Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 12 février 2026

Jeudis en poésie : Le dragon doux, de Raymond Queneau

Pour le défi 320 des CROQUEURS DE MOTS,  publié le lundi 12 janvier Andrée La petite graine nous propose d'écrire une histoire, un témoignage, une poésie sur un ou plusieurs animaux, petits, grands, sauvages, domestiques, en commençant par une citation animalesque et en incluant un mot entré récemment dans le dictionnaire.

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

Quel autre poème évoquant une bête, j'en ai trouvé pléthore et vous devinez, j'hésite

L'annonce du défi d'Andrée commençait par cette citation : 
"On pourrait reconnaître aisément cette vérité à peine entrevue par le penseur, que, depuis l'huître jusqu' à l'aigle, depuis le porc jusqu'au tigre, tous les animaux sont dans l'homme et que chacun d'eux est dans un homme." Victor Hugo, Les misérables

Alors, revenant à cette citation, je vais opter pour Le dragon doux de Raymond Queneau dont mon premier partage a conduit mes pas vers Le bestiaire de Guillaume Apollinaire et notamment au poulpe (voir plus bas). Et tant pis si le dragon est un animal légendaire. 

Le dragon doux

Un serpent de mer arrive à bon port
Il rencontre des journalistes
Il leur explique quel est son sort
Et pourquoi il se sent si triste
Et d'où vient le fait qu'il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
On l'appelle par son petit nom
Les femmes veulent lui faire des bises
Un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
Plus question de lui à la télévision
On lui reproche d'obstruer la porte océane
Ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
Avant qu'on ne lui fasse un mauvais sort
S'il avait soufflé un peu de feu par ses narines
Peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

Raymond Queneau, recueil ou publication ???, date ???*

vitrine dans un village proche de Exeter en Grande Bretagne, été 1990









Jetant son encre vers les cieux,
Suçant le sang de ce qu’il aime
Et le trouvant délicieux,
Ce monstre inhumain, c’est moi-même.


Le dragon alias le serpent est devenu le symbole du mal dans l'imaginaire occidental mais le mal et la méchanceté est bel et bien une réalité sinon universelle, du moins humaine.
Qui mieux que Victor Hugo, dans le Crapaud, pour le montrer si cruellement


Ce n'est sans doute pas un hasard si Max Jacob le reprend dans son poème Mon frère l'humain

 

lundi 9 février 2026

Déficroq 320 (n°11 2025-26) : Comme chiens et chat ...

Pour le défi 320 des CROQUEURS DE MOTS,  publié le lundi 12 janvier Andrée La petite graine nous propose d'écrire une histoire, un témoignage, une poésie sur un ou plusieurs animaux, petits, grands, sauvages, domestiques, en commençant par une citation animalesque et en incluant un mot entré récemment dans le dictionnaire, "pelleteux de nuages" ou "mon gâté ou ma gâtée".

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

Jazzy, pour son image-citation-46 nous avait proposé images et citations entre lesquelles je n'avais pas su choisir. Mais j'en avais profité pour mettre en scène mes trois meilleurs amis au quotidien, morts de vieillesse maintenant tous les trois et que j'ai envie de remettre à l'honneur.

"Les chiens ont des maîtres, les chats ont des serviteurs"
attribué à Dave Barry

parce que la maison hébergeait une humaine, indécrottable pelleteuse de nuages, deux chiens et un chat et que l'eau des gamelles des chiens semblait toujours bien meilleure au chat que celle de sa propre gamelle, 
parce que le chat avait toujours l'air de "je n'ai rien fait" et que les chiens prenaient quelle que soit la bêtise et le coupable (souvent le chat) un air de chien battu (ce qu'ils n'étaient pas mais dans certaines de leurs autres vies ... ), 
parce que maintenant que sa vieillesse se faisait sentir, le chat cédait ses prérogatives mais qu'il avait été jusqu'à une date récente le dominant de la meute chiens-chat ...
parce qu'on a beau dire s'aimer comme chien et chat, entre ces trois là, il y avait une réelle complicité et beaucoup d'affection,
parce que au pied du piano, quand la chienne rythmait son sommeil d'une respiration régulière, le chien se blottissait contre elle*. Pendant quelques secondes elle émettait des drôles de petits gloussements. Rêvait-elle dans son jardin intérieur ? 
parce que encouragé par la sérénité du moment, le chat venait pianoter sur leur toison en ronronnant doucement à leur oreille "ma gâtée, mon gâté ..."
parce que cette quiétude était vite rompue par une maladresse du chat oubliant de faire patte de velours.
©Jeanne Fadosi, dimanche 20 octobre2019
la fin est brodée avec la fin de Voyage intérieur du 3 avril 2020


Les chiens ont des maîtres, les chats ont des serviteurs ! Vrai ou faux ? Ouest France les dossiers du mag des animaux Par Juliette Garnodier - Dr Vétérinaire - Publié le 27/06/2025

Dave Barry - Wikipédia, 1947 - , auteur humoriste et chroniqueur américain 


* à l'automne 2019, le chien a développé un lymphome fulgurant qui l'a emporté en trois mois. 6 mois plus tard, chat et chienne, esseulés de leur compagnon de maison, se réconfortaient l'un l'autre. Dans ce texte complété, je l'ai fait revivre encore un peu.



jeudi 5 février 2026

Jeudis en poésie : Le zèbre, de Robert Desnos

Pour le défi 320 des CROQUEURS DE MOTS,  publié le lundi 12 janvier Andrée La petite graine nous propose d'écrire une histoire, un témoignage, une poésie sur un ou plusieurs animaux, petits, grands, sauvages, domestiques, en commençant par une citation animalesque et en incluant un mot entré récemment dans le dictionnaire.

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

Le zèbre

Le zèbre, cheval des ténèbres,
Lève le pied, ferme les yeux
Et fait résonner ses vertèbres
En hennissant d’un air joyeux.

Au clair soleil de Barbarie,
Il sort alors de l’écurie
Et va brouter dans la prairie
Les herbes de sorcellerie.

Mais la prison sur son pelage,
A laissé l’ombre du grillage.

Robert Desnos, recueil Chantefables, 1970,
1ère publication  avant ou pendant la guerre 39-45 ?



Robert Desnos, 1900 - 1945 : poète français mort dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie à peine libérée.

Pour illustrer ce poème, et j'y vois des concordances :

Zèbres - Centre Pompidou, don de l'artiste 1977

Victor Vasarely (1906, Autriche-Hongrie - 1997, France), Zèbres 1939 / 1943





lundi 2 février 2026

Oyez les CROQUEURS DE MOTS : défi 320 publié chez Andrée !

Andrée18/01/2026 21:17  
 je t'ai envoyé une proposition pour le défi par le biais du contact. Bises
 
Dimdamdom59 18/01/2026 23:18
 Bien reçu, merci 🫠
 Je valide sans condition , ok pour les dates que tu me proposes🤗😇
 Tu peux publier ton thème sur ton blog le 2 février 

C'était sous le post Info coquille mais sur le blog d'Andrée ce matin, je ne voyais rien venir ... Etait-elle en train de préparer la pâte à crêpes pour la Chandeleur ?

En vérité c'est juste qu'elle l'avait déjà mis en ligne dès le 18 janvier (peut-être un oubli à la programmation du billet) 


à vos plumes les croqueurs et prenez garde au cachalot et au marlin !


 
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jeudi 29 janvier 2026

Jeudis en poésie : Bonbons, caramels, esquimaux, chocolats, par Annie Cordy

 les Cabardouche ont pris les commandes pour ce Défi 319 des CROQUEURS DE MOTS en ce lundi 19 janvier Journée internationale du pop corn. 

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

Qui dit pop corn dit cinéma ! Sauf que si les pop corne ont accompagné la naissance du cinéma parlant aux Etats-Unis, en France ils n'ont détrôné les bonbons et les esquimaux qu'avec la généralisation des multiplex dans les années 1990.
L'occasion de rendre hommage à une artiste aux multiples facettes y compris sur les écrans de cinéma





Dans mon enfance, aller au cinéma c'était avoir un esquimau à l'entracte.  C'était aussi les séances de Connaissance du Monde, inaugurées salle Pleyel en 1936 avec l'explorateur polaire Paul Emile Victor et ses premiers films ou photos 

Derrière ce rocher j'ai vu les glaces
J'ai vu les glaces jusqu'au loin
Et je me suis assise sur ce rocher
Qui a l'air d'un corbeau
(Poème eskimo)

De poèmes eskimo collectés et traduits par Paul-Émile Victor
Seghers Jeunesse, 2005
Paul-Émile Victor — Wikipédia, 1907 - 1995 explorateur polaire, scientifique, ethnologue, écrivain français et lanceur d'alerte dans le vide :
comme d'autres :

Et si vous avez envie d'aller plus loin et le choix d'en prendre le temps (désolée je n'ai trouvé que celle-ci) :

Si les artistes les plus en vue ont beaucoup décrié le cinéma à sa naissance, le poète Guillaume Apollinaire l'a immédiatement adopté dans ce qu'il a appelé l'"esprit nouveau".

Il écrit en 1917 dans une conférence intitulée « L’esprit nouveau et les poètes » :

"Il eût été étrange qu’à une époque où l’art populaire par excellence, le cinéma, est un livre d’images, les poètes n’eussent pas essayé de composer des images pour les esprits méditatifs et plus raffinés qui ne se contentent point des imaginations grossières des fabricants de films. Ceux-ci se raffineront, et l’on peut prévoir le jour où le phonographe et le cinéma étant devenus les seules formes d’impression en usage, les poètes auront une liberté inconnue jusqu’à présent."

lundi 26 janvier 2026

L'île nue*

Ma participation au défi des CROQUEURS DE MOTS est ici --->  Fadosi continue: Déficroq 319 (n°9 2025-26) : Recette pour de joyeuses soirées

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Regarder le monde
par la lentille d'un judas
tel une île nue

échappée des appétits
abritant des naufragés
©Jeanne Fadosi, jeudi 22 janvier 2026
pour la page 254 de l'Herbier de poésies
à découvrir avec les autres brins sur la page 254


Illustration sonore :
La référence de Adamante à Khalil Gibran — Wikipédia et à Rûmî — Wikipédia m'a conduit à David Bowie et à la largeur du cercle. Peu convaincue j'ai laissé filer. ... Le morceau d'après était celui-ci :





L'Île nue — Wikipédia, film japonais de 1960
 

Déficroq 319 (n°10 2025-26) : Recette pour des super soirées pyjama

Ma participation à la page de l'Herbier de poésies est ici ---> LÎle nue

les Cabardouche prennent les commandes pour ce Défi 319 des CROQUEURS DE MOTS ---> Annonce défi 319 mené par les Cabardouche !!! - Les Croqueurs de Môts en ce lundi 19 janvier Journée internationale du pop corn. 
Pour célébrer cet évènement majeur, ils nous proposent le défi suivant : Racontez une anecdote croustillante ayant pour thème le maïs soufflé.
Une manière de prolonger le défi 318 et ses recettes joyeuses.

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Alors évidemment et vous l'avez constaté avec mon jeudi en poésies, j'ai pensé au cinéma. J'ai pourtant rarement cédé à cette injonction de grignotage. Les pop corn, c'est tellement mieux qu'un grand mug en carton empli de pop corn transgéniques !

D'abord, prévenir qu'il vaut mieux prévoir des bottes de marin.
Ensuite aller à la ferme cueillette faire moisson de beaux épis
Et tant pis si la cueillette est abrégée par une pluie d'orage.
Egrener deux ou trois épis sans en abîmer les grains.
Prendre une grande casserole
et un couvercle bien hermétique si possible transparent.
Faire chanter les grains dans la casserole
et briller les yeux des enfants.
Salés ou sucrés ou nature ou caramélisés.
Peut-être couper la poire en deux en deux fournées.
Laisser tiédir et étaler une grande couverture devant la cheminée
S'installer confortablement et déguster.
Bon appétit !

Divinité aztèque tenant un épi de maïs
Du Mexique au Chili, la consommation de maïs remonterait à 5 300 ans avant notre ère. Le popcorn, très loin d’être une invention moderne, pourrait être apparu au même moment. On retrouve du maïs soufflé dans des tombes et des sites cultuels aztèques.





 

jeudi 22 janvier 2026

Jeudis en poésie : Le cinéma, de Sabine Sicaud

 les Cabardouche ont pris les commandes pour ce Défi 319 des CROQUEURS DE MOTS en ce lundi 19 janvier Journée internationale du pop corn. 

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

 Qui dit pop corn dit cinéma ! Du moins depuis quelques décennies.  A la naissance du cinéma, qui fut muet avant d'être parlant, et manger était impensable jusque dans les années 1930 aux Etats-Unis dans des salles luxueuses pour un public huppé.

En France dès l'origine du cinéma, le cinéma fut beaucoup plus populaire, s'invitant dans les cirques et les salles paroissiales ou communales. Ma maman, née en 1910 et ayant vécu son enfance pauvrement à Paris, y est pourtant souvent allée.


"Musique en sourdine, tiédeur, chuchotements,
Odeur de mandarine,
De sucre d’orge et d’amandes grillées."


Le cinéma
(Pour un vieux Monsieur
qui ne comprend pas le cinéma)

Trou d’ombre. Grotte obscure, où l’on sent, vaguement,
Bouger des êtres. La pâleur de l’écran nu
Comme une baie ouverte, au fond, sur l’inconnu…
Musique en sourdine, tiédeur, chuchotements,
Odeur de mandarine,
De sucre d’orge et d’amandes grillées.
Attente, carillon d’un timbre qui s’obstine,
Petite danse de lueurs éparpillées.
……………………………………
Puis, coup de soleil brusque. Le mystère
De ce carré de neige s’animant.
Floraisons de jardins, pics, fleuves, coins charmants,
Coins tragiques, villes, forêts, la vaste terre…
La vaste terre, et le ciel vaste, et la magie
De visages parlant des yeux, des lèvres,
Sans la voix.

Gestes précis, calme, énergie
Ou nerfs qui cèdent, Fièvres,
Bonheurs et désespoirs. Des paroles, pourquoi ?
Un sourire, une larme,
Un battement de cils…
L’émotion n’est pas dans le vacarme.
Une ligne, des points… voici le fil
Du roman triste ou gai qui se déroule.

Aimes-tu voir les hommes s’agiter ?
Assis, tu regardes la foule.
Aimes-tu le désert ? Tu le parcours, l’été,
Sous un torrent de feu, sans autre peine
Que de laisser pour toi marcher les sables… Plaines,
Montagnes, mers, te livrent leurs secrets,
Et le pôle est si près
Que Nanouk l’Esquimau l’accueille en frère ;
Et la jungle est si près
Que tu t’en vas avec le chasseur de panthères…
Ô beaux voyages que jamais tu ne ferais !

Tous les héros, tu les connais,
Ceux de l’Histoire et ceux de la légende ;
Tous les contes des Mille et une nuits,
– Les contes d’autrefois, ceux d’aujourd’hui –
Et les temples, et les palais,
Et les vieux bourgs où les clairs de lune descendent…
Tu les connais… Tu les connais, toi, prisonnier,
Peut-être, de murs gris, de choses grises, toi
Dont la vie est grise ou pire…

Vois, des fleurs s’ouvrent, des oiseaux t’invitent, vois :
Aux vergers d’Aladin s’emplissent des paniers…
Cueille des rêves, toi qui fus un prisonnier !
Ainsi qu’une arche de porphyre,
La muraille s’écarte… Évade-toi !
Il pleut, ou le vent souffle sur le toit,
Ou c’est juillet qui brûle, ou dans la rue,
C’est trop dimanche avec trop de gens qui bavardent,
Viens dans ce petit coin merveilleux et regarde…

Ici, l’heure vécue,
Même terrible – tous les drames sont possibles ! –
N’est qu’à demi terrible,
Et te voilà, comme les tout-petits,
Riant, toi qui pleurais… Tu ris,
Toi, vieux, comme les écoliers que rien n’étonne.

Charlie est là… Charlie ! Et Keaton, et Fatty,
Et pour ce bon rire, conquis
Sur toi-même, c’est le meilleur d’eux-mêmes
Qu’ils te donnent.

Art muet, soit… N’ajoute rien. Tu l’aimes,
Tu l’aimeras, quoi que tu dises, l’art vivant
Qui t’offre son visage neuf et son langage,
Ses ralentis, ses raccourcis, tous ses mirages,
Tous ses décors mouvants…
Près de ces gens qui, dans l’ombre, s’effacent,
Viens seulement t’asseoir, veux-tu, sans parti pris ?
De la nuit d’une salle étroite, aux longs murs gris,
Regarde ce miracle : un film qui passe…
Sabine Sicaud, Poèmes d’enfant, 1926

Sabine Sicaud — Wikipédia, 1913 - 1928, poétesse française