quelle musique ? en coulisse d'amour et musique clic --->
J'ai mis le sujet dans un coin de ma tête et je l'ai oublié. Il y avait tout l'été pour le mettre en musique, pardon, en mots.

Ensuite l'été en sourdine a travaillé mes neurones et sur cette romance douce-amère où le pieux sauve la libertine en perdant son âme à corps perdu, mes pensées ont dérivé vers un autre mythe, qui raconte au fond, la même chose. Il est vrai que depuis ma mémoire oublieuse de la fin du mythe, je laisse Eurydice sortir de la Caverne. voir Allégorie de la caverne — Wikipédia (wikipedia.org)



Tu voulez savoir, Orphée
lequel du son de ta lyre
ou de l'attrait de ta personne
motivait l'élan d'Eurydice.

Tu voulez savoir Orphée,
ce qui nourrissait,
de la musique ou de l'amour,
son élan vers la liberté.


Tu voulez tant le savoir
que tu en as oublié
d'en respecter la condition :
liberté contre vérité.

Ta musique, tu le croyais,
nourrissait l'amour d'Eurydice.
Ton amour n'a pas résisté
à ton ego ou à tes doutes.

En vérité pour Eurydice
ta musique l'a libérée.
Et si l'amour t'a pétrifié,
il en reste la partition.
©Jeanne Fadosi, mercredi 16 août 2023
pour le  nid des mots de abécé de septembre 2023


Orphée ramenant Eurydice des enfers, Jean-Baptiste Camille Corot, 1861
 
- Visible au musée des Beaux-Arts de Houston

et pour l'une de personnes qui me sont le plus chères à mon cœur et qui se reconnaîtra : 
Chanson d'Orphée (Orfeo Negro) - YouTube Aujourd'hui, modestement interprétée à l'harmonica Hohner Chromonica Super 64, Zazapat


Ensuite pour trouver une certaine sérénité, j'ai réécouté la méditation de Thaïs de Massenet dans une interprétation de Gautier Capuçon. Le timbre plus grave du violoncelle m'émeut davantage que le violon dont l'âme est si difficile à habiter, ce que fait admirablement Ivry Gitlis


En coulisse d'amour et musique

Le thème de septembre du nid des mots, annoncé en juin m'a plongée dans un abîme de perplexité et de questions en le découvrant : Quel amour ? Quelle musique ?

Quel amour ?
amoureux ? divin ? maternel ? filial ? 
amour passion ? amour de la patrie ? amour du prochain ? amour de Dieu ? L'amour vache ? L'amour sacrificiel ?
Celui qui triomphe de tout de Virgile ou celui qui rend aveugle de Leibniz ?
L'éros ou l'agapè ?
Eros et thanatos ? Eros et philia ?

Quelle musique ?
Celle que dans mon enfance on appelait "classique", voire "Grande musique" ? 
Nos chants qui emplissaient la maison ou accompagnaient nos promenades ?
La musique savante, la musique populaire ?
La musique de variété, le jazz, les musiques traditionnelles que l'on a et que l'on appelle encore "folkloriques" ? Le rock, la pop, le disco, le punk, la techno dont je n'entends plus guère parler mais qui irrigue souterrainement en de multiples variantes, les musiques trans ?
La musique contemporaine, moderne, ? Celle vivante avec des instruments et des musiciens, celle électronique, celle d'ascenseur ? Celle des bandes son et des playlists qui colonisaient naguère les restaurants et les supermarchés, les ascenseurs je l'ai déjà dit. Et qui s'invitent aujourd'hui dans le moindre montage de photos généré par une pseudo IA ?

A une requête sur les mots amour et musiques, le moteur de recherche teintée d'IA m'a fourni en chapeau ceci :

vers 153 av. J.-C.
Les anciens Romains célèbrent la Lupercalia, une fête de l'amour et de la fertilité.

1742
La première représentation publique du Messie de Haendel, une expression musicale de l'amour divin, a lieu à Dublin.

1967
Les Beatles sortent All You Need Is Love, un hymne mondial de paix et d'amour. 

Pour ma part, je pense aussi à des chansons en français, même si j'arrive à capter le sens de quelques unes des phrases des Beattles comme Bourvil - La tendresse - YouTube et Daniel Guichard - La Tendresse (Live 2005) - YouTube

Quelle torture a-t-on infligé à une blogueuse (Martine se reconnaîtra si elle passe par ici,) pour qu'elle déclare détester la musique, sans autre précision (merci de ta réponse Martine)? Même certaines chansons ?

Savez-vous que des musiques imposées 24 heures sur 24 faisaient (font ?) partie d'instruments de torture dite "douce" de certaines officines d'agents secrets ou de certains lieux de privation de liberté  ou/et de persécution ? (tel Guantanamo pour n'en citer qu'un)

J'écoute la méditation de Thaïs. Je m'imprègne, ce fut dans ma jeunesse un des airs qui m'apaisaient.
Ce fut dans ma vie de maman un des morceaux qui me servaient de berceuse pour mes tous petits.
Voir sourire un enfant dans son berceau, les yeux fermés, très loin du monde, serein.


Berthe Morizot, le berceau, 1872
Musée d'Orsay

dimanche 3 septembre 2023

Au 31 du mois d'août, chant de marins, anonyme

En retard sur le calendrier et si je le publie, ma première intention était de faire un pas de côté pour le thème "Chansons" des haïkus en poésie du vendredi relancé par Lenaïg. En marchant sur des œufs, car je serais fort dépitée que l'on considère que j'agrée les chauvins et les guerriers. En ces temps redevenus déraisonnables il faut bien des soldats hélas. Mais je n'ai pas grand chose contre le roi britannique actuel. Simplement, on chantait beaucoup à la maison et à la fin de l'été où l'on préparait la rentrée en famille et les chants de marins accompagnaient le lavage d'une nombreuse vaisselle à la main. Celle-ci, en phase avec le calendrier, faisait partie de notre répertoire.

Je le publie aussi en écho à Les défis du samedi - Au gré de mes balades ... (canalblog.com) qui pour rire mettait la Bretagne en Alsace ...

Combat naval - l’abordage du Kent de Louis de Garneray,
1836 musée de La Roche sur Yon

Qui a dit que les chansons étaient juste des romances ?


1 – Au trente-et-un du mois d’août (bis)
Nous vîm’s venir sous l’ vent à nous (bis)
Une frégate d’Angleterre
Qui fendait la mer-z-et les flots :
C’était pour attaquer Bordeaux (Ou : Pour aller à Bordeaux)

(Refrain) Buvons un coup, buvons en deux,
A la santé des amoureux
A la santé du Roi de France,
Et merd’ pour le Roi d’Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre!

2 – Le Capitain’ au même instant (bis)
Fit appeler son lieutenant, (bis)
” Lieutenant, te sens-tu capable :
Dis-moi te sens-tu, assez fort
Pour prendre l’Anglais à son bord ?”

3 – Le Lieutenant, fier-z-et hardi (bis)
Lui répondit: ” Capitaine oui! (bis)
Faite branle-bas à l’équipage
Je vais hisser notre pavillon
Qui restera haut, nous le jurons”

4 – Le maître donne un coup d’sifflet (bis)
Pour faire monter les deux bordées (bis)
Tout est paré pour l’abordage
Hardis gabiers, fiers matelots
Braves cannoniers, mousses et petiots

5 – Vir’ lof pour lof en arrivant (bis)
Nous l’attaquâm’s par son avant (bis)
A coups de haches d’abordage,
De piques, de sabres, de mousquetons,
Nous l’avons mis à la raison

6 – Que dira-t-on de lui tantôt (bis)
A Brest, au Havre et à Bordeaux (bis)
De s’être ainsi laisser surprendre
Par un corsair’ de six canons,
Lui qu’en avait trente et si bons?

(Dernier refrain) Buvons un coup, buvons en deux,
A la santé des amoureux
A la santé des vins de France,
A qui nous devons le succès
d’être vainqueur sur les Anglais!
 Anonyme, XIXe siècle, La date et le lieu de création du chant sont incertains et supposé être d'origine bretonne

 

Il faut dire que dans les années 1960 et 1970 où Le Royaume Uni frappait à la porte du marché commun sans grand succès, son entrée faisait craindre des bâtons dans les roues de sa part et  cette organisation était encore jeune et bien fragile ... La suite justifie grandement ces craintes ...

vendredi 1 septembre 2023

De lien en lien ... De chansons en chansons ...


De liens en liens le commentaire de Elizabeth découvert ce matin m'a conduit au chanteur qui sans doute "faisait" la première partie de Gilles Vigneault qu'elle est allée voir un 15 mai 1973 à Villeneuve d'Ascq pour la modique somme de 6F (environ 3 tickets pour le restaurant universitaire au tarif des boursiers).  Le nom me disait quelque chose en effet et s'il avait eu l'agrément de l'équipe de Gilles Vigneault ! Mais que chantait-t-il ? Alors j'ai fait comme à mon habitude  et j'ai eu ces propositions

François Béranger — Wikipédia (wikipedia.org), 1937 - 2003, auteur compositeur interprète libertaire (sic) français 

suivi de 

François Béranger - Le Vieux - YouTube d'un album en public de 1998

suivi d'autres propositions dont celles-ci :

François Béranger (1937 – 2003), vous n'aurez pas ma fleur ! (radiofrance.fr)

François Béranger : Le réquisitoire de Pierre Desproges | Archive INA - YouTube France Inter 21/10/1982, Le Tribunal des Flagrants Délires, une émission fabuleuse et qui serait maintenant totalement irréalisable hélas.

Alors avant même de l'écouter, j'ai repensé au dernier billet de Quichottine Nous, les « anciens » – Quichottine et au commentaire que je lui avais déposé :

Je suis revenue lire attentivement ce texte qui résonne très fort en moi. Essaie de garder espoir et de continuer à rêver …
« Nous commençons à vieillir quand nous remplaçons nos rêves par des regrets. »
Sénèque,Artiste, Dramaturge, Homme d’état, Philosophe ( – 65)

Je noterai les paroles de Le vieux de François Béranger, elle parle d'un petit vieux que personne ne regarde et qui va chercher sa pension à la banque ou à la poste tous les mois et en profite pour acheter une pâtisserie :

"Mon vieux à moi
tous les mois
va à tous petits pas ... "

et en cherchant la mise en ligne de cette vidéo 2009, je penserais plutôt à 2003 quand il est mort, j'ai lu les commentaires.

J'ai bien fait car j'y ai aussi trouvé cette pépite déposée généreusement :



Je ne serai plus jamais un gosse
entre mes dents passe le vent
Quand je quitterai ma vieille écorce
je partirai les pieds devant

Vers les cieux, par-dessus les arbres
au-dessus des villes et des champs
par-delà la terre terrasse
où s'y accoudent les gens

Qui regardent la stratosphère
faire la Belle au bois dormant
Je retournerai chez ma mère
dans son espace, son espace-temps

Son nouveau-bébé de plume
chez les dames à face cachée
derrière ère leur masque de lune
nébuleuses des nuits d'été

Me diront sur quelle planète
terrien mort retrouvera maman
Terrien mort, chute des comètes
tombent dans son espace-temps.

Je ne serai plus jamais un gosse

A bientôt, François Béranger
François Torres

Et en écoutant ce dernier lien, je pense que j'ai encore oublié de finaliser mon retour sur les haïkus du vendredi sur le thème proposé par Lénaïg : "Chansons". Trop tard maintenant ...

François Béranger: "Manifeste" - YouTube