petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ...
Dans l'article initial, j'avais "reprisé" la transcription de la 4ème de couverture où il m'avait semblé avoir laissé passer une erreur dans la pseudo bio du pseudo auteur, à moins que sa mère ait eu deux pères, ce qui n'était pas trop toléré dans les mentalités il y a une cinquantaine d'années, encore moins reconnu.
Nous sommes en 3024. Tous les livres dérangeant la Pensée vide du Guide Suprême du Monde avaient été brûlés. Evidemment, tous ceux de Mones Carpin avaient fait partie du bûcher, y compris les biographies sur ce scientifique et philosophe. Une petite phrase intrigante répétée de quatrième de couverture en quatrième de couverture et toujours réinterprétée aurait suffi à précipiter ses livres dans l'enfer de la littérature même sans contenu jugé subversif dans ce monde où la famille dite "traditionnelle" était redevenue la seule admise. "Né d'un père européen héritier des deux mille familles et d'une mère descendante d'incas par son père et de conquistadors par son père, Mones Carpin utilise sa triple culture ...".S'il connaissait cette phrase par cœur, l'absence d'archives l'empêchait de remonter la généalogie de son ou ses grand pères maternels. Il était en outre bien trop dangereux d'en parler à quiconque, chacun devant faire remonter toute évocation des auteurs bannis.Il y avait bien encore quelques livres accessibles sur les tablettes, tous à la gloire du Big Brother; notamment sa bible. Le temps semblait long dans ce Monde où tout ce qui était nécessaire à la vie et au confort était désormais produit par des robots.Il feuilleta pour la énième fois un de ces ouvrages creux et indigestes quand il devina deux pages soigneusement collées entre elles. Quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir une page arrachée à une autobiographie de l'auteur exécré.Il y découvrit un exemple édifiant de ce que "La nature fait les hommes semblables et la vie les rend différents" adage qui se répétait sous le manteau avec les risques les plus effroyables malgré les efforts du pouvoir suprême pour le faire disparaître des mémoires.
Par sa mère, il avait appris sur le tard que ses grands pères, jumeaux monozygotes, avaient été séparés à la naissance pour être sauvés l'un et l'autre. Si l'un des deux avait grandi dans sa famille naturelle, l'autre, voué à une mort certaine en raison d'une autre superstition, aussi vieille que cruelle, avait été confié à une tribu indienne des Hauts Plateaux descendant des Incas, vivant retirée de la civilisation des descendants des colons et des métis.Chacun des jumeaux avait grandi dans la culture de sa famille d'accueil avec, chevillé au corps et au cœur le manque de l'autre moitié de lui-même. Alors, quand ils s'étaient retrouvés sur un marché ils s'étaient immédiatement reconnus en dépit de leurs différences et avaient juré de ne plus jamais se séparer. Pour éviter tout problème, s'ils habitaient dorénavant sous le même toit, ils avaient aménagé une pièce secrète et inconnue de tout autre où chacun se retirait un jour sur deux pendant que l'autre vaquait à leurs activités sociales. Ils avaient un atelier de potier et les deux se complétaient à merveille, l'un travaillant au tour et au four, l'autre excellant à peindre et émailler les poteries. Tout le monde n'y vit que du feu !Alors quand ils s'éprirent évidemment de la même jeune fille, leur affection fraternelle étant plus précieuse que tout, ils firent de même que dans leur vie quotidienne.Qui des jumeaux était devant monsieur le maire et monsieur le curé au mariage ? Ils avaient profité des bafouillages de la mariée pour se substituer l'un à l'autre dans un de leurs tours de passe passe dont ils étaient experts et chacun des deux, à l'insu de l'assemblée et de la promise, avait même pu prononcer les fameux "oui je le veux".Inutile de vous préciser que lorsque la mère de Mones Carpin se retrouva enceinte, aucun des jumeaux ne fut capable de désigner LE père. Et quand bien même, bien plus tard dans une civilisation plus sereine et avant le retour à la barbarie, les tests adn n'étaient pas, pas encore, en mesure de différencier celles des jumeaux monozygotes. Ils purent vers la fin de leur vie vivre à trois dans une société apaisée qui ignorait leur secret (l'ouverture d'esprit a ses limites) et les jumeaux s'éteignirent doucement à quelques jours d'intervalle avant d'être les témoins du basculement du Monde. La mère de l'écrivain vécut encore quelques années sans avoir eu le temps de l'en informer, les prémisses du monde à venir ne permettant déjà plus de libérer la parole.
Ce n'était donc ni une coquille d'impression jamais corrigée, ni l'aveu d'un trouple ou d'un couple homoparental. Juste la belle histoire secrète et taboue de frères presque siamois et de leur amoureuse.Que faire de cette page si on le trouvait en sa possession ? La remettre dans cette apologie imbuvable ? C'était la meilleure solution en ces temps mauvais. C'était aussi le plus sûr moyen de la voir disparaître à jamais le jour où, - il ne faut jamais désespérer -, d'autres temps renverseraient ce Maître des horloges et du Monde. Car oui, alors, les très rares écrits actuels seraient voués à être à leur tour détruits. Il mit la page dans un étui à vœux et s'en alla le glisser dans le Mur des encensements au Big Boss, seul lieu "sacré" où tous les petits mots déposés demeuraient avec certitude inviolés par la loi même de Big Brother.
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