Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, combien en 2017 ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

lundi 19 novembre 2018

Fadosi continue ici

Billet d'accueil

pour accéder au contenu complet des articles présentés en résumé il suffit de cliquer sur le titre de l'article ou le lien Plus d'infos » 
Profitez des instants de la vie :
le temps s'écoule à sa cadence,
trop vite ou trop lentement,
sans retour possible
Pourquoi Fadosi ?

Défi n°212 "Les murs ont des oreilles"

Lénaïg à la barre des CROQUEURS DE MOTS pour le défi n°212 nous propose ceci :
Coucou les Crôqueurs de mots, me voici à la barre du navire pour la quinzaine par la grâce de l'amirale Dômi.
Alors, pour le défi du lundi 19 novembre, je nous présente deux photos de Street Art, ou Art de la rue, dont nous pourrons disposer à notre guise, ou en choisir une autre, ou ne pas mettre d'image du tout MAIS le défi va consister à écrire une petite histoire en y incluant au moins l'une des propositions suivantes :
un regard bizarre,
les murs ont de grandes oreilles,
la chance me sourit.




Seulement voilà, il est près de 19 heures, mon estomac commence à m'indiquer qu'il mangerait bien une petite soupe et je n'ai pas le commencement d'une idée d'histoire !
J'ai un faible pour le chat aux grandes oreilles. Avec quel animal sa mère a-t-elle donc "fauté". Ce ne peut être un âne, bien trop grand pour cette gente féline, un lapin peut-être ? Où L'imagination du graffeur ou de la graffeuse* pas très au courant ? Les yeux de l'autre matou sont impressionnants et pour tout dire dérangeants. Je n'aimerais pas avoir ce genre de mur en perspective dans mon paysage.
Ah zut alors, ils m'hypnotisent ces yeux de braise ! Quel regard bizarre ! Que voulait nous dire l'artiste ?
Mieux vaut-il voir ou entendre ? ou deviner ?
Ou se mettre la tête dans le sable et se boucher les oreilles ?

Dans le début des années 80, un tagueur avait écrit d'une main maladroite et je crois même avec des fautes d'orthographe sur le mur de la maison voisine, "Les murs ont des oreilles". Nouvelle habitante de ce quartier, (je n'y habite plus depuis longtemps) je n'ai pas prêté attention aux interprétations d'autres voisins ... et je n'ai pas cherché à en savoir plus. Le tag a vite disparu derrière un bon coup de peinture et n'est jamais réapparu.

Si je refaisais le chemin de l'histoire à l'envers, j'aurais peut-être une explication très éloignée de tout ce que l'on pouvait imaginer à l'époque. Les tags, très laids la plupart du temps, fleurissaient dans d'autres rues et il n'y avait aucune raison particulière à cibler cette maison.
Il faut dire que les ruines de deux ou trois maisonnettes basses le long de l'Oise, rasées depuis, étaient le repère d'adolescents en quête de colloques à l'abri du monde et, dans ce lieu, j'imagine que lors de leurs longues soirées ou nuits de discussions, ils refaisaient le monde. J'aurais quand même préféré qu'ils s'expriment en dessinant car parmi eux, il y avait de la graine de caricaturiste.

* j'écris graffeuse tout naturellement mais mon correcteur orthographique ne connait que graffiteuse, comme si le geste graphique masculin était plus noble et digne d'exécuter un graf alors que le geste graphique féminin ne produirait que des graffitis.


samedi 17 novembre 2018

Contemplation

Pour le nid des mots de novembre
Prochain thème, à publier chez vous le samedi 17 novembre :
"Je me suis assis devant ce tableau..."
Je me suis assise devant ce tableau*, dans le bruissement de la grande salle un peu désuète. La horde des visiteurs était enfin allée plus loin et de nouveau faisait la pose dos à l'oeuvre suivante devant une armée de perches à selfies.
L'aquarelle tout en nuances, avec ses fiers sapins dressés vers le ciel et ses pentes adoucies par le coton de la brume m'emmenait loin dans mon enfance. Au pays des fées et des faons, des elfes et des lutins.
Le paysage me faisait signe, comme l'évidence de toute une vie préservée de notre arrogante modernité.
La vieille dame qui s'est assise à côté de moi m'a fait un signe de connivence. Nous n'entendions plus les bruits de la ville, juste le vent dans les aiguilles et le silence.
Ou peut-être sous les branches, le brame de quelque cerf.
*nb : Je me suis laissée aller à la contemplation de l'aquarelle proposée pour la page 125 de l'Herbier de poésie 


brame du cerf des Pyrénées
Brame du cerf

vendredi 16 novembre 2018

Loin du dernier sentier

Pour la page 125 de l'Herbier de poésie
Loin du dernier sentier
Dans la forêt rendue à sa virginité
la biche a fui loin du chasseur.
Les cimes séculaires ont griffé les nuages
pour célébrer leurs noces de coton.
Parmi les Géants
les brumes s'effilochent
en molles guirlandes.
©Jeanne Fadosi, jeudi 15  novembre 2018
pour l'herbier de poésies 125
à découvrir le vendredi soir  
avec les autres brins sur la page 125 de L'Herbier

Aquarelle de Steve Mitchell

Légende ajoutée par Adamante :

Je conseille à tous les brins de rajouter la légende pour pallier une éventuelle invasion de goa'uld.  
Moi  
I am sorry about this confusion. Your works are very beautiful. Would you agree to lend us one for the next page of « the poetries Herbarium » ? We owe you that, no ? So sorry. I leave you the choice of the one that you will propose us. One great thank.
Steve Mitchell  
Thanks. Yes that is fine. What type image did you have in mind? 
Moi et Steve Mitchell     l'envoi de l'image

jeudi 15 novembre 2018

Pourquoi écrire un poème, de Cécile Coulon

Lénaïg à la barre du défi n°212 des CROQUEURS DE MOTS nous invite pour le premier jeudi en poésie sur "Les joies de la découverte".
Quelle bonne idée que cette suggestion pour une fois que j'entends de la poésie et une poétesse, jeune, invitée un lundi matin sur ma radio de grande écoute à l'occasion du prix Apollinaire qui va lui être remis le soir même et qui m'a ravi les oreilles ce matin-là.

J'aimerais avoir sous les yeux le texte du poème qu'elle a écrit et lu en exclusivité pour l'émission Boomerang de France Inter

La totalité de cet entretien de 33 minutes est très intéressant mais si vous êtes pressés vous pouvez l'écouter à partir de la minute 27

Pourquoi écrire un poème

France Inter, émission boomerang, 12 novembre 2018

Cécile Coulon, née en 1990, romancière, nouvelliste et poétesse
Les ronces, recueil de poèmes, 2018

éditions Le Castor astral

mercredi 14 novembre 2018

Ugolin au bord du Colin

Cette semaine, mon petit tour des prénoms du mercredi fait étape dans le Cher et plus précisément dans le Berry cher à George Sand et à sa Mare au diable et à Alain Fournier dans le Grand Meaulnes

Au fond de son jardin
passe le Colin
plus ruisseau que rivière
marais en ses lisières.

Dans le Colin
pas de colin
ni de saumon
quelques gardons.

Son métier
comme d'autres potiers
est de travailler la terre
qu'il façonne en expert.

Il y travaille le grès
de son plein gré.
La céramique n'y est plus en déclin
et il s'essaye même au kaolin

qu'il fait venir en cachette.

A la nuit tombée
il regarde la nuit étoilée
avec son pote astronome
en rêvant du Grand Meaulnes.

poteries imagées de la dynastie Talbot
Le Colin est une petite rivière de moins de 30 kilomètres, sous-affluent du Cher, qui prend sa source à Morogues dans le Cher, dans la région Centre-Val de loire, de l'ancienne province du Berry.
Morogues est aussi le nom d'un astéroïde donné par l'astronome Bernard Christophe
Le Hameau de La Borne, près de Morogues voit depuis une trentaine d'années le renouveau de son activité de céramique dont la tradition est très ancienne grâce à un filon de grès.
Le kaolin est une argile blanche qui permet de faire une porcelaine fine comme celle des chinois et que l'on trouve dans la région de Limoges dans le Limousin.

La liste des prénoms chez Jill Bill et Les liens du rassemblement
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB


vendredi 9 novembre 2018

Le destin de la forêt amazonienne


1963
Je me souviens de l'un de mes premiers livres documentaires que j'ai lus en entier avec l’intérêt mêlé de la part d'aventure et d'exotisme qui me fascinaient tout en me glaçant d'effroi, tel les rites supportés pour passer de l'enfance à l'âge adulte.


l'Amazonie, terre à l'époque encore relativement vierge de l'incursion de nos civilisations dites "avancées"
l'Amazonie, terre déjà si convoitée pour ses richesses réelles et supposées.

La plus grande richesse de l'Amazonie, c'est son rôle le plus précieux pour l'ensemble des humains de la planète Terre, cela fait de longues années que ses défenseurs tirent la sonnette d'alarme.

Les Etats, contraints et forcés par l'évidence, s'en sont émus et ont même établis des lois ...
Rien n'y fait ... Aujourd'hui plus que jamais Le destin de la forêt amazonienne ne tient qu'à un fil.

Après plusieurs années de déclin, la déforestation a repris de plus belle, et les taux ont atteint au Brésil un pic de 190% en août et septembre d'une année par rapport à l'année précédente*. Les lois actuelles ne parviennent pas à arrêter les bûcherons, mineurs et éleveurs. Le meilleur moyen de régénérer la forêt est de créer des réserves plus vastes encore, et ce corridor écologique serait une formidable avancée pour préserver les fragiles écosystèmes de l’Amazonie.

Et aujourd'hui, un apprenti sorcier peu sensible aux turbulences du climat et à la protection de la bio-diversité est devenu président d'un des neuf pays sur lesquels s'étend la forêt amazonienne.

vidéo mise en ligne par le Monde

Et si vous disposez de plus de temps (~43 minutes) : La jungle amazonienne, enfer ou paradis

* J'avais archivé ce texte en brouillon et je ne sais plus de quelle année il s'agit, 2016, 2017 ?

Le sentier perdu

Pour la page 124 de l'Herbier de poésie

Au pays des arbres
de la forêt des merveilles
toute une vie respire

Alice n'ira plus aux bois
les miroirs en sont brisés
©Jeanne Fadosi, mercredi 7  novembre 2018
pour l'herbier de poésies 124
à découvrir le vendredi soir  
avec les autres brins sur les pages 124,
124 bis, 124 ter, toujours P124 de L'Herbier

Le "sous-bois en automne" de Jamadrou


jeudi 8 novembre 2018

Poème d'amour, de Renée Vivien

Josette depuis sa cachette est à la manœuvre du défi n°211 des CROQUEURS DE MOTS.
Pour le premier jeudi poésie elle suggère le thème d'une porte, toutes les portes sont possibles... 
et pour le second celui d'une fenêtre quelle soit ouverte ou fermée ! 
apparté : j'ai programmé ce billet lundi matin, avant d'apprendre l'effondrement d'immeubles soi-disant non habités de Marseille. Sauf que dès ce moment, j'ai entendu sur France Inter une voisine dire à un journaliste que "Si" il y avait des gens, au moins un monsieur qui ne sortait jamais de chez lui et dont elle s'était même plaint car il la matait depuis sa fenêtre. Et la voisine a insisté pour que l'on se préoccupe d'éventuels survivants, sans aigreur.
Alors j'imagine que ce monsieur sans vie sociale l'avait peut-être observé en se récitant le poème de Renée Vivien.


J'aurais pu remplacer les [...] de jeudi dernier dans le poème de Victor Hugo, Les pauvres gens.

V

Elle prend sa lanterne et sa cape. — C’est l’heure
D’aller voir s’il revient, si la mer est meilleure,
S’il fait jour, si la flamme est au mât du signal.
Allons ! — Et la voilà qui part. L’air matinal
Ne souffle pas encor. Rien. Pas de ligne blanche
Dans l’espace où le flot des ténèbres s’épanche.

Il pleut. Rien n’est plus noir que la pluie au matin ;
On dirait que le jour tremble et doute, incertain,
Et qu’ainsi que l’enfant, l’aube pleure de naître.
Elle va. L’on ne voit luire aucune fenêtre.

J'aurais pu rééditer les poème de Victor Hugo, encore lui, écrit en entendant les bruits de Guernesey par les fenêtres ouvertes que j'avais mis en ligne déjà pour Josette ou quand le poète est A la fenêtre pendant la nuit ou son choix du délicieux poème en prose de Charles Baudelaire.

J'ai cherché ...

"Les Kitharèdes" - 1904
 Poème d’amour
O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres. 
Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femmes. 
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres. 
Renée Vivien, Poème d'amour, 1904 

Renée Vivien, dite "Sapho", 1877 - 1909, poétesse britannique de langue française



mercredi 7 novembre 2018

Lucette de l'Île des Pins

J'arrive encore tard pour mettre en ligne pour demain un brouillon commencé avant mes réparages des yeux. J'avais envie de vous emmener faire un tour du côté d'un bout du monde dont la population se prononçait dimanche dernier par référendum pour ou contre l'indépendance.

Lucette de l'Île des Pins

Lucette est inquiète
ce n'est pas qu'elle craigne
l'indépendance
ou le giron de la métropole.

Sur son petit lopin de terre
sa paillote pleine de paillettes
qui en mettait plein les mirettes
aux touristes
a les pieds dans l'eau !

Lucette est inquiète
pour son coin de paradis
qui bientôt sera englouti.
Alors elle se dit
que nous sommes tous
dans le même bateau.

Enfin, pour elle c'est pour bientôt !

Elle admire Louise Michel
qui fut 7 ans ici bagnarde
Mais il faudrait pour la planète
de nouvelles suffragettes
défendant la diversité !

Lucette est inquiète
car son caillou rétrécira
et ce sujet préoccupant
ne semble pas d'actualité.

L'Île des Pins surnommée l'île la plus proche du paradis, est une île de la Nouvelle Calédonie qui a accueilli le bagne dont les anciens bagnards, obligés de rester à l'issue de leur peine ont fait souche et sont pour partie à l'origine des caldoches.

les provinces de Nouvelle Calédonie











Dernière minute : Christian Karembeu s'exprime sur le scrutin d'autodétermination, sur les problèmes de l'archipel et sur ses racines kanakes (francetvinfo)
Je viens de découvrir cet entretien donné par le footballeur avant le référendum.


baie d'Upi, Ile des Pins, image versée au Domaine Public par son auteur


La liste des prénoms chez Jill Bill et Les liens du rassemblement
Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 5 novembre 2018

Défi n°211 Vernissage

Ohé du bateau...
Cette quinzaine le navire touche terre ... car
vous avez reçu une invitation à un vernissage, avec un  ami  ...
Ravie ou outrée vous partagez vos impressions devant les premières œuvres exposées...et mieux si vous insérez 2 expressions contenant le nom d'un animal !

- Allez Jeanne, réveille-toi de ta sieste, as-tu encore oublié que nous devions aller à un vernissage sur le pont de la coquille des CROQUEURS DE MOTS ?
- Comment cela un vernissage, ah oui celui dont Josette nous a envoyer collectivement un carton d'invitation ? J'avoue que j'avais complètement oublié, j'ai une mémoire de poisson rouge en ce moment. c’est quoi déjà le style ?
- Des silhouettes dégingandées, exprimant divers sentiments avec une économie étonnante de moyens. Tiens celui de l'affiche qui appuie tout le poids du monde sur une chaise aussi étique que lui me glace les sangs. J'ai envie d'en découvrir plus, tu viens ? Ou tu restes dans ton terrier à faire la marmotte ?
- J'arrive ! juste le temps de sortir les chiens (ah ceux-là tiennent leur place et ne sont pas en fil de fer) et de prendre un manteau. C'est où déjà ?
- Prends ton temps, tu n'avais pas besoin de mentionner ces quadrupèdes, entre le poisson rouge et la marmotte, tu avais déjà fait le job. Enfin, fais quand même un peu plus vite que les escargots de Jacques Prévert, sinon, nous risquons d'arriver au décrochage des œuvres.

Vous l'avez compris, je raccroche in extremis les wagons du défi n°211 tout en me rappelant d'autres épisodes me faisant gamberger sur la notion d'art.


vendredi 2 novembre 2018

Pavane

Pour la page 123 de l'Herbier de poésie

Pavane
Tout en harmonie
d'une cadence au pas de l'oie
ode à la nature
loin des foules hypnotiques
d'humains déshumanisés.
©Jeanne Fadosi, jeuid soir 1e  novembre 2018
pour l'herbier de poésies 123
à découvrir le vendredi soir  
avec les autres brins sur la page 123 de L'Herbier

©Ganga cata par Carine Noushka
et son site WILDLIFE GATEWAY - mille pattes

Pavane, op 50 de gabriel Fauré

Pavane Belle qui tient ma vie,de Thoineau, XVie siècle
 par Jordi Savall

jeudi 1 novembre 2018

Les pauvres gens, de Victor Hugo (extraits)

Josette depuis sa cachette est à la manœuvre du défi n°211 des CROQUEURS DE MOTS.
Pour le premier jeudi poésie elle suggère le thème d'une porte, toutes les portes sont possibles... 
et pour le second celui d'une fenêtre quelle soit ouverte ou fermée ! 
J'ai tout de suite pensé, allez savoir pourquoi, à cet extrait du long poème de Victor Hugo, Les pauvres gens, où la porte n'y est pas écrite mais suggérée comme un gage de confort et de protection. Je m'aperçois d'ailleurs que je n'ai jamais partagé ces vers pourtant recopié dans les toutes premières pages de mon anthologie personnelle d'adolescente.
En voici un autre extrait où il est question d'une autre masure et d'une autre porte qui ne joue plus son rôle.



Les pauvres gens (extraits)


fin du IV
Jeannie est bien plus triste encor. Son homme est seul !
Seul dans cette âpre nuit ! seul sous ce noir linceul !
Pas d'aide. Ses enfants sont trop petits. - Ô mère !
Tu dis : "S'ils étaient grands ! - leur père est seul !" Chimère !
Plus tard, quand ils seront près du père et partis,
Tu diras en pleurant : "Oh! s'ils étaient petits !"
V
Elle prend sa lanterne et sa cape. - C'est l'heure
D'aller voir s'il revient, si la mer est meilleure,
S'il fait jour, si la flamme est au mât du signal.
Allons ! - Et la voilà qui part. L'air matinal
Ne souffle pas encor.
[...]
Tout à coup, a ses yeux qui cherchent le chemin,
Avec je ne sais quoi de lugubre et d'humain
Une sombre masure apparaît, décrépite ;
Ni lumière, ni feu ; la porte au vent palpite ;
Sur les murs vermoulus branle un toit hasardeux ;
La bise sur ce toit tord des chaumes hideux,
Jaunes, sales, pareils aux grosses eaux d'un fleuve.
"Tiens ! je ne pensais plus à cette pauvre veuve,
Dit-elle ; mon mari, l'autre jour, la trouva
Malade et seule ; il faut voit comment elle va."
Elle frappe à la porte, elle écoute ; personne
Ne répond. Et Jeannie au vent de mer frissonne.
"Malade ! Et ses enfants ! comme c'est mal nourri !
Elle n'en a que deux, mais elle est sans mari."
Puis, elle frappe encore. "Hé ! voisine !" Elle appelle.
Et la maison se tait toujours. "Ah ! Dieu ! dit-elle,
Comme elle dort, qu'il faut l'appeler si longtemps!"
La porte, cette fois, comme si, par instants,
Les objets étaient pris d'une pitié suprême,
Morne, tourna dans l'ombre et s'ouvrit d'elle-même.
Victor Hugo, Les pauvres gens, La légende des siècles, XIII Maintenant,  1859


Victor Hugo, 1802 - 1885, poète dramaturge et romancier français