Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, combien en 2018 ? 20 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (info du 12 février) 30 au dimanche 3 mars, soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 18 juillet 2019

"Chantre ...", de Jeanne Fadosi

Réédition pour mes jeudis poésie entre musique et peinture d'un texte paru 22 décembre 2012 pour Mil et Une, sur une peinture de Deborah Van Auten : Violoncelliste

"chantre
Et l'unique cordeau des trompettes marines"1

L'inspiration avait jailli sans analyse : de l'art brut. Guillaume était loin de soupçonner que son poème serait tant disséqué et commenté.
Quelle merveille ce concert ! Il avait bien fait d'accepter l'invitation et d'affronter la neige si loin de Paris2. Il en ferait un bon papier pour "Le Journal"3.
Quel équilibre entre le chant grégorien4 de la première partie, suivi de la voix envoûtante de haute-contre4 scandé par l'étrange monocorde5 pour enfin laisser libre cours à ce merveilleux quatuor de violes6. Une moment rare autour d'une musique et d'instruments oubliés que seul un mélomane fortuné avait pu faire programmer. Un trait de génie et du courage en ces temps intolérants. L'une des basses était caressée par l'archet d'une musicienne7. Oui, une femme, jeune et rayonnante dans sa longue robe noire ! Les sons divins qu'elle produisait étaient en parfaite harmonie avec la musique de ses pairs.
Avant qu'ils ne s'éclipsent pour ne pas la croiser, les instruments avaient été mis en place par les frères, dont le chantre. Il n'avait pas résisté à l'envie d'égrener quelques notes sur l'imposant instrument.
Guillaume se souvenait avoir alors fermé les yeux et avoir imaginé le moine, pieds nus sur le sable d'une plage8, vers le phare de Cordouan.
De la trompette mariale5 à la viole de Gambe6, il y avait quelques cordes en plus et des rondeurs sensuelles.
En cette période de creux et de marronniers9, son article était bien paru comme prévu. Discrètement dans les pages culturelles, entre l'annonce d'une exposition de Picasso10 et le menu du réveillon au Moulin de la galette11 ... Tronqué à partir de l'évocation du moine-musicien sur la plage jusqu'à sa conclusion en forme de monostiche12.
Il fit la grimace. Gain de place nécessaire ou censure de l'audace ?

Femme
Et l'arpège13 subtil de la viole d'Orphée14
Jeanne Fadosi pour Mil et Une

NB : Tout est inventé, hormis, au début du texte, la citation entre guillemets du monostiche de Guillaume Apollinaire en ouverture de son recueil Alcools, même si j’ai pris soin de rendre plausible cet événement imaginaire. On connait Guillaume Apollinaire le poète. On sait moins qu'il s'est essayé comme critique d'art en tant que journaliste (L'intransigeant)

1.- de Guillaume Apollinaire, "Chantre", poème introductif du recueil Alcools, paru en 1913 (regroupant son travail poétique depuis 1898)
2.- Le lieu auquel je pense est l'Abbaye de Royaumont, rachetée en 1905 par la famille Gouin qui avait déjà acquis une partie du Domaine, J'imagine cet évènement culturel organisé peu de temps après cette acquisition, en clin d’œil au Centre culturel qu'il va devenir sous l'impulsion des descendants au moment du Front Populaire, la famille y a en effet des travaux pour en faire le  « Foyer de Royaumont, lieu de travail et de repos pour artistes et intellectuels ».
3.- Le Journal, journal quotidien français  créé en 1892 se veut populaire par son aspect bon marché (un sou) et à contenu culturel. José-Maria de Hérédia en fut le directeur littéraire de 1899 à 1905. En 1911, la ligne éditoriale connait un virage conservateur et nationaliste.
4.- Le Chant grégorien, chant traditionnel de la liturgie catholique romaine en latin se chante en choeur (d'hommes ou de femmes) à l'unisson ou en solo par un chantre et a capella c'est-à-dire sans aucun accompagnement instrumental. L'Abbaye de Solesmes est le principal lieu de conservation et de restauration du chant grégorien.
Indépendemment de son usage lithurgique, le chant grégorien est aujourd'hui apprécié pour sa qualité esthétique et de nombreux ensebles vocaux se produisent en concert dans le monde entier. Certains groupes modernes s'en inspirent tels Gregorian (le lien ne fonctionne plus mais si vous voulez écouter the sound of silence ou le groupe luxembourgeois Enigma (gregorien-pop) que je trouve plus respectueux du chant grégorien dans sa liberté (écouter Sadeness (tristesse))
4 (bis).- Haute-contre, voix masculine à la tessiture très aiguë
5.- une trompette marine (ou trompette mariale) contrairement à ce que fait penser son nom, n'est ni une trompette ni un instrument pour les marins mais un un instrument baroque à corde unique joué autrefois dans les couvents pour célébrer la "vierge mariale ou marine"
6.- La viole de gambe (pour violes de jambes) est un instrument à cordes et à frettes joué avec un archet. Instrument noble, alors que le violon était populaire, celui-ci, en se raffinant le détrona à partir du XVIIème siècle.
7.- Longtemps les femmes comme dans bien d'autres domaines, ont été maintenues en retrait de la musique. (voir le site les femmes et la musique) elles jouaient du piano, du clavecin, de la harpe ou de l'orgue. Mais à la fin du XIX e et au début du XXE siècle, les conservatoires de musique sont ouverts aux élèves des deux sexes et les femmes vont rafler les premiers prix.
8.- clin d'oeil au festival Violon sur le sable, de Royan, tous les étés au mois de juillet depuis 25 ans.
9.- Un marronnier, dans le vocabulaire des journalistes, est un sujet de faible importance revenant de façon récurrente et servant à meubler en période de creux, ce qui pouvait être la fonction d'un article sur un concert de prestige à l'occasion des fêtes de fin d'année.
10.- Picasso, 1881 - 1973, artiste peintre, s'est installé à Paris au début du siècle et commence à conaître une renommée dès le début.
11.- Le Moulin de la Galette, à Montmartre, peint par de nombreux peintres dont Picasso, Utrillo, ... était depuis le XIXe siècle un bal-guinguette populaire. C'est un restaurant depuis le début des années 1980.
12.- Un monostiche ou monostique est un poème en un seul vers (initialement un alexandrin). Le monostiche qui conclue ce texte est de mon cru, à la manière de celui de Guillaume Apollinaire.
13.- Un arpège est une suite de notes formant un accord mais égrenées successivement
14.- la viole d'Orphée est un hybride entre la viole basse de gambe et le violoncelle, créé par Michel Corette vers la fin du XVIIIe siècle pour relancer les violes qui commençaient à être supplantées par la famille des violons et violoncelles.
Orphée est un héros grec de la mythologie associé à la musique






jeudi 4 juillet 2019

Guitare (Gastibelza, l'homme à la carabine), de Victor Hugo

Jeudis poésie de l'été entre musique et peinture ... mis en musique et chanté par Georges Brassens
à moins que vous n'apréciez aussi, ce qui est mon cas, l'hommage que fait Renaud à Brassens en l'interprétant (Renaud chante Brassens, 1996)

XXII

Guitare*

Gastibelza, l’homme à la carabine,
Chantait ainsi :
" Quelqu’un a-t-il connu doña Sabine ?
Quelqu’un d’ici ?
Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne
Le mont Falù.
— Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

" Quelqu’un de vous a-t-il connu Sabine,
Ma señora ?
Sa mère était la vieille maugrabine
D’Antequera,
Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne
Comme un hibou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

" Dansez, chantez ! Des biens que l’heure envoie
Il faut user.
Elle était jeune et son œil plein de joie
Faisait penser. —
À ce vieillard qu’un enfant accompagne
Jetez un sou !… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Vraiment, la reine eût près d’elle été laide
Quand, vers le soir,


Elle passait sur le pont de Tolède
En corset noir.
Un chapelet du temps de Charlemagne
Ornait son cou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Le roi disait en la voyant si belle
À son neveu : — Pour un baiser, pour un sourire d’elle,
Pour un cheveu,
Infant don Ruy, je donnerais l’Espagne
Et le Pérou ! —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Je ne sais pas si j’aimais cette dame,
Mais je sais bien
Que pour avoir un regard de son âme,
Moi, pauvre chien,
J’aurais gaîment passé dix ans au bagne
Sous le verrou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Un jour d’été que tout était lumière,
Vie et douceur,
Elle s’en vint jouer dans la rivière
Avec sa sœur,
Je vis le pied de sa jeune compagne
Et son genou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre
De ce canton,
Je croyais voir la belle Cléopâtre,


Qui, nous dit-on,
Menait César, empereur d’Allemagne,
Par le licou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe !
Sabine, un jour,
A tout vendu, sa beauté de colombe,
Et son amour,
Pour l’anneau d’or du comte de Saldagne,
Pour un bijou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Sur ce vieux banc souffrez que je m’appuie,
Car je suis las.
Avec ce comte elle s’est donc enfuie !
Enfuie, hélas !
Par le chemin qui va vers la Cerdagne,
Je ne sais où… —
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou.

" Je la voyais passer de ma demeure,
Et c’était tout.
Mais à présent je m’ennuie à toute heure,
Plein de dégoût,
Rêveur oisif, l’âme dans la campagne,
La dague au clou… —
Le vent qui vient à travers la montagne
M’a rendu fou ! "


* Ne me demandez pas pourquoi l'éditeur a donné ce titre de Guitare à ce poème qui certainement n'en avait pas à l'origine.

Arlequin et Pierrot, André Derain, 1924
Arlequin à la guitare, Derain, 1924

samedi 29 juin 2019

Métiers improbables !

J'avais prévenu Quichottine que je n'aurais pas le temps de parler de la dernière anthologie éphémère avant quelques jours sur mon blog.
J'ai entre deux activités dégusté cette nouvelle anthologie par petits textes savoureux. Puiser des merveilles, guetter des petits riens, collectionner les silences ou allumer la lune et les étoiles, colorier les idées noires, écouter ... en voilà des idées à ne plus craindre le temps où les très vieux retraités devront reprendre du service ...
Le cru de l'année me semble de grande qualité. Evidemment, c'est une appréciation subjective !
Et vous savez quoi ? On m'a déjà demandé si il y en aurait une autre !
Bon, la souscription est terminée depuis fin mai. Maintenant vous pouvez vous le procurer sur le site de The BookEdition. Ce ne sera pas seulement une bonne action (vous savez que l'intégralité des droits d'auteurs est reversée à l'association Rêves.)

Quichottine ; Les Anthologies éphémères



vendredi 28 juin 2019

Fadosi continue ici

Billet d'accueil

pour accéder au contenu complet des articles présentés en résumé il suffit de cliquer sur le titre de l'article ou le lien Plus d'infos » 
Profitez des instants de la vie :
le temps s'écoule à sa cadence,
trop vite ou trop lentement,
sans retour possible
Pourquoi Fadosi ?

Comme un goût de bonheur

Pour la page 147 de l'Herbier de poésie
La barque glissait silencieuse sur les canaux des hortillonnages. Une kyrielle d'oiseaux s'accommodaient tant bien que mal des visiteurs. Un héron dérangé soudain s'envola tandis qu'un grèbe placide nourrissait une nichée au ras de l'eau, juste protégée par des herbes. Les cygnes se pavanaient non loin des colverts, les poules d'eau pêchaient. Nous aurions pu apercevoir cette spatule facétieuse.

Spatule élégante,
emmène-moi sur tes ailes
comme ce gosse suédois

visiter tous les pays
de tes parcours migrateurs.

Laisse-moi rêver
que le monde est paradis
glissant sur tes plumes.

Tant de beauté concentrée
sont l'avant-goût du bonheur.

©Jeanne Fadosi, mercredi 19 juin 2019
à découvrir le vendredi soir  ou le samedi
avec les autres brins sur la page 147 de L'Herbier

Carine Noushka  & sur face book


























Ecouter L'Homme et l'enfant, par Eddy Constantine

jeudi 27 juin 2019

Voyelles, d'Arthur Rimbaud

Voici mon troisième (déjà car je me réserve aussi le droit de faire vivre à mon blog les semaines des quatre jeudis ) jeudi poésies de l'été autour du thème entre musique et peinture

Qui, parmi les usagers de la langue française et de sa poésie ne connait ce célèbre sonnet du poète prodige ? Tant qu'il alimente généreusement les fabricants de grilles de mots croisés ! Usage tellement réducteur de ce poème qui fait naître sous la puissante évocation de ses mots tant d'imaginaires toiles sublimes et terrifiantes !

VOYELLES
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu, voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes.
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombillent autour des puanteurs cruelles,
Golfe d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lance des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !


Arthur Rimbaud, 1871, 1e edition revue Lutèce, 5 octobre 1883

Arthur Rimbaud, 1854 - 1891, poète français