Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 23 avril 2026

Jeudis en poésie : Transe, poème personnel

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 
Zaza à la barre du défi 325 des CROQUEURS DE MOTS nous met sur la trace d'"un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole."

Et pour faire suite au poème de Baudelaire, j'ose y ajouter ma petite contribution, écrite sur une image et pour l'Herbier de poésies Fadosi continue: Transe le 22 novembre 2018


Transe
Une carafe fière de son design galbé se pavane devant une bouteille droite comme un i triste.
Et soudain la bouteille danse
dans l’œil d'une carafe en transe.
Le dernier café lui a refusé un dernier verre. Et le noctambule erre encore un peu dans l'air glacial du quai du canal.
Et soudain une bouteille danse
devant son œil imbibé.
Aux hésitations de la clé dans la porte, elle sait déjà que la trêve est finie. Ce soir encore, elle va dérouiller.
Une bouteille se tord
devant l’œil poché de bleu
d'une femme maltraitée.

©Jeanne Fadosi, jeudi 22  novembre 2018
pour l'herbier de poésies 126
à découvrir le vendredi soir  ou le samedi
avec les autres brins sur la page 126 de L'Herbier

récréanote de Adamante

 

lundi 20 avril 2026

Déficroq 325 ( n°15 2025-26) : 3024 chapitre 2

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 
Zaza à la barre du défi 325 des CROQUEURS DE MOTS nous met sur la trace d'"un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole."
voici sa consigne :
« Imaginez deux jeunes gens en quête d’aventures qui découvrent un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole. Soudain, ils entendent un bruit inquiétant. Ne seraient-ils pas seuls, quelqu’un les suivrait-il ?
À vous de continuer cette histoire abracadabrantesque ! »

Nous sommes en 3024 et Ô premier miracle, deux jeunes gens ont survécu dans une traversée chaotique d'une étrange néo préhistoire, comme leurs survivants aiment à désigner ce millénaire. Deux jeunes gens qui pour échapper à leur oisiveté dérangeante, se sont inscrit à un stage d'archéologie en Bretagne. Ils viennent de mettre à jour un très vieil ordinateur et ô deuxième miracle, ils ont trouvé au musée des vieilleries de quoi le faire fonctionner.
C'est ainsi qu'ils ont même, troisième miracle, réussi à ouvrir deux liens hébergé dans un cloud resté fonctionnel, quatrième miracle, et à les faire traduire dans leur novlangue.
Je vous épargne cette traduction et vous les livre en version originale.
Si votre temps est compté, il s'agit des recettes pour obtenir du bon vin jusqu'à la dernière bouteille.


Perdus dans l'émerveillement de leurs précieuses découvertes, ils entendent le rire inquiétant de Big Brother et l'écran du vieil ordinateur passe sans autre action de leur part à
où le sonnet Épaves (Baudelaire, 1866)/Sur le Tasse en prison d’Eugène Delacroix, 1842 - Wikisource est pastiché ou parodié, sans irrévérence mais avec audace et impertinence en un

Sur la tasse en boisson
                                     du génie de la part des anges.

 
Siesteur au banquet,
pastel sec sur pastel card, 2013-2014
d'après une vieille photo de famille


Bonnes lectures et à tout bientôt. Je n'aurai pas franchement pas envie d'ouvrir l'ordi en ces journées de partage sans écrans où je vais avoir deux semaines bien occupées en famille et pas vraiment la tête à jouer les jeunes détectives. Mais vos commentaires resteront précieusement en attente de modération. Ne vous en inquiétez pas, Big Brother n'est pas encore là.


Le Tasse en prison visité par Montaigne,
huile sur toile, Fleury François Richard, 1821
 
Le Tasse à l'hopital des fous
huile sur toile, par Eugène Delacroix, 1839

jeudi 16 avril 2026

Jeudis en poésie : Le vin de l'assassin, de Charles Baudelaire

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 
Zaza à la barre du défi 325 des CROQUEURS DE MOTS nous met sur la trace d'"un vieux grimoire de recette de vin dans un domaine vinicole."

Baudelaire a réservé tout un chapitre de cinq poèmes sur le vin, et figurez-vous qu'ils n'ont même pas effarouché la censure, non, non car on les retrouve tels quels dans les éditions de 1857, 1861 et 1868.

Alors pour faire suite à mes choix impertinents de la semaine dernière pour Pater noster et La cène de Prévert, voici celui-ci : 

LE VIN DE L’ASSASSIN

Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl.
Lorsque je rentrais sans un sou,
Ses cris me déchiraient la fibre.

Autant qu’un roi je suis heureux ;
L’air est pur, le ciel admirable…
Nous avions un été semblable
Lorsque je devins amoureux !

L’horrible soif qui me déchire
Aurait besoin pour s’assouvir
D’autant de vin qu’en peut tenir
Son tombeau ; — ce n’est pas peu dire :

Je l’ai jetée au fond d’un puits,
Et j’ai même poussé sur elle
Tous les pavés de la margelle.
— Je l’oublierai si je le puis !


Au nom des serments de tendresse,
Dont rien ne peut nous délier,
Et pour nous réconcilier
Comme au beau temps de notre ivresse,

J’implorai d’elle un rendez-vous,
Le soir, sur une route obscure.
Elle y vint ! — folle créature !
Nous sommes tous plus ou moins fous !

Elle était encore jolie,
Quoique bien fatiguée ! et moi,
Je l’aimai trop ! voilà pourquoi
Je lui dis : Sors de cette vie !

Nul ne peut me comprendre. Un seul
Parmi ces ivrognes stupides
Songea-t-il dans ses nuits morbides
À faire du vin un linceul ?

Cette crapule invulnérable
Comme les machines de fer
Jamais, ni l’été ni l’hiver,
N’a connu l’amour véritable,

Avec ses noirs enchantements,
Son cortège infernal d’alarmes,
Ses fioles de poison, ses larmes,
Ses bruits de chaîne et d’ossements !


— Me voilà libre et solitaire !
Je serai ce soir ivre mort ;
Alors, sans peur et sans remord,
Je me coucherai sur la terre,

Et je dormirai comme un chien !
Le chariot aux lourdes roues
Chargé de pierres et de boues,
Le wagon enrayé peut bien

Écraser ma tête coupable
Ou me couper par le milieu,
Je m’en moque comme de Dieu,
Du Diable ou de la Sainte Table !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, Le vin
Charles Baudelaire — Wikipédia, 1821 - 1867, poète français
 


lundi 13 avril 2026

Le masque

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photo prise par JCC le fils d'ABC

Le masque

Reclus dans leur caverne, les enchaînés de Platon ne voyaient que des ombres et la silhouette indécise de leurs voisins d'infortune. ils ne pouvaient deviner d'où venait la lueur qui parvenait jusqu'à eux.

Masque mystérieux
inquiétant ou salvateur
que deviner d'autre ?

Tout un monde dans la lumière
l'univers dans d'autres mondes ?
©Jeanne Fadosi, vendredi 10 avril 2026
pour la page 259 de l'Herbier de poésies
à découvrir avec les autres brins sur la page 259

Oyez les CROQUEURS DE MOTS : Le défi 325 prêt à lever l'ancre chez Zaza ...

Ma participation à l'Herbier de poésies est au billet d'avant ou d'apprès celui-ci

C'est notre capitaine Dômi qui nous l'a dit dans son dernier bulletin

"Pour le défi 325, Zaza s'est déjà proposée, je programmerai l'annonce de son thème pour le lundi 13 et pour les liens je vous conseille de reprendre la dernière liste, et de retourner à l'accueil du blog affiché !"
 
avant de partir "sur les traces du Tro Breizh (Compostelle Breton)" pendant une vingtaine de jours


petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

jeudi 9 avril 2026

Jeudis en poésie : Pater Noster et La cène, de Jacques Prévert

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 
Jazzy à la barre du défi 324 des CROQUEURS DE MOTS nous oriente vers la page arrachée à un livre perdu sans doute un roman qui n'a jamais existé. 

Sous ces poèmes, entre lesquels je n'ai pas voulu choisir, vous lirez ce qui m'a conduit à ces choix.

Lilousoleil pour le défi 178 des Croqueurs de mots nous avait envoyé dans un paradis parfait sans chips et autre chose d'en bas Fadosi continue: Défi n°178 : nous irons tous au paradis mais lequel ?  et deux vers avaient surgi dans ma tête, parfaits pour les jeudis en poésie : 
"Notre père qui êtes aux cieux
Restez-y"
Ses deux vers me trottaient dans la tête. J'avais dû les penser très fort car j'avais déjà eu envie de les mettre en ligne


PATER NOSTER

Notre Père qui êtes au cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l'Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles
Et qui n'osent se l'avouer
Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Avec leurs tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde 
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

Jacques Prévert, Paroles (1945)

La Cène

Il sont à table 
Ils ne mangent pas 
Ils ne sont pas dans leur assiette 
Et leur assiette se tient toute droite 
Verticalement derrière leur tête


Jacques Prévert, Paroles (1945)

Marc Chagall, Rêve de danseur

Jacques Prévert, poète et scénariste français, 1900 - 1977
Paroles, de Jacques Prévert, recueil publié en 1946 réunissant les textes de Prévert publiés dans des revues depuis 1930 et notamment clandestines pendant la guerre et compilés par des étudiants de Reims.

Quelques pas dans les méandres de ma réflexion et de mes recherches :
en requérant "page arrachée" sur mon téléphone, allez savoir comment le moteur de recherche m'a proposé Pages arrachées au livre de Satan — Wikipédia
Il s'agit d'un film danois muet de 1921 réalisé par Carl Theodor Dreyer, en quatre séquences d'une durée totale de 167 minutes, inspiré par un autre film muet de 1916  Intolérance de David Wark Griffith 
Pages arrachées est introduit par "un texte prologue, dans lequel il est énoncé que Dieu invite Satan à prendre forme humaine et à agir contre les lois divines (« Tente-les, pour qu'ils agissent contre ma volonté »)". (n'oubliez pas que les films sont muets) 


Dans le film de Griffith quatre époques sont imbriquées pour dénoncer l'intolérance d'où qu'elle vienne :
grèves de femmes au début du XXe siècle, début de l'ère chrétienne avec la crucifixion, les noces de Cana et la femme adultère, massacre de la Saint Barthélémy et chute de Babylone.

Dans le film de Carl Theodor Dreyer, quatre épisodes successifs et séparés, comme quatre pages arrachées au pacte de Dieu et de Satan : Palestine au 1er siècle avec la trahison de Judas, à Séville sous l'Inquisition avec ses violences envers les femmes et ses procès expéditifs en hérésie ; en 1793 dans la France révolutionnaire avec ses petites et grandes trahisons ; en Finlande en 1918 avec la bataille entre "Les Rouges" et "Les Blancs" et l'échec de ce dernier complot de Satan.

Une image du film Pages arrachées ... de Dreyer
 

lundi 6 avril 2026

Déficroq 324 (n°14 2025-26) : 3024 ! L'énigme des deux pères

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 
Jazzy à la barre du défi 324 des CROQUEURS DE MOTS nous oriente vers la page arrachée à un livre perdu sans doute un roman qui n'a jamais existé. Il nous faudra aussi inclure cette phrase : La nature fait les hommes semblables et la vie les rend différents.

c'était pour le mots de tête n°2 de Brunô, le fondateur de ce qui est devenu ensuite LES CROQUEURS DE MOTS. Autant dire que nous en étions au tout début.
Avec le recul, je regrette de ne pas avoir écrit la consigne précise de Brunô. Je crois me souvenir qu'il fallait écrire la quatrième de couverture d'un roman imaginaire et je m'étais même amusée à composer la première de couverture

remis en ligne pour le défi 227 proposé par Lenaïg pour le 25 novembre 2019 : Fadosi continue: Défi n°227 : Un titre énigmatique, L'homme à la chaussette trouée

Un clic sur les images pour les agrandir.

 Dans l'article initial, j'avais "reprisé" la transcription de la 4ème de couverture où il m'avait semblé avoir laissé passer une erreur dans la pseudo bio du pseudo auteur, à moins que sa mère ait eu deux pères, ce qui n'était pas trop toléré dans les mentalités il y a une cinquantaine d'années, encore moins reconnu. 

Nous sommes en 3024. Tous les livres dérangeant la Pensée vide du Guide Suprême du Monde avaient été brûlés. Evidemment, tous ceux de Mones Carpin avaient fait partie du bûcher, y compris les biographies sur ce scientifique et philosophe. Une petite phrase intrigante répétée de quatrième de couverture en quatrième de couverture et toujours réinterprétée aurait suffi à précipiter ses livres dans l'enfer de la littérature même sans contenu jugé subversif dans ce monde où la famille dite "traditionnelle" était redevenue la seule admise. "Né d'un père européen héritier des deux mille familles et d'une mère descendante d'incas par son père et de conquistadors par son père, Mones Carpin utilise sa triple culture ...".
S'il connaissait cette phrase par cœur, l'absence d'archives l'empêchait de remonter la généalogie de son ou ses grand pères maternels. Il était en outre bien trop dangereux d'en parler à quiconque, chacun devant faire remonter toute évocation des auteurs bannis. 
Il y avait bien encore quelques livres accessibles sur les tablettes, tous à la gloire du Big Brother; notamment sa bible. Le temps semblait long dans ce Monde où tout ce qui était nécessaire à la vie et au confort était désormais produit par des robots. 
Il feuilleta pour la énième fois un de ces ouvrages creux et indigestes quand il devina deux pages soigneusement collées entre elles. Quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir une page arrachée à une autobiographie de l'auteur exécré.
Il y découvrit un exemple édifiant de ce que "La nature fait les hommes semblables et la vie les rend différents" adage qui se répétait sous le manteau avec les risques les plus effroyables malgré les efforts du pouvoir suprême pour le faire disparaître des mémoires.

Par sa mère, il avait appris sur le tard que ses grands pères, jumeaux monozygotes, avaient été séparés à la naissance pour être sauvés l'un et l'autre. Si l'un des deux avait grandi dans sa famille naturelle, l'autre, voué à une mort certaine en raison d'une autre superstition, aussi vieille que cruelle, avait été confié à une tribu indienne des Hauts Plateaux descendant des Incas, vivant retirée de la civilisation des descendants des colons et des métis. 
Chacun des jumeaux avait grandi dans la culture de sa famille d'accueil avec, chevillé au corps et au cœur le manque de l'autre moitié de lui-même. Alors, quand ils s'étaient retrouvés sur un marché ils s'étaient immédiatement reconnus en dépit de leurs différences et avaient juré de ne plus jamais se séparer. Pour éviter tout problème, s'ils habitaient dorénavant sous le même toit, ils avaient aménagé une pièce secrète et inconnue de tout autre où chacun se retirait un jour sur deux pendant que l'autre  vaquait à leurs activités sociales. Ils avaient un atelier de potier et les deux se complétaient à merveille, l'un travaillant au tour et au four, l'autre excellant à peindre et émailler les poteries. Tout le monde n'y vit que du feu !
Alors quand ils s'éprirent évidemment de la même jeune fille, leur affection fraternelle étant plus précieuse que tout, ils firent de même que dans leur vie quotidienne.
Qui des jumeaux était devant monsieur le maire et monsieur le curé au mariage ? Ils avaient profité des bafouillages de la mariée pour se substituer l'un à l'autre dans un de leurs tours de passe passe dont ils étaient experts et chacun des deux, à l'insu de l'assemblée et de la promise, avait même pu prononcer les fameux "oui je le veux".
Inutile de vous préciser que lorsque la mère de Mones Carpin se retrouva enceinte, aucun des jumeaux ne fut capable de désigner LE père. Et quand bien même, bien plus tard dans une civilisation plus sereine et avant le retour à la barbarie, les tests adn n'étaient pas, pas encore, en mesure de différencier celles des jumeaux monozygotes. Ils purent vers la fin de leur vie vivre à trois dans une société apaisée qui ignorait leur secret (l'ouverture d'esprit a ses limites) et les jumeaux s'éteignirent doucement à quelques jours d'intervalle avant d'être les témoins du basculement du Monde. La mère de l'écrivain vécut encore quelques années sans avoir eu le temps de l'en informer, les prémisses du monde à venir ne permettant déjà plus de libérer la parole.

Ce n'était donc ni une coquille d'impression jamais corrigée, ni l'aveu d'un trouple ou d'un couple homoparental. Juste la belle histoire secrète et taboue de frères presque siamois et de leur amoureuse. 
Que faire de cette page si on le trouvait en sa possession ? La remettre dans cette apologie imbuvable ? C'était la meilleure solution en ces temps mauvais. C'était aussi le plus sûr moyen de la voir disparaître à jamais le jour où, - il ne faut jamais désespérer -, d'autres temps renverseraient ce Maître des horloges et du Monde. Car oui, alors, les très rares écrits actuels seraient voués à être à leur tour détruits. Il mit la page dans un étui à vœux et s'en alla le glisser dans le Mur des encensements au Big Boss, seul lieu "sacré" où tous les petits mots déposés demeuraient avec certitude inviolés par la loi même de Big Brother.