Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 28 janvier 2021

Le ver luisant, de Maurice Rollinat

 Josette depuis sa Cachette pilote le défi n°244 des CROQUEURS DE MOTS et nous y invite à jouer sur le double sens des mots avec une brève histoire le lundi 25 janvier et pour les jeudis :

le 21 janvier une poésie en rapport avec une ville
le 28 janvier une poésie en rapport avec la campagne
ou thème libre à votre choix


Pour un poème sur la campagne j'avais l'embarras du choix, entre J'aime l'âne si doux de Francis James ou Le semeur de Victor Hugo ou Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux (Automne de Guillaume Apollinaire.

J'ai porté mon choix sur le ver luisant pour deux raisons. 

1) Vous croyez ne pas connaître ce poète et pourtant c'est lui qui a écrit La biche brâme au clair de lune ...

2) des lucioles et des vers luisants, j'en voyais plein les soirs d'été dans mon enfance. Moins sans doute dans les années 1980 sans que je m'en rende compte. Rarement dans les années 2000. Plus du tout depuis quelques années déjà. 



LE VER LUISANT

 

Le petit ver luisant dans l’herbe

S’allume cette fois encor

A la même place ! Le cor

Pleure au loin ; la nuit est superbe.

 

Au doux âge où l’on est imberbe,

Je l’admirais comme un trésor.

— Le petit ver luisant dans l’herbe

S’allume cette fois encor.

 

Mais, dira le penseur acerbe :

« Tout ce qui reluit n’est pas or ! »

Moi, je réponds à ce butor,

Que j’aime, en dépit du proverbe,

Le petit ver luisant dans l’herbe.

 

Maurice Rollinat — Dans les brandes, poèmes et rondels, 1877 


Maurice Rollinat, poète, 1846 - 1903
Son oeuvre en ligne sur wikisource



mercredi 27 janvier 2021

Nil hors du fenil

Nil, un gros matou noir et blanc
cela faisait bien longtemps
qu'il n'était pas venu zoner
dans le jardin d'à côté.

Il n'y a plus de foin
dans le grenier au toit sans soin.
Y a-t-il encore des rongeurs
pour satisfaire sa chasse à coeur ?

De dynastie en descendance,
de nombreux chats du voisinage
savaient que dans les dépendances
couraient des proies dans le fourrage

Il n'y a plus de foin au fenil,
plus guère de martres ou de belettes
Dans le reste de neige Nil guette
un pauvre petit oiseau gentil.

 

Auguste Renoir, chat noir et blanc

Et en virgule sonore pourquoi pas le duo des deux chats de Rossini

Retrouvez sur son blog la liste des prénoms chez Jill Bill

et peut-être, les liens du rassemblement si Jill Bill le peut. On ne t'en voudra pas si tu ne fais pas ce suivi. Priorité à ta santé !
J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 12

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10 ; saison 11

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi,  s'en expliquait ICI.

lundi 25 janvier 2021

Neige

  Pour une nouvelle page de l'Herbier de poésie quand la photo fait le tableau

Neige

En flocons légers
tourbillonnait la neige
sur les douces collines

Les brebis transies
se sont toutes regroupées
près de la mangeoire

Où sont les bergers
à l'abri dans leur logis ?
et leurs chiens patous ?

Le manteau de neige
a mis sa dentelle fine
sur les nus côteaux.
©Jeanne Fadosi, dimanche 24 janvier 2021
à découvrir à partir de lundi
avec les autres brins sur la page 169 de l'Herbier

Photo Nathalie Guillon-Manaud© -scène d'hiver en creuse-

En virgule sonore si vous le souhaitez, Tombe la neige de Salvatore Adamo, 1963 (enregistrement de 1976)

Défi n°244 : double sens

 Josette depuis sa Cachette pilote le défi n°244 des CROQUEURS DE MOTS nous y invite à jouer sur le double sens des mots le lundi 25 janvier avec une brève histoire commençant par la phrase suivante :

- Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants...

en ajoutant une petite contrainte en incluant dans votre texte les mots suivants :
 Adresse, Baie, Grève, Index, Jour 

Depuis que je loue cette chambre à des hôtes charmants ...

- Quoi ? je t'arrête tout de suite ! Tu as déjà loué sa chambre ?! moi qui venais te demander si tu vendais la maison !

- Oh ce n'est pas le sujet. Je vais bien, merci de ne pas me le demander. Je n'ai pas l'intention de revenir au pays, cette chambre d'hôte me convient parfaitement.

- ça va te suffire pour payer la maison de retraite ?

- Tu sais je ne fais une retraite qu'une fois par an chez ces moines. Ca me fait un bien fou, tu devrais essayer. Tu veux l'adresse ? Pour méditer sur l'adresse de la conversation ...

- Tu ne vends pas maintenant ?

- Demain est un autre jour !Tu veux quoi exactement si tu n'appelais pas pour la bonne année ?

- Ben je me disais que pour le fauteuil en panne de velours que ta mère a hérité de notre grand-père. Elle y passait tout le jour en face de la baie vitrée ...

- Elle est bien vivante et tu peux en parler au présent. D'ailleurs elle m'a déjà demandé de l'emmener au bord de la mer en me montrant sur une carte avec son index le chemin de grève qui longe la baie du Mont Saint Michel.

- Les trains sont en grève ? et en plus si tu loues sa chambre, comment je vais faire moi pour venir à Paris quand les musées vont rouvrir ? Sinon pour le fauteuil ? 

- C'est non ! 

- Et les cuivres, j'aimerais bien ...

- Ben les salles de concert sont fermées aussi tu es au courant ? Bien le bonsoir et bonne année que tu ne m'a pas souhaitée ...

- Mais non le courant n'est plus coupé chez nous. Ca n'a été qu'un petite panne.

- Mon téléphone n'a plus beaucoup de batterie, ça va couper, bonsoir cousine. Et non, tu n'aura pas les cuivres non plus !

- De toutes façons, toi et ta mère vous m'avez toujours mise à l'index de la famille !!! Je ne te demandais pas toute la batterie ! b'soir ! 

 


jeudi 21 janvier 2021

Aller en ville un jour de pluie, de Raymond Queneau

 Josette depuis sa Cachette pilote le défi n°244 des CROQUEURS DE MOTS et nous y invite à jouer sur le double sens des mots avec une brève histoire le lundi 25 janvier et pour les jeudis :

le 21 janvier une poésie en rapport avec une ville
le 28 janvier une poésie en rapport avec la campagne
ou thème libre à votre choix

Aller en ville un jour de pluie

On piétine la boue
En attendant le car
Le car est en retard
La colère qui bout.

Enfin, voici le car
Il fait gicler la boue
On voyage debout
Le car est en retard.

Ça sent le drap mouillé
La sueur qui s'évapore
Sur les vitres la buée
Ce moyen de transport

Nous amène à la ville
On s'y fait insulter
Des agents peu civils
Nous y mépriseraient

Si farauds du terroir
On leur un peu marchait
Sur leurs vastes panards
En allant au marché

Les garçons de café
Nous servent peu aimables
Ils n'ont pas de respect
Pour la terre labourable

La journée est finie
On rentre par le car
La boue toujours jaillit
Pressée par les chauffards

Voici notre village
Voici notre maison
Il pleut, il pleut, bergère
Rentre tes bleus moutons

Raymond Queneau



Raymond Queneau, 1903 - 1976, romancier, poète, dramaturge, cofondateur du groupe littéraire Oulipo

La Tribu de Pierre Perret - "Au café du canal"

Parce que les jours de liberté, les beaux jours reviennent toujours

même s'il faut avoir de la patience et de la prudence en attendant.

mercredi 20 janvier 2021

Evonne frissonne

Elle grelotte, 
elle tremblote,
Tout est gelé 
dans les prés.

Bientôt la mare
sera miroir
sinon mouroir.
Un poisson 
gobe un moucheron.

Elle chantonne
elle fredonne
son chant résonne.
Elle se désaltère
à la roselière.

Maintenant
plus aucun chant
dans les champs.
Le givre
a tout transi.

linotte* cliché versé au Domaine Public par son auteur



Vu son plumage coloré, je ne suis pas du tout sûre que ce soit une femelle. De toutes façons, ce jour-là, je n'ai vu aucun oiseau. Trop tôt et/ou trop froid sans doute.

Retrouvez sur son blog la liste des prénoms chez Jill Bill

et peut-être, les liens du rassemblement si Jill Bill le peut. On ne t'en voudra pas si tu ne fais pas ce suivi. Priorité à ta santé !
J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 12

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10 ; saison 11

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi,  s'en expliquait ICI.

lundi 18 janvier 2021

Oyez le CROQUEURS DE MOTS !

 Le défi n°244 des CROQUEURS DE MOTS est annoncé

 dans la Cachette de Josette

Qu'on se le dise, qu'on fasse circuler l'info ...

D'une année l'autre

 Pour une nouvelle page de l'Herbier de poésie sur un poème de Marine

1er janvier 2021, 10 heures du matin

Nul chant dans la campagne vide,
le givre a tout figé.
Même la serrure du portillon était bloquée.
Vers l'est, la brume s'effiloche en grands lambeaux
devant le soleil blême, comme un voile usé de mariée.
Au loin vers le nord, sur la ligne d'horizon,
les platanes de la grand route suspendent leurs points flous et réguliers.
Le temps bascule d'une année l'autre,
quelques mois imprévisibles que tous souhaitent archiver au passé,
vers un futur aussi indéchiffrable que le paysage.
Dix heures du matin ! Solitude bienvenue même si je la subis.
La lumière tremble et sublime le réel,
la mare, les champs, les éteules, les haies.

C'est dans la nuit insomniaque
que je convoque les vieux souvenirs,
ceux qui mettent du baume sur les plaies,
quand un cauchemar, aussitôt oublié,
m'ont tiré d'un somme et affole mon coeur.

Au spectacle ici et maintenant, je choisis la contemplation.
Un joggeur, qui m'aurait croisée à deux ou trois mètres,
fait un plus large détour sans décrocher une parole.
Je ravale les mots au bord des lèvres.
Un chien court à côté d'une cycliste qui, elle aussi,
répond à peine à un bonjour.
Mon "bonne année" se perd dans son sillage.
Vers l'orient d'où arrive un autre promeneur,
elle sera bien obligée de mettre pied à terre.

J'ai les doigts gourds sous les gants.
C'est le temps du retour à l'abri de chez soi.
L'air est immobile, suspendu à la lisière
entre deux âges, entre deux mondes.
En cet instant fuyant, sourire, juste sourire.
"Tous les matins du monde sont sans retour"*
©Jeanne Fadosi, jeudi 14 janvier 2021
à découvrir à partir de lundi
avec les autres brins sur la page 168 de l'Herbier


*aphorisme complet tiré du livre de Pascal Quignard et du film de Alain Corneau « Tous les matins du monde », 1991.


Lisière


Marchant sur ce chemin

de flaques et d'ombres

Le froid craque sous les pas

craquelle la peau

Un oiseau siffle quelque part

Je vais puiser loin et profond

des joies anciennes

La glace brille et enjolive

la cime des arbres

A la lisière des arabesques

griffent le ciel

en vagues brunes

Donne moi ce petit rien

ce sourire si attendu

arc en ciel silencieux

quand rôde le doute

je regarde du côté du levant

Tout viendra un jour.



Marine D

dimanche 17 janvier 2021

Abécédaire du CroqCovid2 E comme effet papillon

 

Un paon du jour en juillet 2010
Cette année, j'en ai vu au moins deux fois moins
Quel effet papillon sur les papillons et autres insectes ?

Bénabar, L'effet papillon, album Infréquentable, 2008

Il y avait l'effet papillon, prétexte d'un battement d'ailes de papillon au déclenchement d'un ouragan, il y a eu l'effet pangolin, petit mammifère accusé au printemps d'avoir été le transmetteur du coronavirus de la chauve-souris aux êtres humains

Si "l'effet papillon" est devenu une expression signifiant une toute petite cause localisée qui produit des conséquences graves et générales, alors on peut bien désigner ainsi ce qui arrive à la planète terre et aux terriens depuis maintenant plus d'un an. (11 janvier 2020 annonce par la Chine de la première mort par Covid-19)

Pour autant, la lettre E arrimée à cet abécédaire fait penser à E comme essentiel.
J'ai l'intention d'écrire un billet sur cet adjectif et son substantif (son nom si vous préférez comme moi le vocabulaire de la grammaire tel que je l'ai appris dans mon lointaine enfance)
Substantif qui me fait immédiatement penser à la substantifique moelle ... et l'on revient au(x) sens de l'essence et de l'essentiel.

Un adjectif utilisé avec maladresse, mais quel autre mot ne l'aurait été et qui a déclenché un autre effet papillon limité aux contours de l'application des mesures faisant le catalogue des essentiels.

Les mots "effet" et "effectif" méritent eux aussi une attention toute particulière, ou comment d'un adjectif qui supporte deux définitions présentées ainsi dans les dictionnaires :
exemple du wiktionnaire :

Adjectif  (



  1. Qui produit un effet réel.
    • Sa machine, d'une force effective de cent soixante chevaux. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1868)
    • Son intervention est effective.
  2. Qui existe réellement, en effet, dans les faits, réelincontestable.
    • Le nombre d’enseignants effectifs diffère du nombre théorique, car certains sont en congé maladie, d’autres sont détachés, d’autres encore mis en disponibilité.
Je me pose la question de l'antériorité de ces deux définitions et si la première a pris le pas sur la deuxième, je suis convaincue que la logique part de la recherche du réel, de l'incontestable pour en arriver à lier des causes et des effets tout aussi réels.

La pandémie est un fait qui a des effets considérables et qui est mortelle pour une petite partie de la population. 

Cette fin de dimanche 17 janvier 2021, on approche des 100 millions de cas diagnostiqués, et de plus de 50 millions de guérisons (les chiffres ne disent rien sur les séquelles pour beaucoup six mois ou plus après) sur près de 7 milliards 800 millions. Les 2 millions de décès sont maintenant dépassés. Et ce sont les chiffres connus. 

L'adjectif effectif est à rapprocher du nom commun Fait
Il en est encore qui le contestent comme il en est qui croient que la terre est plate ou que la terre et les hommes ont été créés en six jours. 
De quoi animer des conversations musclées où chacun ira de son exemple ...


Ah ! Une autre question dont je n'ai pas eu le commencement d'une piste sur le Web :
Y a-t-il des recherches sur les possibilités de transmission des maladies par les papillons ?





samedi 16 janvier 2021

Fruits d'abondance

 Pour le Nid des mots de ABC :

 Prochain thème à publier le samedi 16 janvier sur nos blogs 
"Même vieux, ...je produis !"

L'églantier sauvage
avec ses fleurs d'abondance
a repris vigueur

Les fruits mûrs sous la gelée
ont dupé quelque étourdi

Les vieux en leur temps
les auraient fait macérer
en divin nectar

Les oiseaux plus avertis
évitent ses traîtres attraits.

Dans le jardin délaissé
Par le fils d'un vieux voisin
qui survit à ses crochets,
Le cognassier cette année
A multiplié ses fruits.

Comme tous les automnes,
Nul n'est venu les cueillir.
Comme tous les hivers,
A quelques battements d'ailes
du perfide églantier,
L'arbre en majesté
Fait banquet à volonté
Pour ses hôtes emplumés.

Chacun à son heure
Sinon gare aux bagarres :
Ne croyons pas que tout est pacifié
Quand les humains ont déserté.

 

jeudi 14 janvier 2021

Toi l'ennui, de Esther Granek

  Défi n°243 piloté par Colette et pour les jeudis poésie des 7 et 14 janvier :

 – présence

 – ennui

ce, dans l’ordre que vous le souhaitez ou libre, bien entendu :

Poème personnel, choix de poème, haïkus, acrostiche, citations etc. …

***

Je n'ai pas trouvé où m'adresser pour demander l'autorisation de publier. Le poème qui suit fait partie du recueil Portraits et chansons sans retouches publié en 1976

"En pratique, la jurisprudence française du droit de courte citation permet à quiconque de citer un passage d’une œuvre à condition que la longueur de ce dernier soit limitée à ce qui est nécessaire à la compréhension."  (wikipedia - Droit de court citation)

Si je me limitais à ceci, vous pourriez me dire que j'aurais pu ou du citer une partie du poème. Ce serait trahir la poétesse qui m'avait donné de son vivant (en 2012) l'autorisation de publier un autre de ses poèmes, Le jeu, "à condition de respecter l'intervalle entre les strophes et de reproduire le texte dans son intégralité". 
La longueur de Toi l'ennui fait partie de l'intention poétique et le premier commentaire sur le site Poetica aurait fait sourire Esther Granek comme il m'a fait sourire.

Toi l’ennui

Plus grand que l’océan
Plus étroit qu’un carcan
Plus cruel qu’un enfant
Plus bête qu’un adjudant
Plus chaud qu’une gourgandine
Plus frigide qu’une béguine
Plus vide que le désert
Plus peuplé que l’enfer
Toi l’Ennui

Plus haut qu’une cathédrale
Plus mince qu’un pétale
Plus triste qu’un vieux clown
Plus gai que les Gorgones
Plus réel que matière
Plus fluide que l’éther
Plus muet que le silence
Plus parlant qu’une jactance
Toi l’Ennui

Plus contrit qu’un curé
Plus gueulant qu’une traînée
Plus gris que la poussière
Plus transparent que l’air
Plus long qu’une abstinence
Plus vide que l’absence
Plus lent qu’une agonie
Plus ingrat que l’oubli
Toi l’Ennui

Plus sot qu’un fonctionnaire
Plus brimant qu’un clystère
Plus bâfrant qu’un glouton
Plus radin qu’Harpagon
Plus hideux que misère
Plus doux qu’une mégère
Plus amène qu’un démon
Plus mielleux qu’une potion
Toi l’Ennui
 
Jamais tu n’abandonnes
Tu ne fais grâce à personne
Aussi vaste que le monde
tu nous mènes à la ronde
Aussi vieux que la terre
tu ne désarmes guère
Aussi long que la vie
jamais tu ne t’oublies
Toi l’Ennui

©Esther Granek, Portraits et chansons sans retouches, Editions Saint Germain des Prés,1976, p31-32, préface de Benoite Groult

Esther Granek, 1927 - 2016, poétesse belgo-israélienne francophone

Gaston de La Touche, L'ennui, 1893

Gaston de La Touche ou Gaston La Touche, 1854 - 1913, peintre, graveur, illustrateur et sculpteur français