Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 28 octobre 2021

Couleurs de nos vies

 Pause d'automne et retour sur "ma blogosphère". J'y suis entrée sur la pointe des pieds, juste pour voir.

Si les petits écrits ludiques ont disparu de mes radars perdus dans des querelles intestines les premiers blogs d'écriture qui m'ont donné matière à alimenter ce nouveau hobby ont été ceux de Bigornette et de Robinson.

Le blog de Marie - Ce blog est une vitrine pour des écrits vers et prose fait à partir d'exercices d'écriture (over-blog.com)

Le blog de Robinson - Mes passions : langue française, orthographe, mots, écriture, nature,Anjou,la Loire, la mer, Bretagne, Auvergne (over-blog.fr)

C'est même Robinson qui m'avait encouragé avec une sorte de "Chiche".

Pour autant mes premières tentatives étaient laborieuses et si j'ose ci-dessous republier ces couleurs de nos vies, "beaucoup trop bavardes", c'est qu'il me faudrait tout réécrire sans perdre le dense de ce que je voulais y mettre.

bateau ivre d'horizons oniriques écrits sous la houlette de Quichottine
pour Les Anthologies éphémères et qui a apporté avec l'Association Rêves (reves.fr)
un peu de rêve à des enfants cabossés par une grave maladie
(Jeanne – zoo de Beauval - Association Rêves (reves.fr)
MEDHI – SKATEPARK DE BIARRITZ - Association Rêves (reves.fr)

***

Flamboyance de la couleur adoucie par le trait des silhouettes de Tofoli, si humaines, si vivantes dans leur simplicité.

Raffinement de la couleur sublimant les objets et les bouquets et les jardins de Toutounov, sans cesse recomposées par sa palette en son art si précis.

Danse des couleurs sur les toiles de Mirò ou dans les images fractales,

Sous les spots de la piste de danse et sur l'écran de Fantasia

Et dans les yeux de l'enfant devant la toile de cinéma.


Bouquet de bleuets par  Toutounov : clic sur le bouquet pour accéder à son site

Complétude de la couleur qui s'irise en son spectre quand la pure lumière se frotte au sombre d'un ciel d'orage avant la pluie,

Arc-en-ciel sur ses lunettes quand le soleil y projette le reflet de ses larmes d'enfant,

Enfant qui n'y comprend rien à ce déluge de couleurs de feu et d'acier sur les pierres et le sable, sur les choses et les fleurs, sur les gens sans visages et sans yeux,

Pour ne plus voir.


Blanc comme la somme de toutes les couleurs,

Blanc comme la paix, le voile de la mariée, l'habit de deuil en certains lieux, la porte du paradis dans l'imagerie des mythes

Blanc portant les mêmes symboles chez les frères ennemis qui désespèrent leurs enfants,

Leurs enfants qui riaient des couleurs de l'oiseau sur la branche, du papillon sur la fleur,

Leurs enfants qui riraient, qui riront encore, des couleurs de l'oiseau sur la branche.

Blanc et noir sur la toile qui enchantent les couleurs.

 

Noir comme le sang qui, chargé de déchets, purifie nos cellules et nous maintient en vie

Couleurs de la vie, couleurs de l'univers, couleurs d'harmonie,

Noir des abysses et noir de l'inconnu, porte aux fantasmes et aux terreurs injustifiées,

Porte aux haines imbéciles engendrant ces terreurs trop justifiées.

 

Mais noir le raffinement et l'élégance de la robe,

Noir le luxe de la tulipe, noire guirlande des mots sous la plume inspirée.

Jamais noir absolu, soit gris soit brun soit bleu, ou violet ou même rouge ou même feu

Noir de jais, jamais plus intense qu'avivé par le blanc de la lumière

 

Jaillissement des couleurs dans l'œil du télescope qui scrute les étoiles

Mystère des couleurs sous le microscope traquant le minuscule.

Couleurs du vent, couleurs des sons, couleurs du temps,

Couleurs, coule heure, coule les heures, coule nos vies, couleurs de nos vies,

Couleurs de nos humeurs.

Apprivoiser leur beauté, modérer leur violence, chercher une harmonie.

Je vais pourtant essayer. Réussirai-je ou ferai-je pire ? Rendez-vous lundi prochain.

bateau arc-en-ciel

mercredi 27 octobre 2021

Thècle, mais quel prénom !

 et un prénom proposé la première année pour la guinguette des prénoms de Bigornette. Alors je ne résiste pas à la tentation de rééditer ma petite participation d'alors :

Allons, allons,
Dépêchons !
Le mercredi
J'en suis ravie,
C'est toujours
Le jour
Où la guinguette
à Bigornette
Ouvre sa table
A tous, notables
Ou bien gueux
Aux amoureux,
Aux malchanceux.
Pour venir,
Juste un sourire,
C'est le sésame
Pour les dames.
Tu nous prêtes ta clé
Pas besoin de blé.
Quant aux messieurs
Trop élogieux,
Leur passeport,
coquin de sort
C'est de trouver
Pour entrer
Qui est cette belle
Dans la balancelle.
Aujourd'hui,
Ils sont servis !
Quelle énigme gratinée.
Tu les as drôlement taclés
Allez dis leur,
Elle est au bord des pleurs,
Bigornettte,
Ta catherinette
Ne finira pas vieille fille.
Si tu es bonne fille
Laisse les  venir.
Thècle aura un bel avenir.
             Jeanne Fadosi, achevé le mercredi 2 décembre 2009 à 00h00.

Pour la ronde des prénoms du mercredi à la Guinguette de la Récréa-Bigornette

J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 13

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10 ; saison 11 ; Mes prénoms saison 12    

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi, s'en expliquait ICI.

lundi 25 octobre 2021

Souvenirs flous

Pour une nouvelle page de l'Herbier de poésie 
Si pour votre prochain haïbun
vous faisiez appel à un souvenir
un peu rêve, organisé tout en étant décousu, un peu ailleurs,
ou en équilibre sur le fil du rasoir ?
Support du jeu d'écriture : Jean Tardieu, La sonate et les trois messieurs

Souvenirs flous

Pour la troisième fois en moins de cinq minutes, elle me fait la liste de ce dont elle a besoin, deux serviettes de toilette, un pantalon supplémentaire, deux polos, une paire de chaussures... Une liste qui varie à la marge et qui ne m'est même pas destinée. C'est pour la conversation me dit-elle sèchement.


Les souvenirs flous
font la mémoire de naguère
au présent d'oubli.

Naguère, c'est il n'y a guère, plus récemment que jadis, un "critique" littéraire bien connu s’apitoyait sur son âge en citant une autre célébrité : "La vieillesse est un naufrage." Longtemps maître de cérémonie des mots, du dico par effraction à l'orthographe par sa dictée, s'interrogeait-il seulement sur les glissements de vocabulaire,


tels "vieux", et "vieillards"
renommés "personnes âgées"
"seniors", "troisième âge" ?

C'était une plainte assassine d'un vieux bel égocentrique qui n'acceptait pas de vieillir. Une plainte qui me chagrine, avec dans la tête la sagesse et l'émerveillement de vieilles, mère, sœurs, amies, supportant l'usure et les maux du corps, les petites défaillances de la pensée, étonnées d'être parvenues presque vaillantes si loin et si bien sur leur long chemin de vie.


De sa séduction
ils faisaient un passeport
qui avait terni.

Virilité arrogante,
féminité illusoire.

Nouvel appel téléphonique, presque chaque jour, pour prendre des nouvelles et maintenir le lien de loin. La même litanie à quelques variantes. Inventaire à la Prévert. Conversion du salaire médian (plafond de la prime carburant) d'euros en anciens francs d'avant 1959. Hors contexte, un chiffre qui ne veut rien dire. Mais je suis un instant muette devant l'exactitude du calcul.

Son temps d'hier s'efface.
C'est celui de ses vingt ans
qui répond présent.

Je me souviens soudain, il y a plus longtemps, une autre vieille dame qui devait avoir à peu près l'âge qu'a maintenant la dame du téléphone. Corps alerte et esprit vif, je l'avais accompagnée à son invitation suivre un cours de l'Université du troisième Âge de la Rochelle sur la Bibliothèque d'Alexandrie. Elle se plaignait elle aussi de sa mémoire au point de craindre d'avoir la maladie d'Alzheimer, thème fort à la mode à l'époque dans les médias.

Tant de livres détruits
mémoires de l'Antiquité
Histoire effacée.

Sans doute avais-je pris quelque risque en lui proposant d'être mon guide pour une marche le long des étiers et des salines de son Île. Sans elle et sa connaissance du terrain, j'aurais été bien incapable de retrouver notre chemin à cette époque sans GPS et au réseau aléatoire.


Audace du pari,
Certitude de la confiance,
Réassurance.

Elle avait alors l'âge de la dame du téléphone aujourd'hui et le vieux monsieur a quelques années de plus. Il ne les connaît pas et il a maintenant surmonté que "La mémoire n'en fait qu'à sa tête"*. Il accepte la normalité de ses défaillances, capable désormais de dire, apaisé, "Mais la vie continue"**.

Naguère ou jadis
il avait été une fois.
C'était quand déjà ?
©Jeanne Fadosi, dimanche 24 octobre 2021
à découvrir à partir de lundi 25 octobre
avec les autres brins sur la page 182 de l'Herbier 

* Bernard Pivot, La mémoire n'en fait qu'à sa tête, Albin Michel 2017

** Bernard Pivot, Mais la vie continue, Albin Michel 2021

Bernard Pivot — Wikipédia (wikipedia.org)



Claude Debussy La Mer, 1903-1905, révisé en 1908

jeudi 21 octobre 2021

L'oreiller d'un enfant, de Marcelline Desbordes-Valmore

 Martine à la barre du défi n°255 des CROQUEURS DE MOTS depuis son Quai des Rimes nous défie de décrire un trait de notre physique ou personnalité en utilisant le maximum des adjectifs de la célèbre tirade des nez de la pièce Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand.

Pour les jeudis en poésie :
Le 14 octobre : Portrait d'un homme ou d'une femme (célèbre ou pas) ou un autoportrait
Le  21 octobre : Portrait d'un objet ou d'un animal

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

Marceline Desbordes-Valmore, Poésies inédites
Marceline Desbordes-Valmore, 1786 - 1859, poète française

Albert Anker, 1831 - 1910, peintre suisse
jeune mère contemplant son enfant endormi



mercredi 20 octobre 2021

Brunin ou pas Brunin ?

C'était un soir à la brune,
un soir noir de nouvelle lune,
un secrétaire de mairie avec plume
une lampe à maigre chandelle.
Prénom "Bruno" a dit le père ;
il s'est trompé le secrétaire :
de sa plus belle calligraphie,
dans le registre il a inscrit
Brunin pour toute la vie. 
Qu'as-tu fait faire
a dit la mère !
La belle affaire
a dit le père,
notre enfant en sera fier
de ce prénom peu ordinaire.


J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 13

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10 ; saison 11 ; Mes prénoms saison 12    

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi, s'en expliquait ICI.



lundi 18 octobre 2021

Défi n°255 : j'ai l'esprit d'escalier

 Martine à la barre du défi n°255 des CROQUEURS DE MOTS depuis son Quai des Rimes nous défie de décrire un trait de notre physique ou personnalité en utilisant le maximum des adjectifs de la célèbre tirade des nez de la pièce Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand.

Nous sommes des êtres de langage et néanmoins ou « nez en moins »

la parole ne peut pas tout dire …

Dômi  spirituelle

S'il est un trait de caractère qui m'a bien souvent handicapé dans la vie, c'est bien mon esprit d'escalier, autrement dit, mon incapacité à trouver la bonne réplique sur le moment et savoir quoi répondre avec retard. J'ai dû, cela vous étonnera peut-être, c'est que par écran interposé, on se connait finalement bien mal, toute ma vie batailler contre une timidité liée à cela ou qui en est la cause.

Comment caser tant d'adjectifs de cette somptueuse tirade qui a cloué le bec du jeune bretteur ainsi interpelé par Cyrano ? ...

voyons en plutôt la liste :
Agressif, Amical, Descriptif, Curieux, Gracieux, Truculent, Prévenant, Tendre, Pédant, Cavalier, Emphatique, Dramatique, Admiratif, Lyrique, Naïf, Respectueux, Campagnard, Militaire, Pratique

manquer de répartie ; ne pas savoir répliquer sur le moment ; penser après coup à ce qu'on aurait dû répondre ; avoir ses répliques en tête trop tard.

Alors vous pensez, décrire cet esprit d'escalier ...

agressif ? pas du tout sur le moment au contraire je reste muette et pantoise, voire soumise à l'argument cavalier qui m'est asséné avec une tranquille assurance ou une véhémence truculente ou emphatique.

dramatique ? certes, ce manque de répartie me tient à l'écart d'une conversation qui aurait pu être amicale et respectueuse, fructueuse aussi ou bien pédante. J'ai pourtant l'esprit pratique mais avec retard et je suis admirative de l'aisance avec laquelle d'autres manient le verbe et trop souvent vous enfument dans une rhétorique lyrique et trompeuse

naïf ? c'est moi qui suis naïve de continuer à croire qu'il est possible d'avoir de vraies conversations où porter une controverse constructive et enrichissante, du moins les interlocuteurs se font rares. Mes idées me viennent deux heures après ou le lendemain, lors d'une promenade campagnarde ou au sortir d'un rêve gracieux. Jamais en écoutant une marche militaire ou en déchiffrant une notice descriptive (oui je sais, c'est un peu beaucoup tiré par les cheveux car je n'écoute jamais de marche militaire et bien des notices me tombent des mains : soyez indulgents amis croqueurs à défaut d'être tendres)


C'est un peu ce qui arrive lorsque le hasard me met avec des gens qui souffrent des mêmes défauts que moi, chacun ne sachant ni démarrer une discussion ni la soutenir. Encore que je préfère ces muets silences embarrassés aux dialogues de sourds assourdissants.

samedi 16 octobre 2021

Au delà de la fenêtre

 Pour les dix ans du Nid des Mots, à publier sur votre blog le samedi 16 octobre ...
Le thème en est :
Le Nid des Mots ayant vu le jour à Panissières en octobre 2011
Nous aurons la joie de fêter ses 10 ans
A votre bon cœur pour publier un texte pour souhaiter cette première dizaine et ouvrir la suivante

J'avoue que je suis en panne de mots en ce moment comme il m'arrive assez souvent d'ailleurs. Comment fêter dignement ces dix ans et ouvrir la suivante ? J'ai rejoint le Nid des mots bien après que abécé nous en aie ouvert les thèmes sur son blog. Alors que faire ? Comme à mon habitude quand je suis en panne, je suis allée fureter sur mon blog.

C'était le 16 décembre 2017 et le thème du Nid des mots était "Fenêtre(s)". Je ne sais plus pourquoi je n'avais pas eu le temps d'écrire un texte mais les fenêtres m'ont souvent inspirée, que ce soit pour deviner des intérieurs abrités des passants ou pour me projeter hors les murs de mes lieux de vie.
La consigne initiale qui m'avait inspiré ce texte venait de vertdegrisaille pour un défi des CROQUEURS DE MOTS :
"Partez d'un objet aussi anodin qu'un lacet, serpentez sur ses boucles et ses (in)sinuations, et laissez-le créer le nœud complexe d'un moment."


 *****

Une fenêtre est-elle un objet ? Et si c'est un objet, est-ce un objet si anodin ?

17 octobre 1968 : je frissonne en sortant des couvertures. Mon premier élan est de regarder par la fenêtre.
Voilà à peine un mois que je suis dans cette minuscule chambre de bonne et déjà une sourde tristesse s'immisce dans mon quotidien.
Le thermomètre affiche vaillamment un modeste 17° et le radiateur ne produira rien de plus.

Dans ce quartier cossu aux façades avenantes, je fais l'apprentissage de voisins pauvres. La dernière marche avant la misère car ils ont un toit solide, trop froid, sans confort à part l'eau courante, souvent froide. Il y a un wc à la turque pour tout l'étage. L'eau chaude, il faut aller la chercher au dernier étage, encore au-dessus.

 Mes parents m'aideront à atteindre mes rêves, en se privant un peu plus sur le quotidien. Mais nous ne sommes pas à plaindre.

J'ai acheté un minuscule carnet et j'apprends à compter les moindres dépenses. Je ne suis pas à plaindre. J'ai juste froid, j'ai juste la rage de découvrir ces vieux qui vivent avec le minimum vieillesse, ces employées de maison (on dit encore bonnes à l'époque) qui travaillent du matin au soir six jours par semaine pour un salaire (on dit encore gages aussi) de misère ... ces portes fermées sur le logis d'autres étudiants qui cumulent leurs cours et un travail souvent peu rémunérateur, pour financer leurs études, et que je ne croise jamais ...

17 octobre 1969 : la pièce de 8 m2 n'est pas plus grande que ma chambre de bonne de Neuilly l'an dernier. Pourtant,l'espace est bien agencé, les murs sont propres et la lumière rentre à flots tandis que le chauffage central assure une douceur confortable. Le bureau est sous la large baie qui occupe toute la largeur de la chambre.
Entre deux pages étudiées, je lève les yeux pour voir ce ciel qui s'assombrit des pluies d'automne. 

Mon visage s'assombrit lorsque mes yeux quittent le ciel. Le paysage est barré sur ma gauche par le bâtiment des garçons de la cité universitaire, sur ma droite par un enchevêtrement des bretelles en béton de la prochaine autoroute. Il y a aussi des rails, à l'infini. Je ne me souviens plus bien où dans mon champs de vision. Ce dont je me souviens, ce qui m'étreignait le cœur chaque jour, sans accoutumance, c'est l'autre côté de la rue. Derrière les palissades qui le masquent aux piétons et aux voitures, mon regard se porte sur la fragilité des planches et des tôles mal jointes, la fumée qui s'échappe de simples tuyaux de poêles surmontant des toits en carton goudronné pour une étanchéité approximative.

De l'autre côté de la rue, c'est le bidonville de Nanterre.

Le 17 octobre ne m'évoque rien. En 1969, on fait encore silence sur cette terrible nuit. On se souvient surtout de Charonne.
Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?
Combien de ces malheureux, hommes mais aussi femmes et enfants, étaient-ils partis ce 17 octobre 1961, pour défiler pacifiquement et avec confiance pour défier le couvre-feu qui venait de leur être imposé ?
Combien de femmes et d'enfants ne sont jamais revenus de cette marche sur Paris ?
Combien d'hommes, maris, pères, ne sont jamais revenus au bidonville ?

Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?

Ce jour-là, je sais en revanche qu'en rentrant de mes menues courses pour la fin de semaine, (je compte toujours le moindre centime), un ou deux enfants seront sur mon passage, me demandant un morceau de pain.
J'ai pris l'habitude d'en acheter un peu plus, pour eux. Et tout à l'heure, je leur achèterai une tablette de chocolat.

17 octobre 2011 :  journée mondiale du refus de la misère.
Je ne sais pas s'il est ou non pertinent de rapprocher ces deux événements. Mais moi, ces mois passés à Nanterre, j'ai juste appris à côtoyer une misère qui restait digne, en mesurant mon impuissance devant ce qui s'étalait pudiquement au-delà de la palissade.
17 octobre 2011, alors même que, dans la dignité, les survivants veulent se recueillir sur le Pont de Neuilly de sinistre mémoire, ils devront se contenter d'un autre lieu.*

*****

car on leur en avait refusé l'autorisation.

Post scriptum (mise à jour du 25 octobre 2012) : 17 octobre 2012 vers 6 heures du soir

communiqué de presse de Monsieur François Hollande, Président de la République Française,

tel qu'il est lisible sur le site officiel de l'Elysée

 

"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

François Hollande, Président de la République, 17 octobre 2012

 

      post scriptum du 17 octobre 2014 :

le 17 octobre 2011, le cinquantième anniversaire de ce lugubre anniversaire, dédaigné par le président de la République d'alors, a donné lieu à divers signes tangibles de respect sur des lieux de mémoire, pose de plaques, au pont de Bezons, au pont de Clichy, nom de rue ou d'avenue dédié à l'évènement comme à Nanterre. sources L'Humanité ;  Le Monde)


jeudi 14 octobre 2021

Mon vieux, de Daniel Guichard

Martine à la barre du défi n°255 des CROQUEURS DE MOTS depuis son Quai des Rimes nous défie de décrire un trait de notre physique ou personnalité en utilisant le maximum des adjectifs de la célèbre tirade des nez de la pièce Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand.

Pour les jeudis en poésie :
Le 14 octobre : Portrait d'un homme ou d'une femme (célèbre ou pas) ou un autoportrait


 Comme je l'indique dans mon billet Brassens par Brassens, j'avais envie de partager cette magnifique chanson avec vous. Non que j'identifie mon père à celui de Daniel Guichard. J'ai partagé pendant mon enfance et les premières années de ma jeunesse les dernières années de mon père dans des conditions bien moins rudes dans une écoute mutuelle avec et sans mots si riche de souvenirs. J'avais 25 ans lorsqu'il est mort et bien souvent, ce que je regrette, c'est qu'il n'ait pas été là pour que mes enfants et maintenant mes petits enfants puissent le connaître, partager sa joie de vivre et tout ce qu'il savait faire et son regard sur le monde. Sa sagesse aussi que l'âge et l'expérience lui avaient apportées.


Mon vieux, de et par Daniel Guichard,1974

Dans son vieux pardessus râpé
Il s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux

Y'avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux

L'été, on allait voir la mer
Tu vois, c'était pas la misère
C'était pas non plus le paradis
Eh ouais, tant pis

Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris, pendant des années
Le même autobus de banlieue
Mon vieux

Le soir, en rentrant du boulot
Il s'asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux

Les dimanches étaient monotones
On ne recevait jamais personne
Ça ne le rendait pas malheureux
Je crois, mon vieux

Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de paye, quand il rentrait
On l'entendait gueuler un peu
Mon vieux

Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patron
La gauche, la droite, même le Bon Dieu
Avec mon vieux

Chez nous, y'avait pas la télé
C'est dehors que j'allais chercher
Pendant quelques heures l'évasion
Je sais, c'est con

Dire que j'ai passé des années
À côté de lui, sans le regarder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux

J'aurais pu, c'était pas malin
Faire avec lui un bout de chemin
Ça l'aurait peut-être rendu heureux
Mon vieux

Mais quand on a juste quinze ans
On n'a pas le cœur assez grand
Pour y loger toutes ces choses-là
Tu vois

Maintenant qu'il est loin d'ici
En pensant à tout ça, je me dis
J'aimerai bien qu'il soit près de moi
Papa

Auteurs-compositeurs : Daniel Guichard, Jean Ferrat, Michelle Fricault
Pour utilisation non commerciale uniquement.

Daniel Guichard, né en 1948, auteur compositeur interprète français
Jean Ferrat, 1930 - 2010, auteur compositeur interprète français
Michelle Senlis, nom de plume de Michelle Fricault, 1933 - 2020, parolière française
Mon vieux, chanson française de Michelle Fricault, mise en musique par Jean Ferrat en 1962, texte modifié et chanté par Daniel Guichard en 1974

En bonus la repris de ce poème remis en ligne en 2019 :

Grand-Père par Claude Bellendy, 13 ans (autour de 1965)


Ah qu'il est bon d'être avec lui,
De sentir sa main sur nos cheveux,
Cette main rugueuse
Où la corne a poussé
Comme l'herbe en un champ de blé.
De grandes rides sillonnent son front,
Si profondes
Qu'on dirait qu'une charrue
A labouré ce champ.
Ses grands yeux bleus regardent l'infini
Comme un long rêve
Dont on ne peut apercevoir le fond
Et qui, caché par un nuage,
Semble doucement se voiler.