Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 9 juillet 2020

Abécédaire du CroqCovid : P comme pardon

ou comme père et paternité, partir (mot bridé par la crise sanitaire), privé et public comme l'espace privé et l'espace public, privation comme privation de liberté(s) et porte à franchir ou fermer.
ou comme Pourquoi ? pour quoi ... , pouvoir, pourvoir, pour voir ...
ou comme postillonner et tiens posture, poste, post ...

et comme Poète avec Victor Hugo ou Peintre avec Berthe Morisot et Eugène Manet ...

Une nuit récente lors d'une insomnie j'ai écouté la radio. En général son ronron en sourdine m'aide à me rendormir. Cette nuit-là, une émission revenait sur l'histoire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire.
Sans rentrer dans les détails qui sont d'ordre privé, j'ai alors trouvé une nouvelle piste pour répondre à cette question qui ne m'empêche pas de dormir mais qui reste en suspend depuis cette dernière fois (il y a 44 ans) où mon père m'a parlé sur son lit d'hôpital, son avant-dernier lit. Il ne pouvait déjà plus parler et avait demandé un crayon et un carnet. Son dernier billet représentait des graffitis illisibles à l'exception d'un  dessin dans lequel en insistant on reconnaissait sans doute possible le mot "pardon". 
Mais que voulait-il que je lui pardonne ? ou à ma mère à qui je ressemblais quand elle était jeune ?
Maintenant je crois savoir qu'il s'adressait à moi et je crois avoir deviné. En suis-je soulagée ? Non
Lui aurais-je pardonné si j'avais compris ? A l'époque, peut-être pas. Mais j'aurais tenté de retrouver le fil de ma vie interrompue. Près de dix ans après il était sans doute trop tard pour changer le cours de nos vies. Et sinon, quelle vie aurais-je eu ? Qu'aurait-il fait pour se mêler de ma vie s'il avait vécu plus longtemps ?
En ai-je des regrets ? Pourquoi faire ? Le passé ne se réécrit pas, ne se revit pas.
Mais je sais que son regard et sa sagesse acquise ont manqué à mes enfants.

Je l'avais mis en ligne le 25 juillet 2010 dans Jeux de mots et d'âges mêlés pour compléter Jeux de mots et petites phrases. Je l'ai réédité le jeudi 5 mars 2015 pour le défi n°140 des CROQUEURS DE MOTS, pardonnez-moi cette folie que de vous soumettre ce long poème de Victor Hugo. (Pour ceux qui connaissent le poète, il fait encore bien plus long).

Grand âge et bas âge mêlés
X

Tout pardonner c'est trop, tout donner, c'est beaucoup !
Eh bien, je donne tout et je pardonne tout
Aux petits ; et votre œil sévère me contemple.
Toute cette clémence est de mauvais exemple.
Faire de l'amnistie(1) en chambre est périlleux.
Absoudre des forfaits commis par des yeux bleus
Et par des doigts vermeils et purs, c'est effroyable.
Si cela devenait contagieux, que diable !
Il faut un peu songer à la société.
La férocité sied à la paternité ;
Le sceptre doit avoir la trique pour compagne ;
L'idéal, c'est un Louvre appuyé sur un bagne ;
Le bien doit être fait par une main de fer.
Quoi ! si vous étiez Dieu, vous n'auriez pas d'enfer ?
Presque pas. Vous croyez que je serais bien aise
De voir mes enfants cuire au fond d'une fournaise ?
Eh bien ! non. Ma foi non ! J'en fais mea-culpa ;
Plutôt que Sabaoth je serais Grand-papa.
Plus de religion alors ? Comme vous dites.
Plus de société ? Retour aux troglodytes,
Aux sauvages(2*), aux gens vêtus de peaux de loups(3*) ?
Non, retour au vrai Dieu, distinct du Dieu jaloux,
Retour à la sublime innocence première,
Retour à la raison, retour à la lumière !
Alors vous êtes fou, grand-père. J'y consens.
Tenez, messieurs les forts et messieurs les puissants,
Défiez-vous de moi, je manque de vengeance.
Qui suis-je ? Le premier venu, plein d'indulgence,
Préférant la jeune aube à l'hiver pluvieux,
Homme ayant fait des lois, mais repentant et vieux,
Qui blâme quelquefois mais qui jamais ne damne,
Autorité foulée aux petits pieds de Jeanne,
Pas sûr de tout savoir, en doutant même un peu,
Toujours tenté d'offrir aux gens sans feu ni lieu
Un coin du toit, un coin du foyer, moins sévère
Aux péchés qu'on honnit qu'aux forfaits qu'on révère,
Capable d'avouer les êtres sans aveu.
Ah ! ne m'élevez pas au grade de bon Dieu !
Voyez-vous, je ferais toutes sortes de choses
Bizarres ; je rirais ; j'aurais pitié des roses,
Des femmes, des vaincus, des faibles, des tremblants ;
Mes rayons seraient doux comme des cheveux blancs ;
J'aurais un arrosoir assez vaste pour faire
Naître des millions de fleurs dans toute sphère,
Partout, et pour éteindre au loin le triste enfer(2) ;
Lorsque je donnerais un ordre, il serait clair ;
Je cacherais le cerf aux chiens flairant sa piste ;
Qu'un tyran pût jamais se nommer mon copiste,
Je ne le voudrais pas ; je dirais : Joie à tous !
Mes miracles seraient ceci : - Les hommes doux. -
Jamais de guerre. - Aucun fléau. - Pas de déluge(3). -
- Un croyant dans le prêtre, un juste dans le juge. -
Je serais bien coiffé de brouillard, étant Dieu,
C'est convenable ; mais je me fâcherais peu,
Et je ne mettrais point de travers mon nuage
Pour un petit enfant qui ne serait pas sage ;
Quand j'offrirais le ciel à vous, fils de Japhet,
On verrait que je sais comment le ciel est fait ;
Je n'annoncerais point que les nocturnes toiles
Laisseraient pêle-mêle un jour choir les étoiles,
Parce que j'aurais peur, si je vous disais ça,
De voir Newton pousser du coude Spinoza ;
Je ferais à Veuillot(3) le tour épouvantable
D'inviter Jésus-Christ et Voltaire à ma table,
Et de faire verser mon meilleur vin, hélas,
Par l'ami de Lazare à l'ami de Calas ;
J'aurais dans mon éden, jardin à large porte,
Un doux water-closet(5*) mystérieux, de sorte
Qu'on puisse au paradis mettre le Syllabus(4) ;
Je dirais aux rois : Rois, vous êtes des abus,
Disparaissez. J'irais, clignant de la paupière,
Rendre aux pauvres leurs sous sans le dire à Saint-Pierre,
Et, sournois, je ferais des trous dans son panier
Sous l'énorme tas d'or qu'il nomme son denier ;
Je dirais à l'abbé Dupaloup : moins de zèle !
Vous voulez à la vierge ajouter la Pucelle(5),
C'est cumuler, monsieur l'évêque ; apaisez-vous.
Un Jéhovah trouvant que le peuple à genoux
Ne vaut pas l'homme droit et debout, tête haute,
Ce serait moi. J'aurais un pardon pour la faute,
Mais je dirais : Tâchez de rester innocents.
Et je demanderais aux prêtres, non l'encens,
Mais la vertu. J'aurais de la raison. En somme,
Si j'étais le bon Dieu, je serais un bon homme(6).
Victor Hugo, L'art d'être Grand-père,
poèmes Gallimard, édition 2008, pages 108 à 110


Victor Hugo, écrivain et poète français, 1802 - 1885

Berthe Morisot Eugène Manet et sa fille, 1881



notes Gallimard :
(1) ce mot a une forte connotation politique en 1873-1876 : Hugo mène une campagne active pour l'amnistie des communards et dépose au Sénat une proposition de loi pour l'amnistie générale qui est rejetée le 22 mai 1876.
(2) tout en s'amusant, Hugo expose ici sa doctrine sur la fin de Satan et le salut des planètes damnées qui seront parsemées de fleurs.
(3) Hugo fait concrètement référence aux graves inondations de 1875 qui ont ravagé la région de Toulouse et dont le journaliste célèbre Louis Veuillot (oublié aujourd'hui sans surprise) qui déclarait dans un article du journal l'Univers du 28 juin 1875 que c'était un châtiment de Dieu
(4) Le Syllabus publié sur ordre de Pie IX, le 8 décembre 1964, à l'issue de l'encyclique Quanta cura,renfermait les "principales erreurs de notre temps" : rationalisme, libéralisme, socialisme, etc.
(5) le 8 mai 1869, l'évêque d'Orléans s'efforce de faire établir la sainteté de Jeanne d'Arc. Elle sera finalement béatifiée en 1914 et canonisée en 1920.(4*)
(6) Ce vers final figue dans l'ébauche du Reliquat :
Certes, j'accorde à l'âme humaine ce besoin,
Un bon Dieu, mais on doit de ses fils avoir soin,
On doit justifier le nom dont on se nomme,
Si j'étais un bon Dieu, je serais un bon homme.

Mes propres grains de sel
(1*) Victor Hugo évoque ses petits enfants, Jeanne et Georges, nés en 1869 et 1868 et qui avaient sans doute tout simplement les yeux bleus.
(2*) revoici les sauvageons, devenus  des sauvages adultes
(3*) pourquoi des peaux de loups plutôt que des peaux d'autres animaux ? J'y vois peut-être un clin d’œil au fait que les loups vivent en sociétés organisées selon des lois.
(4*) Je suis frappée par la coïncidence de cette date de la béatification avec l'atmosphère de va-t-en guerre qui prévaut cette année-là avant le début de la première guerre mondiale.
(5*) cette note est pour les plus jeunes qui ignorent peut-être que WC vient de water closets. Je suppose qu'il est inutile de développer davantage pourquoi Hugo mat le Syllabus dans ce lieu..

jeudi 25 juin 2020

Abécédaire du CroqCovid, D comme distance et distanciation

Quand l'annonce d'un "confinement" qui ne disait pas son nom a été faite le soir pour le lendemain midi, certains mots et expressions ont agité mes neurones. L'une d'elles, qui d'ailleurs je crois circulait déjà depuis un discours précédent m'interpellait particulièrement : "distanciation sociale". Une expression qui, par sa commodité et sans le recul et les réserves qu'il aurait été pourtant indispensables de prendre s'est infusé, insinué, par l'oreille dans notre cerveau et nos "habitudes".

Je sais et déplore l'inflation de mots que produit notre époque jargonnante et c'était la première fois que j'entendais cette expression. Mais intuitivement, je ne la trouvais pas s'appliquer à ce qu'elle voulait désigner à savoir, l'action de mettre une certaine distance entre soi et quelqu'un d'autre.

"Distanciation sociale" me rappelait vaguement quelque chose, le type de jargonnement trouvé dans certains mementos de vulgarisation et de propagande de certains qui ont eu le talent de s'infiltrer dans les circuits de formation y compris à l'international. Une de ses expressions a eu son succès hélas, avec les conditionnements qui l'accompagnent aussi, sans qu'elle éveille de soupçons : "apprendre à apprendre". A celle-ci j'ai une parade, pourquoi pas alors apprendre à "apprendre à apprendre" et comme cela ne suffira pas apprendre à" apprendre à apprendre à apprendre" (... à ...)

Google n'a pas mes états d'âme. Quand pour faire ma requête, j'ai tapé sur mon clavier poésie distance, le moteur de recherche m'a servi toute une page de liens pour amour à distance, voir plus si affinité (non je blague) et juste 3 poèmes sur distance. J'ai cliqué sans grande conviction, le premier poème terrible et sinistre comme souvent chez Louise Ackermann me semblait long et j'avais envie de quelque chose de plus léger ou au moins de moins pesant. Le 3e était de la comtesse Anna de Noailles

VII

Que crains-tu ? L'excès ? l'abondance
D'un coeur où tout vient s'engloutir ?
Tu crains ma voix, mon pas qui danse ?
Pourtant, j'ai si peur de meurtrir,
Même de loin, ta nonchalance !
Ma main se prive de saisir
Ta belle main qui se balance.
Tu vois, je me tiens à distance,
Renonçant au moindre plaisir....

Va, tu peux avoir confiance
Dans les êtres de grand désir !

 Poème de l'amour, VII, 1924

Le deuxième était un extrait du chapitre sur le mariage de Le Prophète de Khalil Gibran
Je sais que beaucoup apprécient ce livre qui a eu son succès il y a une vingtaine d'années et plus récemment. Pourtant, je suis loin d'adhérer à toute sa pensée en particulier pour le rôle qu'il assigne à la Femme dans certains chapitres. Mais ici, les mots méritent bien d'être médités à l'aune de cette distanciation importante pour limiter la propagation de cette épidémie meurtrière pour certains et au hasard.


Alors Almitra parla à nouveau et dit,
Et qu’en est-il du Mariage, maître ?
Et il répondit en disant :
Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours
. Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours.
Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu.
Mais laissez l’espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre.
Khalil Gibran, Le mariage in  Le Prophète, 1923


On arrive bientôt ? C'est loin une année-lumière ! 
Terre en approche, terre en approche !!!
Mais c'est quoi ce truc ?

ajouté à un nom ou à un verbe, suffixe qui marque l'action de 
ex : accent ---> accentuation mettre l'accent
Suff. issu du lat. -tionem, entrant dans la construction de nombreux subst. fém. qui expriment une action ou le résultat de cette action.


La fiche de centre national de recherche textuelle et lexicographique n'est pas toute récente et n'a pas été opportunément modifiée ou complétée*. L'expression distanciation est récente (années 1960) et apparaît dans le vocabulaire du théâtre pour introduire le concept de la mise à distance par rapport à la réalité que peut apporter une pièce de théâtre (1959, TNP).

La deuxième occurrence cite expressément "distanciation sociale" apparue en 1966
 Écart, refus de relation existant entre différentes classes sociales (cf. distance I B 1 b) :
3. Vivons-nous la fin de la « distanciation » sociale du siècle dernier? Les phénomènes de totale ségrégation culturelle tels que Zola pouvait encore les observer dans les mines ou les cafés sont en voie de disparition. DumazedierRipertLoisir et culture,1966, p. 302.

Notons aussi que ces éminents linguistes écrivaient en note de bas de fiche :

Rem. 1. Le mot ne semble pas encore entré dans la lang. cour., les auteurs le mettant presque toujours entre guillemets. 2. On rencontre dans la docum. le verbe trans. distancier. Mettre à distance, prendre du recul (vis-à-vis de quelque chose). La « réduction phénoménologique », en nous « distanciant » des faits, nous dévoile la signification de ces faits comme corrélats d'une conscience « intentionnelle » de part en part (Hist. sc., 1957, p. 1678).


*ce qui n'est pas le cas de l'Internaute : distanciation

Pour une analyse plus fouillée de l'expresssion utilisée pour les pandémies et apparues en anglais à l'Oms au milieu des années 2000 :

mercredi 24 juin 2020

Vers leurs terres avec Philibert

Ça y est les ami(e)s , leurs dossiers de rapatriement sont bouclés, les visas viennent d'arriver avec des cahiers des protocoles gros comme des bottins. Ils sont tristes car bientôt ils seront séparés et tous se sont promis de rester en contact. Respecteront-ils leur promesse ? 
Pour le moment, ils vont faire un premier bout de chemin ensemble car Philibert, un aviateur émérite et son co-pilote viennent en avion sanitaire les conduire vers leur première étape en plein milieu de nulle part sur une île de l'océan indien où les autorités de leurs pays respectifs se sont mis d'accord pour les y mettre ... en quarantaine. Enfin devrait-on dire quatorzaine ? Il a été convenu qu'ils y resteraient plutôt trois semaines. Plages, palmiers et farniente ... Pas de quoi se lamenter.

Et pour éviter d'avoir à répéter inlassablement leur périples au différentes autorités qu'ils vont être amenés à voir après tant de mois d'ermitage, on leur a suggéré d'en faire un récapitulatif.
 
Bosco  et Dévote se demandent comment il va réapprendre à vivre en Italie du nord auprès du Lac Majeur. Il sait que certaines de ses connaissances ont eu le covid-19 plus ou moins gravement et la maison de retraite où son aïeule s'était doucement éteinte l'année précédente a été durement affectée par des décès dans l'isolement.

Sol, trouvée sur le pas de porte d'un monastère autrichien se demande dans quel état elle va retrouver son pays d'adoption et si il va pouvoir reprendre ses recherches sur ses origines.

Joyeuse pense à ses rencontres de l'automne à Anvers et n'a finalement eu que fort peu de nouvelles de la Belgique.

Anus, n'a guère envie de rentrer en Allemagne vu les nouvelles inquiétantes

Les scandinaves de la bande sont moins inquiets, même si on risque de leur demander une nouvelle quarantaine à leur arrivée. Le retour de Vlada est vu avec méfiance car le nord du Danemark, isolé très tôt a été épargné jusqu'à maintenant et a envie de le rester. Edur rentrera directement en Suède, peu confinée mais ayant profité des mesures de ses voisins. Il avait pourtant souhaité faire un crochet par la terre basque de ses lointains ancêtres. Klaus rejoindra aussi vite que possible son village de père noël, soucieux des conséquences du coronavirus sur ses affaires et pensant déjà à investir la Toile pour captiver les petits. Agenor rentrera avec prudence également dans sa Laponie retrouver des habitudes séculaires et inquiet autant par les menaces climatiques que par la pandémie. Il n'a plus envie de faire le guide pour touristes et de toutes façons, y aura-t-il des touristes ?
Vicky rentre de même aux Îles Lofoten plus isolées en tranquilles que la grande ville de Narvik où l'attend pourtant Tabatha sa colocataire. De même Roman préfère prendre ses quartiers dans le village des ses ancêtres Saami craignant la foule et les va-et-vient de la capitale Helsinski. Quant à Aubrée, la fille de Klaus, elle préfère rentrer à Helsinki où elle a envie de faire des études médicales.

Mildred, quant à elle, va retourner dans son Canada, où les mœurs et les lois ont semble-t-il permis de contrôler la pandémie. Elle s'inquiète cependant pour les peuples premiers, inuits et amérindiens. Elle ne pourra pas rejoindre son île de Terre-Neuve du moins avant d'avoir suivi une nouvelle période drastique de confinement. Les Îles se protègent aisément mais aussi vigoureusement car une épidémie y poserait de graves problèmes.

Quant à Martial, l'hydrologue, il est resté dans ses steppes de l'Asie centrale et continue son travail scientifique dans de grands espaces. Depuis des mois, chaque voyageur est considéré avec méfiance sur leur camp et mis en quarantaine. Jusqu'à présent, son équipe a évité la contamination et de toutes façons au printemps les visites se sont faites bien rares.

Jao est resté sur ses hautes montagnes de l'Asie, a pris Césaire l'apatride sous son aile et Vanille a fini par les rejoindre et se sent si bien loin du monde qu'elle n'a pas envie de rentrer à Manille, durement touchée aussi lui a-t-on dit par le Covid bien que ce soit fort peu médiatisé. Là-haut les liaisons satellites sont difficiles et elle reste longtemps sans nouvelles de sa famille. Elle est quand elle le peut en lien avec Rina, bloquée à Katmandou et avec qui elle se sent de nombreuses conivences.

Chrysole , Vivant et Brune sont rentrés à New Delhi où leur situation leur permet de supporter au mieux cette tragédie qui impacte terriblement ce pays si peuplé à la population ou très pauvre pour la plupart ou très riche.

Saint Gervais Cannobio : rencontre avec Bosco


Cannobio Bönigen avec Bosco et Dévote


Bönigen Salzbourg avec Sol


Salzbourg Anvers à l'invitation de Joyeuse

Brême - Aarhus

d'est en ouest au nord du danemark

Frederikshavn - Göteborg (Suède)


Göteborg - Bergen (Norvège)

Bergen - Trondheim en ferry


Bode - Lofoten

localisation actuelle des Saami

de Narvik au village du père Noël

Helsinski - Saint-Petersbourg

Saint-Petersbourg - Moscou

Moscou - Mer d'Aral

Mer d'Aral - Boukhara

Boukhara - Samarcande

Samarcande à Karakol

treks au Kirghizistan

Aéroport international de Manas - New Delhi

Delhi - Jaipur


leur dernier circuit dans le désert du nord ouest de l'Inde
avant leur confinement dans leur ashram éco-touristique

Non vous ne saurez pas où il se trouve, la qualité de vie y dépend du petit nombre et de la motivation des gens qui y arrivent, même si notre équipe ne l'a pas choisi au départ. Il existe un petit nombre d'ermitages à l'équilibre fragile et leurs tenanciers savent trop ce qu'il advient quand un lieu devient mondialement connu comme Auroville dans le sud-est de l'Inde.
Une destination qu'ils avaient plus ou moins envie de visiter et qui restera parmi leurs rêves.

Retrouvez sur son blog la liste des prénoms chez Jill Bill
et peut-être, les liens du rassemblement si Jill Bill le peut. On ne t'en voudra pas si tu ne fais pas ce suivi. Priorité à ta santé !
J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 11

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi,  s'en expliquait ICI.

jeudi 18 juin 2020

Abécédaire du CroqCovid, H comme habitude et habituation

La première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude

Un être qui s'habitue à tout, voilà je pense, la meilleure définition qu'on puisse donner à l'homme

Ce matin, j'ai fait le tri dans les journaux de papier que j'ai continué à recevoir grâce à la poste ou que j'ai acheté en allant faire mes courses de première nécessité. Je reviendrai sur leurs unes et leurs sommaires dans l'avant "confinement" et depuis.
Pour l'instant je vais juste m'arrêter sur cet étonnant bouleversement des habitudes et sur la rapidité de notre habituation et de la docilité de beaucoup à cette assignation à résidence.
Le point de départ de ma réflexion était plutôt le processus accéléré d'habituation,  ce qui conduit à l'habitude, à l'accoutumance et à la diminution des réactions et non l'habitude elle-même.

Mais trouver un poème à partager sur ce mot ?

On évoque en ce moment beaucoup Albert Camus, du moins pour ses deux romans les plus célèbres, La peste et L'étranger. En écoutant l'auteur lire des extraits de ce dernier, je pensais à Hannah Arendt et à La banalité du mal. Je pensais plutôt à cette phrase prononcée par la mère dans sa pièce de théâtre Le malentendu représentée pour la première fois en 1944 :

"L'habitude commence la deuxième fois"
Albert Camus, Le malentendu, 1944

L'habitude est une manière usuelle d'être, de sentir et/ou de faire qui permet l'économie de la pensée.
Elle n'est pas bonne ou mauvaise en soi et elle est même fort utile quand elle est le résultat des apprentissages vitaux que sont la marche et le langage.

L’HABITUDE
 
La goutte d’eau de l’Habitude
Corrode notre liberté
Et met sur notre volonté
La rouille de la servitude.

Elle infiltre une quiétude
Pleine d’incuriosité :
La goutte d’eau de l’Habitude
Corrode notre liberté.

Qui donc fertilise l’étude
Et fait croupir l’oisiveté ?
Qui donc endort l’adversité
Et moisit la béatitude ?
La goutte d’eau de l’Habitude ! —

Maurice Rollinat, Les Âmes
Les Névroses, Fasquelle, 1917 (p. 40).


Maurice Rollinat, 1846 - 1903, poète et musicien français

Vous connaissez la fable de la grenouille ?

« Il n’est pas dépourvu d’importance que nous soyons presque toujours inconscients de la tendance de nos changements d’état.

Une fable quasi-scientifique raconte que, si vous arrivez à faire asseoir tranquillement une grenouille dans une casserole contenant de l’eau froide et que vous augmentez la température très lentement et progressivement, de manière qu’aucun moment ne soit marqué comme celui où elle devrait bondir dehors, eh bien, elle ne sautera jamais. Elle cuira.

L’espèce humaine, qui change son propre environnement en augmentant progressivement la pollution et se dégrade l’esprit en détériorant lentement la religion, l’éducation, se trouve-t-elle assise dans une telle casserole ? »

Gregory Bateson, « La Nature et la Pensée » (1979)

Je m'étais entre-temps souvenue que j'avais lu cet essai philosophique dans les années 1980 et que même je l'avais proposé au professeur de philosophie de mes élèves qui leur faisait étudier Hannah Arendt. Il me l'avait rendu en me disant que c'était trop compliqué pour eux. Je n'ai pas cherché à argumenter. Il avait sa logique et ses habitudes. C'était trop tôt, c'est encore trop tôt.
Peut-être parce que Hannah Arendt disait ils et que même cela était encore difficile. Alors si on se mettait à dire nous ...

mercredi 17 juin 2020

Zen avec Mylène

PS :Edition augmentée vers 11h30 ce mercredi, leur blogueuse référente n'ayant pas voulu rallumer l'ordi quand elle a pris connaissance (en retard certes) de l'info concernant sa région : voir à la fin du billet.
Et je suis désolée car une fois de plus je ne peux pas visiter les blogs Ekla !!!!

Notre équipe de blogtrotters attend avec de plus en plus d'impatience leurs départs pour des retours aux bercails. (Oui, le correcteur d'orthographe n'apprécie pas que je fasse des néologismes et que je mette bercail au pluriel, les autres pluriels ne l'ont pas dérangé). Mais l'équipe s'est constituée au fil des mercredis d'automne et de leurs rencontres et ils viennent de plusieurs pays.
La tempête tropicale qui a sévi il y a quelques semaines dans le nord de l'Inde a épargné leur vallée, les criquets ne se sont guère arrêtés ne supportant pas l'altitude (en fait c'est moi qui brode, je n'ai aucune information sur ces deux fléaux). Les escarmouches (le mot semble bien faible) continuent à la frontière entre la Chine et l'Inde du nord ...
Aussi furent-ils fort surpris d'avoir un courriel d'une canadienne souhaitant justement avoir des infos sur la tempête. Cette charmante québécoise prénommée Mylène leur envoyait avec sa demande un lien vers un article décrivant son loisir.

Elle est en effet devenue une chasseuse d'orage passionnée, un peu par hasard et en amateur éclairée (bon d'accord le jeu de mots était tentant)

Alors coincés au pied des montagnes, et bien à l'abri dans leur logis, (l'orage est la hantise des randonneurs et plus encore en montagne)  ils ont filmé et photographié les orages qu'ils se contentaient d'admirer jusque là. 

Avant l'orage


pendant l'orage

Il faut dire qu'ils avaient reçu par une amie d'une amie de Croatie ces magnifiques photos prises sur la côte dalmate.

Le ciel couchant était somptueux et n'annonçait qu'à moitié le déchaînement des nuages.

La soirée semblait de rêve


Impressionnant, n'est-ce pas ?

Et votre Jeanne est toute déconfite de ne pas avoir été spectatrice de cet étrange rouleau de plusieurs kilomètres de long que de nombreux habitants du Vexin ont observé le 12 juin dans la soirée.


Retrouvez sur son blog la liste des prénoms chez Jill Bill
et peut-être, les liens du rassemblement si Jill Bill le peut. On ne t'en voudra pas si tu ne fais pas ce suivi. Priorité à ta santé !
J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 11

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi,  s'en expliquait ICI.

samedi 13 juin 2020

Loin de mon chemin d'écriture

Pour le dernier nid des mots de la saison
Thème de juin à publier sur vos blogs le samedi 13 juin :

"Avant de se quitter pour la période estivale, parlez-nous de votre chemin d’écriture de cette année…"



Loin de mon chemin d'écriture

Une inspiration en jachère ou plutôt une désaffection de l'ordi.
De l'ordi ? Je voulais y passer moins de temps, ce qui m'a amené à ne plus participer à certains défis et jeux. Mais pas que.
Une tendance de toute la saison depuis l'été 2019. Comme une lassitude. Ou une envie de silence. Un regret d'avoir abandonné en route d'autres chantiers d'écriture et de laisser en friche une suggestion, presqu'une demande, de faire quelque chose de la matière de mes blogs au moins pour mes proches.
Une envie de réflechir dans ma tête. A quoi bon l'exprimer avec des mots. Pour qui ? Pour quoi ?

L'Herbier de poésie a sans doute été le rendez-vous d'écriture et de partage auquel je suis restée le plus fidèle, nos mots entrecroisés en hypertextes démultipliant les signifiants sans renoncer à la poésie de l'instant ou de la pensée. Chaque page de l'Herbier a été une surprise et un bonheur. Elles me manquent.

Mon chemin d'écriture a musé sur les vagues des Croqueurs de mots, puisant mes mots dans les souvenirs ou dans mon grenier de mots.

Il a oublié les rendez-vous du nid des mots, souvent, manquant des rendez-vous ou puisant dans mes anciens écrits. Douze ans de blog(s) et de jeux d'écriture. J'y puise quand je suis en panne ou à court de temps ou d'idée.

Mon chemin d'écriture a joué la paresse littéraire en partant à l'aventure avec l'école buissonnière des prénoms, sans idée préconçue pour un tour du monde "virtuel".
Virtuel ? vraiment ?

Depuis début 2020, mes mots ont joué sur la corde funambule de l'absurde, c'est ainsi que j'ai toujours senti les choses, sans pouvoir les nommer. Ou s'en  sans être crue, désarroi et peine immense. Comment dire une menace sans forme ? Mes insomnies, mon présentiment ?
Les mots se dérobent alors, inévitablement.

La mise sous cloche et l'isolement des "feux", - c'est ainsi qu'on recensait autrefois les unités de vie quand on a commencé à compter les populations -, a libéré mon angoisse diffuse. Ainsi, une fois de plus, mon intuition ne mentait pas. Le "confinement", mot maladroit mais quel autre expression aussi concise? je le pratiquais depuis si longtemps. J'aurais du temps pour écrire, enfin, ce que j'avais en chantier depuis si longtemps. Et je pourrais continuer mes voyages immobiles grâce au Web.

Mais non, est-ce l'inhabitude de la solitude, même à plusieurs par foyer ? Des semaines durant ma vie à domicile a été rythmée par les téléphones de proches si lointains, avec de vraies et longues conversations, par les sms, par les transferts de tout et de rien.
Des conversations à commenter, discuter, refaire le monde ou revisiter les souvenirs, des invitations à la polémique que j'éludais, des stimulations de la pensée que j'appréciais, hélas chronophages. Un comble !
Musique, poésie, liens vers des musées, recettes de cuisine, blagues. Beaucoup (trop) de blagues.

Et l'écoute de la radio qui s'est réinventée superbement.
Des semaines finalement très occupées, nourries, pleines de terreur certes mais aussi d'enthousiasme devant tous ces gens qui pensaient plus loin que leurs caddies de supermarché.
Jusqu'à saturation. Elle a été collective et le silence qui a succédé au (trop) plein m'a donné le bourdon. Chacun a pris ses distances avec ces objets qui nous permettent de rester connectés les uns aux autres et en ont reconnecté certains mais en ont aussi laissé sur le côté, sans noc (nouveaux outils connectés) ou sans réseau ou sans ... Presqu'en même temps. L'espace s'est de nouveau empli des bruits de la vie d'avant, moteurs de voitures, motos, sans chasser les oiseaux. Le beau temps a sorti les odeurs de grillades et les éclats de rire autour des bruits de raquettes dans un jardin voisin.

Mes carnets  fermés
l'encre des bics a séché. 
Mes mots sont-ils déséchés ?