Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

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lundi 23 octobre 2023

17 octobre 1961 : pour ne jamais oublier

 17 octobre 1968 : je frissonne en sortant des couvertures. Mon premier élan est de regarder par la fenêtre.
Voilà à peine un mois que je suis dans cette minuscule chambre de bonne et déjà une sourde tristesse s'immisce dans mon quotidien.
Le thermomètre affiche vaillamment un modeste 17° et le radiateur ne produira rien de plus.

Dans ce quartier cossu aux façades avenantes, je fais l'apprentissage de voisins pauvres. La dernière marche avant la misère car ils ont un toit solide, trop froid, sans confort à part l'eau courante, souvent froide. Il y a un WC à la turque pour tout l'étage. L'eau chaude, il faut aller la chercher au dernier étage, encore au-dessus.

 Mes parents m'aideront à atteindre mes rêves, en se privant un peu plus sur le quotidien. Mais nous ne sommes pas à plaindre.

J'ai acheté un minuscule carnet et j'apprends à compter les moindres dépenses. Je ne suis pas à plaindre. J'ai juste froid, j'ai juste la rage de découvrir ces vieux qui vivent avec le minimum vieillesse, ces employées de maison (on dit encore bonnes à l'époque) qui travaillent du matin au soir six jours par semaine pour un salaire (on dit encore gages aussi) de misère ... ces portes fermées sur le logis d'autres étudiants qui cumulent leurs cours et un travail souvent peu rémunérateur, pour financer leurs études, et que je ne croise jamais ...

17 octobre 1969 : la pièce de 8 m2 n'est pas plus grande que ma chambre de bonne de Neuilly l'an dernier. Pourtant, l'espace est bien agencé, les murs sont propres et la lumière rentre à flots tandis que le chauffage central assure une douceur confortable. Le bureau est sous la large baie qui occupe toute la largeur de la chambre.
Entre deux pages étudiées, je lève les yeux pour voir ce ciel qui s'assombrit des pluies d'automne. 

Mon visage s'assombrit lorsque mes yeux quittent le ciel. Le paysage est barré sur ma gauche par le bâtiment des garçons de la cité universitaire, sur ma droite par un enchevêtrement des bretelles en béton de la prochaine autoroute. Il y a aussi des rails, à l'infini. Je ne me souviens plus bien où dans mon champs de vision. Ce dont je me souviens, ce qui m'étreignait le cœur chaque jour, sans accoutumance, c'est l'autre côté de la rue. Derrière les palissades qui le masquent aux piétons et aux voitures, mon regard se porte sur la fragilité des planches et des tôles mal jointes, la fumée qui s'échappe de simples tuyaux de poêles surmontant des toits en carton goudronné pour une étanchéité approximative.

De l'autre côté de la rue, c'est le bidonville de Nanterre.


Le 17 octobre ne m'évoque rien. En 1969, on fait encore silence sur cette terrible nuit. On se souvient surtout de Charonne.
Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?
Combien de ces malheureux, hommes mais aussi femmes et enfants, étaient-ils partis ce 17 octobre 1961, pour défiler pacifiquement et avec confiance pour défier le couvre-feu qui venait de leur être imposé ?
Combien de femmes et d'enfants ne sont jamais revenus de cette marche sur Paris ?
Combien d'hommes, maris, pères, ne sont jamais revenus au bidonville ?


Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?

Ce jour-là, je sais en revanche qu'en rentrant de mes menues courses pour la fin de semaine, (je compte toujours le moindre centime), un ou deux enfants seront sur mon passage, me demandant un morceau de pain.
J'ai pris l'habitude d'en acheter un peu plus, pour eux. Et tout à l'heure, je leur achèterai une tablette de chocolat.

17 Octobre 2001 : Bertrand Delanoé, maire de Paris inaugure une Plaque commémorative de cet évènement. Elle est apposée sur le mur du Quai, au Pont Saint Michel, à 2 pas de la Préfecture de Police, d’où furent jetés à la Seine tant d’Algériens.


17 octobre 2011 :  journée mondiale du refus de la misère.
Je ne sais pas s'il est ou non pertinent de rapprocher ces deux événements. Mais moi, ces mois passés à Nanterre, j'ai juste appris à côtoyer une misère qui restait digne, en mesurant mon impuissance devant ce qui s'étalait pudiquement au-delà de la palissade.
17 octobre 2011, alors même que, dans la dignité, les survivants veulent se recueillir sur le Pont de Neuilly de sinistre mémoire, ils devront se contenter d'un autre lieu 
car on leur en avait refusé l'autorisation.
le 17 octobre 2011, le cinquantième anniversaire de ce lugubre anniversaire, dédaigné par le président de la République d'alors, a donné lieu à divers signes tangibles de respect sur des lieux de mémoire, pose de plaques, au pont de Bezons, au pont de Clichy, nom de rue ou d'avenue dédié à l'évènement comme à Nanterre. sources L'Humanité ;  Le Monde)

17 octobre 2012 vers 6 heures du soir :

communiqué de presse de Monsieur François Hollande, Président de la République Française,

tel qu'il est lisible sur le site officiel de l'Elysée

"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

François Hollande, Président de la République, 17 octobre 2012


17 Octobre 2021 :
 60ème anniversaire du 17 octobre 1961, le Président de la République Emmanuel Macron est allé se recueillir ... le 16 octobre et pas le 17 (!) au Pont de Bezons, pas à celui de Saint Michel. Certes au Pont de Bezons il y a eu aussi des Algériens noyés par la Police.

17 Octobre 2023 : le tsunami émotionnel provoqué par l'attentat terroriste initial qu'a été l'attaque effroyable et inédite dans son ampleur et ses actes de tuerie envers Israël par un groupe armé et inhabituellement nombreux du Hamas, suivi de près par l'attentat au couteau par un ancien élève envers un collège lycée français , 3 ans presque jour pour jour après l'assassinat d'un autre professeur dans un autre collège, a conduit à l'interdiction d'un certain type de manifestations. Y aurait-il eu commémoration du 17 octobre 1961 en d'autres circonstances ?


Bidonville, de Claude Nougaro, chantée par Maurane

Maurane — Wikipédia (wikipedia.org), 1960 - 2018, chanteuse belge, auteure compositrice interprète et comédienne.

Claude Nougaro — Wikipédia (wikipedia.org), 1929 - 2004, auteur-compositeur-interprète et poète français

Dans les maisons du bidonville de Nanterre - Le Parisien

BIDONVILLES DE NANTERRE, QUELQUES DATES CLES

1948-1953. Plusieurs dizaines de logements sont « autoconstruits » par des travailleurs immigrés et forment en quelques années à Nanterre un premier bidonville.

1961. Construction des cités de transit, bâtiments collectifs préfabriqués de plain-pied destinés à reloger les occupants des bidonvilles de façon transitoire, mais parfois pour plusieurs années, avant l'attribution d'un logement pérenne. Il y aura une cité de transit rue André-Doucet, une autre face à la rue des Prés.

1966. En Ile-de-France sont recensés 120 bidonvilles qui abritent 46 000 personnes, dont environ 10 000 à Nanterre, des célibataires et 1 200 familles*. Certaines sources font aussi état de 14 000 habitants au milieu des années 1960.

1970. Il reste encore à Nanterre une dizaine de bidonvilles abritant plusieurs centaines de familles. Le plus vaste est celui de la Folie, près de la préfecture, puis viennent ceux de la rue des Prés (illustrés par les photos de Serge Santelli), de l'avenue de la République, à côté de l'université, et des Pâquerettes. Entre la faculté, la préfecture et La Défense où se construisent les premières tours de bureaux, les bidonvilles commencent à faire désordre. Une réunion interministérielle décide de les rayer de la carte.

1971. Une « opération de résorption des bidonvilles de Nanterre » commence le 15 juin et s'achève le 13 juillet 1971. L'évacuation du bidonville de la Folie donne lieu à des protestations.*Source : Archives nationales, citées par Muriel Cohen dans son article

samedi 10 décembre 2022

Impressions soleil couchant, épisode 1

Préambule :
A quel auteur impute-t-on cet aphorisme : "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous" ? 
Le moteur de recherche me renvoie à Paul Eluard sans le remettre dans son jus et à des sites douteux d'ésotérisme et ou de développement personnel à fin de management.

jeudi 21 juillet 2022

Abécédaire du monde d'après : O comme oxygène et ozone

 Deux éléments présents dans l'atmosphère terrestre à l'état de gaz et indispensables autant que potentiellement délétères à la survie des habitants de la planète, de tous ses habitants.

O comme O = oxygène

  1. chimie
    Gaz incolore, inodore et insipide, constitutif de l'air, élément chimique de numéro atomique 8 (symbole : O)
L'oxygène est l'élément chimique de numéro atomique 8, de symbole O.

dimanche 29 mai 2022

A toutes les mères courage, à toutes les mères du monde

 Réédition (mise à jour) de mon billet du 29 mai 2011

et à leurs mères, leurs sœurs, leurs filles ...

 

A Nadia, à Mimi, à Catherine, à Marie,  à Odile, à Mimi 

 

A Christiane, à Nicole, à Claude,

 

Aux Mères de la Place de mai, aux Mères de Srebenica, de Sajarevo, de Mostar et d'ailleurs ...

jeudi 21 avril 2022

Souvenirs, souvenirs ...

Pour cette quinzaine du défi n°264 des CROQUEURS DE MOTS, Zaza pilote la galère à la suite de notre amie Jazzy, sous la houlette de l’Amiral Dômi.
Ci-dessous et sous le lien, ses consignes :
Le jeudi 21 avril 2022 – En poésie ou en prose, mettre en avant vos souvenirs de vacances de printemps.

Devant l'abondance
des souvenirs de l'enfance
choix bien difficile

samedi 16 octobre 2021

Au delà de la fenêtre

 Pour les dix ans du Nid des Mots, à publier sur votre blog le samedi 16 octobre ...
Le thème en est :
Le Nid des Mots ayant vu le jour à Panissières en octobre 2011
Nous aurons la joie de fêter ses 10 ans
A votre bon cœur pour publier un texte pour souhaiter cette première dizaine et ouvrir la suivante

J'avoue que je suis en panne de mots en ce moment comme il m'arrive assez souvent d'ailleurs. Comment fêter dignement ces dix ans et ouvrir la suivante ? J'ai rejoint le Nid des mots bien après que abécé nous en aie ouvert les thèmes sur son blog. Alors que faire ? Comme à mon habitude quand je suis en panne, je suis allée fureter sur mon blog.

lundi 23 novembre 2020

Défi n°241 des CROQUEURS DE MOTS : l'art c'est l'art, l'heure c'est l'heure !

NB : ajout d'une illustration grâce au Réveil Courrier du Courrier International que je ne pouvais pas ne pas joindre à ce billet !!!

 Lénaïg, à la barre du défi n°241 des CROQUEURS DE MOTS nous donne la consigne suivante :

Pour le grand défi du lundi 23 novembre :
Nous choisirons chacun(e) un tableau célèbre, si possible l’un des 22 exposés ici
et dans un petit texte en prose ou en vers nous devrons l’évoquer sans le nommer, donc le faire deviner.
Pour corser le défi, nous devrons glisser dans notre présentation au moins l’un des mots suivants (ou tous)

dimanche 17 juin 2018

Rien n'efface et ne s'oublie

C’était à l'été 2014 et j'exhumais de mes brouillons des textes jamais publiés, soit inachevés ou par oubli ... ou par pudeur. Ou parce que ce n'était pas le bon moment. Le brouillon était daté du 07/06/2011 15:35. La date prévue de publication n'avait pas été choisie au hasard.
Le 7 juin 1976,  j'étais clouée au lit** dans le noir, incapable d'accompagner à l'hôpital maman et mes frères et sœurs pour un dernier adieu à notre père.

mercredi 15 novembre 2017

la corneille de Saint-Corneille

Pour ce prénom du mercredi qui porte le nom d'un oiseau, je renouerai avec le fil conducteur de la récré à Bigornette tout en faisant étape dans une province de France riche d'Histoire. la grande, pas toujours reluisante et plus précisément à Compiègne, ville impériale et dans la clairière de Rethondes.

lundi 10 avril 2017

Petite mère*, pour Mil et Une et in memoriam

Souvent je commence ces jeux d'écriture par
Pour miletune, Voir ou non l'image support du jeu d'écriture avant de lire bla, bla, bla,*
Pour l'image de la  semaine 15/2017  où la contrainte supplémentaire et facultative est d'insérer le mot  âme.
parce que *
Cette fois-ci encore, l'image a son importance et je la mettrai à la fin.

lundi 5 décembre 2016

Défi n°175 : De fil en aiguille

Vot' cap'tain de quart, myself,  pour ce défi n°175 des CROQUEURS DE MOTS, vous invite à raconter  sur un mode léger, et sans allusion à l'actualité votre plus beau souvenir de "petit" désagrément.
Je vous entends dire que c'est tout moi, ça, de faire un pas de côté avec les sujets. Et celui-ci est un bel écart dans le décor. D'accord, quoique ...
J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette sortie de route et promis, jeudi, je mets en ligne une fable de mon cru, récit authentique d'un remède radical soignant le mal par le mal. Mais je suis sûre que certains la connaissent déjà.

jeudi 17 novembre 2016

La pendule de Mémé Gudule, de Jeanne Fadosi

Lilousoleil à la barre du défi n°174 des CROQUEURS DE MOTS nous invite à raconter une belle histoire de Jeanne et de Jules, de cane et de mare, d'église et de pendule.
Sans consigne particulière pour le jeudi
A la fin d'octobre, nous avons mis les pendules à l'heure d'hiver. Pour ces manœuvres sur ces témoins fragiles d'un autre temps, le geste est d'autant plus périlleux que le tic tac rythme les heures.
Pour l'heure, je réédite ceci, écrit pour un prénom du mercredi des premiers temps de mon blog.

vendredi 29 juillet 2016

Les voyages forment la jeunesse

En marge de Rêver de voyages ; Comme une répétition, encore et encore ; Sur les routes d'exil

C'était le premier volet d'une réflexion au fil de mes pensées vagabondes à partir d'une question qui m'était venue ce premier été sur mon ancien blog.

Pourquoi nous voyageons ?

dimanche 29 mai 2016

A toutes les mères du monde

2e réédition pour la fête des mères, de mon billet de 2014 (1ère réédition 31/05/2015)
parce que je n'ai pas le courage d'en faire un nouveau

les mères sont fêtées partout dans le monde, le dernier dimanche du mois de mai en France et dans plusieurs autres pays, le deuxième dimanche de mai dans beaucoup d'autres pays, ailleurs encore d'autres dates sont retenues, en mars,  en mai, en juin  ...

lundi 29 février 2016

Défi n°160 prolongement : où Cosinus retrouve Christophe

nota : la feuille de route du défi n°161 des CROQUEURS DE MOTS ce sera chez lilou incessamment sous peu c'est depuis ce blog A l'abordage le défi 161, en attendant la quinzaine suivante où lilou sera bien à la barre.

Le défi n°160 où cosinus sort du livre et apostrophe Christophe, c'est par ICI --->

lundi 30 novembre 2015

Défi n°155 : Une belle rencontre

Défi n°155 piloté par lenaïg pour les CROQUEURS DE MOTS à l'horizon d' "une belle rencontre".

Pas beaucoup de temps, des contre-temps aussi, pas vraiment le cœur à écrire. Et puis ce texte dont j'ai envie de partager avec vous le contenu et l'utopie, même naïve.

lundi 20 avril 2015

Défi n°143 : Malade

Très chers patients, j'ai l'honneur de vous inviter à l'hôpital des Croqueurs où nous serons tous malades le Lundi 20 Avril :
Racontez-nous donc une histoire de malade ou de médecin ou de pharmacien ou d'hôpital ou de médicament... ou un mélange.

lundi 26 janvier 2015

Défi n°137 : "Retrouvailles" (2)

Début ici --->


Revenues à la surface, comment trouver son chemin à la sortie de la bouche de métro ? le quartier quadrillé de rues à angle droit avait fait place à une série d'immeubles de grande hauteur, de placettes, de rues piétonnes en arcs de cercle, de passages joliment carrelés, fleuris de corbeilles retombantes ...