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« Une œuvre d’art n’est jamais immorale. L’obscénité commence où l’art finit »
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| "America", oeuvre en or 18 carats de l'artiste Maurizio Catellan, photo AFP/Williams EDOUARD |
1) Il y a eu d'abord cette citation qui m'a fait cogiter sur le sens à donner aux mots (œuvre d'art, immoral, obscène).
2) J'ai recherché sur Google pour ne pas le nommer une image libre de droit du célèbre urinoir de Marcel Duchamp, 1917, dont la temporalité me laissait penser que la "sculpture" était peut-être à l'origine de la citation.
3) dans la foulée, Adamante proposait pour l'Herbier de poésies une image qui faisait autrement écho à la citation. Et dans la foulée, j'avais écrit laborieusement un texte initialement prévu pour le vendredi 13.
Pour la page 149 de l'Herbier de Poésies
Comme d'habitude, il n'avait aucune idée de ce qu'il adviendrait de son texte. S'il convenait, il paraîtrait, signé du nom de son boss, caviardé des nuances et de la complexité de l'analyse. Sinon il n'en resterait qu'une caricature sans base ni sommet pour remplir l'espace d'une pub non attribué avec ses initiales. Souvent le fichier atterrissait dans la corbeille.
Il longeait la Seine.
Vers l'ouest doucement
le soleil déclinait.
L’œuvre ne l'avait pas inspirée, son histoire en revanche l'avait interpellé. Comme une répétition sans fin. Symptôme de la réémergence des pratiques d'asservissement dont les trente glorieuses avaient fait croire à la disparition.
Sur l'autre rive
une vieille dame incarnée
derrière des palissades.
Sa petite amie, en le présentant à ses parents, l'avait dit "critique d'art". Cela avait plus d'allure que poète. Moins inquiétant, quoique. Il avait envie de gueuler à l'eau noire "plus de gueule". Ce contrat à durée indéterminée était une aubaine pour se loger et ils avaient besoin de leur caution.
Un beau soir d'avril
les âmes des anonymes
pleuraient leur chef d’œuvre.
Demain sans doute les enchères grimperaient dans d'autres tours. Quelqu'un achèterait un nom. L'objet passerait d'un coffre à un autre. Il pensa à cette citation de Raymond Poincaré lu sur un des blogs où il aimait se détendre et se ressourcer : « Une œuvre d’art n’est jamais immorale. L’obscénité commence où l’art finit ».
L'arrogance des marchés
la quête vaine du barbouilleur
étaient dérisoires.
Vers les tours de la Défense
Le Soleil griffait les toits.
Il n'empêche ! La démarche de Maurizio Catellan me semble autrement signifiante que celle de Marcel Duchamp et j'imagine au regard d'un stage en entreprise quand j'étais étudiante comment il a pu puiser son inspiration. Même si je trouve obscène, à moins que ce ne soit juste cynique, de l'exposer dans un palais. Après tout, il semblerait que le summum de l'art et de l'irrévérence ait été de faire disparaître l'œuvre juste adjugée (cf La fillette attribuée à Banksy s'autodétruit en pleine vente)





