Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 5 décembre 2019

Vers dorés, de Gérard de Nerval suivi de Sur le pays des chimères et de Cri

Aux matelots des Croqueurs de Mots, étant à la barre pour cette quinzaine, Colette nous propose en toute simplicité pour le défi n°228 le thème suivant : Le quotidien.
À partir de cette citation :
« Le train quotidien va bientôt dérailler, qui veut rester dedans n’a qu’a bien s’accrocher. »
Robert de Houx (acteur belge, 1926 - 2008)

Quant aux jeudis poésie des 5 et 12 décembre,
– Le courage
– La peur
dans l’ordre que vous souhaitez ou libre bien entendu ;


Peur, oui j'ai peur, et depuis longtemps, bien plus longtemps que ma présence sur les blogs. L'espoir d'une prise de conscience plus qu'infime s'amenuisant, mon courage s'effrite et je n'en ai plus guère. Des poèmes sur ces deux thèmes sont nombreux et il n'est pas facile de choisir. Avec l'amour, ce sont des mots clés depuis toujours pour les poètes.
Dans nos panthéons récents, les romantiques et les parnassiens ont frémi sous les dérèglements de la nature. Ce sonnet, paru dans le recueil Les chimères en 1854, me semble aller dans l'esprit de ce défi n°228 et comme un écho aux grandes conférences sur le climat dont la 25e se tient actuellement.

Ici une injonction à la crainte salutaire :

Vers dorés


Eh quoi ! tout est sensible !
Pythagore.
Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose ;
« Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie :
À la matière même un verbe est attaché...
Ne le fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !


Gérard de Nerval, recueil Les chimères, 1854.

Gérard de Nerval, 1808 - 1855, écrivain et poète français, figure majeure du romantisme français

Ici, le constat déjà sévère : sauf que je n'ai pas retrouvé de certitude quant à ce poème attribué à Nerval dans les odelettes (1834) ni dans les chimères (1854) dont il est absent.

Sur le pays des chimères

Sur le pays des chimères
Notre vol s’est arrêté :
Conduis-nous en sûreté
Pour traverser ces bruyères,
Ces rocs, ce champ dévasté.

Vois ces arbres qui se pressent
Se froisser rapidement ;
Vois ces roches qui s’abaissent
Trembler dans leur fondement.
Partout le vent souffle et crie !

Dans ces rocs, avec furie,
Se mêlent fleuve et ruisseau ;
J’entends là le bruit de l’eau,
Si cher à la rêverie !
Les soupirs, les vœux flottants,
Ce qu’on plaint, ce qu’on adore…
Et l’écho résonne encore
Comme la voix des vieux temps,

Ou hou ! chou hou ! retentissent ;
Hérons et hiboux gémissent,
Mêlant leur triste chanson ;
On voit de chaque buisson
Surgir d’étranges racines ;
Maigres bras, longues échines ;
Ventres roulants et rampants ;
Parmi les rocs, les ruines,
Fourmillent vers et serpents.

À des nœuds qui s’entrelacent
Chaque pas vient s’accrocher !
Là des souris vont et passent
Dans la mousse du rocher.
Là des mouches fugitives
Nous précèdent par milliers,
Et d’étincelles plus vives
Illuminent les sentiers.

Mais faut-il à cette place
Avancer ou demeurer ?
Autour de nous tout menace,
Tout s’émeut, luit et grimace,
Pour frapper, pour égarer ;
Arbres et rocs sont perfides ;
Ces feux, tremblants et rapides,
Brillent sans nous éclairer !…


Gérard de Nerval, Odelettes ? Les chimères ? autres ? pas de lui ?

"Autour de nous tout menace"
Aurons-nous du courage ou saurons-nous seulement crier ?

Ici, mon modeste effroi, retrouvé dans une note de la mémoire de mon téléphone et publié fin octobre 2017 :


Quand la vue se trouble
Refusant leur liberté
Je leur crie fraternité

Quand les temps se brouillent
Au mille feuilles de l'Histoire
C'est l'émiettement du sens

A en perdre la raison
Comme disait une chanson
Qui parlait d'aimer
Jeanne Fadosi, 14 avril 2016, 15 heures

variation sur Le cri de Munch
image de pixabay gratuit
CC0 Creative Commons

7 commentaires:

  1. Je ne saurais en dire plus, je découvre ces écrits… Avoir le courage de renoncer à ce monde de production à outrance qui finalement offre plus de malheur que de vrai bonheur… Ca Jeanne, bonne question ! Merci...

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  2. Merci beaucoup Jeanne ! Ici, crainte et peur sont si bien exprimées !!!
    Du premier, je retiens :
    Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
    Cela me parle beaucoup !!!...
    Et du deuxième, ceci :
    Mais faut-il à cette place
    Avancer ou demeurer ?
    Autour de nous tout menace,
    Tout s’émeut, luit et grimace,
    Pour frapper, pour égarer ;
    Arbres et rocs sont perfides ;
    Ces feux, tremblants et rapides,
    Brillent sans nous éclairer !…
    Et de ton cri :
    Quand les temps se brouillent
    Au mille feuilles de l'Histoire
    C'est l'émiettement du sens
    Bon jeudi,
    Bises♥

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  3. C'est ton poème mon préféré et c'est sincère ce que je dis parce qu'il me parle plus et bien sûr Nerval a beaucoup de talent. Bisous

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  4. Bravo Jeanne pour cette déclinaison poétique de la peur . Une actualité vraiment remarquable pour les poèmes de Nerval . Je n'ose imaginer ce qui va se passer à la Cop 25 si ce n'est un constat d'impuissance par rapport à cette superbe arrogance des gouvernements .
    J'aime beaucoup ton cri en écho à celui de Munch
    Bonne journée
    Bises

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  5. ces poèmes ont une résonance avec notre société... la peur est toujours là et l'ambiance la rend plus pesante mais n'y changera rien
    j'ai hésité à mettre le premier poème jeudi prochain mais finalement j'ai choisi terreur de Maupassant !
    bonne soirée Jeanne

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  6. j'ai beaucoup apprécié le premier ; arrêtons d'être fiérot les hommes vis à vis des bêtes que nous tuons, volons, sans l'ombre d'un remord. Bises

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  7. 1854 et déjà la peur tenaillait le monde et à juste titre sachant ce qui s'est passé à deux reprises. Aujourd'hui cette peur est toujours présente et l'humain n'a toujours pas pris les leçons du passé, j'ose espérer que plus jamais nous n'aurons à revivre ça!!!
    Merci pour tes choix et bravo pour ta contribution personnelle.
    Bisous.
    Domi.

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