Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, combien en 2017 ?

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samedi 16 décembre 2017

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Au delà de la fenêtre ...

Le thème de décembre du Nid des mots à publier le samedi 16 décembre est "Fenêtre(s)"

Je n'ai guère de temps en ce moment mais les fenêtres m'avaient inspirée. M'en voudrez-vous si je réédite une fois de plus ce billet publié un 17 octobre 2011, rapprochant la journée mondiale du refus de la misère du cinquantième anniversaire du drame du 17 octobre 1961.

C'était la consigne de vertdegrisaille pour le défi n°66 des Croqueurs de mots. 
"Partez d'un objet aussi anodin qu'un lacet, serpentez sur ses boucles et ses (in)sinuations, et laissez-le créer le nœud complexe d'un moment." 


 *****

Une fenêtre est-elle un objet ? Et si c'est un objet, est-ce un objet si anodin ?

17 octobre 1968 : je frissonne en sortant des couvertures. Mon premier élan est de regarder par la fenêtre.
Voilà à peine un mois que je suis dans cette minuscule chambre de bonne et déjà une sourde tristesse s'immisce dans mon quotidien.
Le thermomètre affiche vaillamment un modeste 17° et le radiateur ne produira rien de plus.

Dans ce quartier cossu aux façades avenantes, je fais l'apprentissage de voisins pauvres. La dernière marche avant la misère car ils ont un toit solide, trop froid, sans confort à part l'eau courante, souvent froide. Il y a un wc à la turque pour tout l'étage. L'eau chaude, il faut aller la chercher au dernier étage, encore au-dessus.

 Mes parents m'aideront à atteindre mes rêves, en se privant un peu plus sur le quotidien. Mais nous ne sommes pas à plaindre.

J'ai acheté un minuscule carnet et j'apprends à compter les moindres dépenses. Je ne suis pas à plaindre. J'ai juste froid, j'ai juste la rage de découvrir ces vieux qui vivent avec le minimum vieillesse, ces employées de maison (on dit encore bonnes à l'époque) qui travaillent du matin au soir six jours par semaine pour un salaire (on dit encore gages aussi) de misère ... ces portes fermées sur le logis d'autres étudiants qui cumulent leurs cours et un travail souvent peu rémunérateur, pour financer leurs études, et que je ne croise jamais ...

17 octobre 1969 : la pièce de 8 m2 n'est pas plus grande que ma chambre de bonne de Neuilly l'an dernier. Pourtant,l'espace est bien agencé, les murs sont propres et la lumière rentre à flots tandis que le chauffage central assure une douceur confortable. Le bureau est sous la large baie qui occupe toute la largeur de la chambre.
Entre deux pages étudiées, je lève les yeux pour voir ce ciel qui s'assombrit des pluies d'automne. 
Mon visage s'assombrit lorsque mes yeux quittent le ciel. Le paysage est barré sur ma gauche par le bâtiment des garçons de la cité universitaire, sur ma droite par un enchevêtrement des bretelles en béton de la prochaine autoroute. Il y a aussi des rails, à l'infini. Je ne me souviens plus bien où dans mon champs de vision. Ce dont je me souviens, ce qui m'étreignait le coeur chaque jour, sans accoutumance, c'est l'autre côté de la rue. Derrière les palissades qui le masquent aux piétons et aux voitures, mon regard se porte sur la fragilité des planches et des tôles mal jointes, la fumée qui s'échappe de simples tuyaux de poêles surmontant des toits en carton goudronné pour une étanchéité approximative.
De l'autre côté de la rue, c'est le bidonville de Nanterre.

Le 17 octobre ne m'évoque rien. En 1969, on fait encore silence sur cette terrible nuit. On se souvient surtout de Charonne.
Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?
Combien de ces malheureux, hommes mais aussi femmes et enfants, étaient-ils partis ce 17 octobre 1961, pour défiler pacifiquement et avec confiance pour défier le couvre-feu qui venait de leur être imposé ?
Combien de femmes et d'enfants ne sont jamais revenus de cette marche sur Paris ?
Combien d'hommes, maris, pères, ne sont jamais revenus au bidonville ?

Si on me l'avait appris, cette vue m'aurait-elle été plus insupportable encore ?

Ce jour-là, je sais en revanche qu'en rentrant de mes menues courses pour la fin de semaine, (je compte toujours le moindre centime), un ou deux enfants seront sur mon passage, me demandant un morceau de pain.
J'ai pris l'habitude d'en acheter un peu plus, pour eux. Et tout à l'heure, je leur achèterai une tablette de chocolat.

17 octobre 2011 :  journée mondiale du refus de la misère.
Je ne sais pas s'il est ou non pertinent de rapprocher ces deux événements. Mais moi, ces mois passés à Nanterre, j'ai juste appris à côtoyer une misère qui restait digne, en mesurant mon impuissance devant ce qui s'étalait pudiquement au-delà de la palissade.
17 octobre 2011, alors même que, dans la dignité, les survivants veulent se recueillir sur le Pont de Neuilly de sinistre mémoire, ils devront se contenter d'un autre lieu.

*****

Au moment où je fais les derniers réglages avant la programmation de cet article, j'écoute sur France Inter l'émission Grand bien vous fasse intitulée ce jeudi 14 décembre La pauvrophobie

jeudi 14 décembre 2017

L'attente, de Emile Verhaeren

Fanfan, "l'humoriste corse" ai-je lu en commentaire et son blog va bien en effet à ce trait de caractère, est à la barre des CROQUEURS DE MOTS pour cette quinzaine du défi n°197 avec pour les poésies du jeudi, en attendant noël et ses chansons et comptines la semaine prochaines, l'attente pour ce premier jeudi.

L'attente
Et c'est au long de ces pays de sépulture,
En ces marais, qui sont bourbeux depuis mille ans,
Que j'amarre, ce soir, mon désir d'aventure,
Comme un brusque voilier fragile et violent.
J'ai délaissé, là-bas, les quais lointains,
D'où s'exaltait et naviguait, dans les matins,
Inassouvie,
Avec le vieux butin du monde en ses flancs clairs,
Avec ses pavillons ameutant l'air,
L’Éternelle, qui est la vie.
Ici, le silence pèse de tout son poids
Sur un enclos bordé de dunes ;
Les mains obliques de la lune
Y caressent, sous les cieux froids,
D'énormes rangs de tombeaux blancs.
Des branchages, pareils à des vertèbres,
Pendant, cassés, autour de troncs massifs et lourds ;
De gros oiseaux de vair et de velours,
A vol torpide et lent, y foulent les ténèbres.
Clepsydres d'or, crânes et torches,
Mains de granit heurtant le seuil des porches,
Ailes de pierre et leurs pennes de fer,
Feuilles jaunes jonchant les dalles,
Oh ! tout l'automne et tout l'hiver
De la mort immémoriale.
Oh ! l'âpre cimetière épars de l'humaine pensée !
La montante Babel écroulée en tombeaux,
Où toute une splendeur d'espoir et de flambeaux,
Contre le sol, est écrasée,
Tandis qu'en haut, toujours, les merveilleux mystères
Ouvrant leurs espaliers de feux, au firmament,
Tendent, mais dans la nuit, leurs fruits de diamant
Vers les angoisses de la terre.
Pourtant, a-t-on lancé au fond des cieux,
Pour les capter,
De merveilleux filets ;
A-t-on fixé et ajusté,
L'autre après l'un, les faits après les faits ;
A-t-on dressé des échelles fragiles
Dont la raison affermissait chaque échelon,
Avec des doigts agiles ;
A-t-on construit, pour les atteindre,
De siècle à siècle et d'âge en âge,
Sans se lasser jamais, ni sans se plaindre,
De blancs et merveilleux échafaudages ?
Et néanmoins, voici le cimetière épars,
La montante Babel écroulée en tombeaux,
Où la pensée est morcelée et dispersée
En blocs hagards
Et en mornes flambeaux.
C'est que celui qu'on attendait n'est point venu,
Celui, dont la nature entière
Assemblera, un jour, la subtile matière
En des creusets puissants non encore connus ;
C'est que la race ardente et fine,
Dont il sera la fleur,
N'a point multiplié ses milliers de racines
Jusqu'au tréfonds des profondeurs ;
C'est que le passé mort domine encor et capte
Trop fortement, toute vigueur de volonté,
Pour que l'esprit, d'un large effort s'adapte
A son milieu nouveau de vérité ;
C'est que tout homme enfin n'écoute point assez
Le sommeil d'avenir qu'il tient, en soi-même, bercé,
Et qu'il entend sous les grands cieux solennisés,
Rêver, à mots divins, la nuit, dans le silence.
Mon coeur, est-il un vœu de joie et de vaillance
Plus superbe à former, que d'être,
Un jour, le héraut pur de ce prodige à naître ;
Que de dompter déjà pour sa large victoire,
Les blancs chevaux du vierge orgueil et de la gloire ?
Oh vous, mes mains, restez nettes et belles,
Oh vous, mes yeux, restez clairs, mais fermés,
En attendant le tranquille rebelle
Que les siècles auront subtilement formé,
Pour découvrir, à coups d'audace et de génie,
Les mots qui recèlent toute harmonie
Et réunir notre esprit et le monde,
Dans les deux mains d'une très simple loi profonde.
Emile Verhaeren, recueil Les visages de la vie, 1899

Emile Verhaeren, 1855 - 1916, poète belge flamand d'expression française

un petit tour au musée provincial Emile Verhaeren ?

cimetière marin de Talmont,sur Gironde, Charente maritime
cimetière boisé, république tchèque
  licence créative commons de KarelTvrdik



mercredi 13 décembre 2017

Lubin de Saint Aubin

Sur la route du tour de France des prénoms pour la Cour de récré de JB, nous faisons halte aujourd'hui à Saint Aubin, non pas au bord de la mer sur la côte de Nacre, mais dans l'Indre (36), du côté de la champagne berrichonne dans l'ancienne province du Berry.

Lubin, après bien des années de turbin
dans le village tranquille de Saint aubin
a pris une retraite bien méritée.
Il y cultive des foisons de fleurs d'été
à la manière d'un jardin de curé,
Joyeuse pagaille autour de sa fleur préférée.

Il en a toute une collection.
C'est une véritable passion :
Lubin est le magicien des lupins.
Il en fait pousser de toutes les couleurs
Comme plante ornementale c'est pour lui la meilleure.

Il sait trier parmi eux les graines peu toxiques
et avec elles c'est tout à fait magique :
Il en fait de la poudre de perlin pinpin
qu'il met vers le 21 décembre au pied du grand sapin.

Ainsi pendant la nuit de noël les rennes
avant leur grande course pour distribuer les étrennes
feront halte au pied du sapin de Lubin
dans son jardin extraordinaire de Saint Aubin.

On dit aussi que les soirs de pleine lune,
Si vous restez discrets derrière les dunes,
Vous y apercevrez en vert et en bleu, les lutins
d'une Dame Amantine Aurore Lucile Dupin
en remplir de poudre leur sac à malices
comme matière première de contes à délices.

 


Saint Aubin, département de l'Indre (36), région Centre-Val de Loire, ancienne province du Berry

Pour les spécialités culinaires traditionnelles du Berry, l'article sur le Berry de wikipedia développe un paragraphe assez complet, parmi lequel les œufs en couille d'âne (où j'ai appris que la couille d'âne est une variété d'échalote-oignon produite dans le Berry). Pour une autre présentation Le patrimoine culinaire du Berry


Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB






samedi 9 décembre 2017

Oyez les Croqueurs ! Défi n°197 en partance chez ?? ... Fanfan

Cette fois-ci je vais éviter de faire des hypothèses. Fanfan ? Dimdamdom ?
Fanfan a fait ici ce commentaire :
"Coucou Jeanne c'est moi qui m'y colle lundi , c'est mon tour !
Bon week end" qu'on se le dise !

et ensuite y aura-t-il une trêve pour les fêtes ? 
Il sera bien temps lundi de découvrir le Défi n°197 des CROQUEURS DE MOTS 
sur le blog de son capitaine d'étape fanfan.

En attendant lundi,

pour la recherche  pour "réparer les vivants" atteints de maladies rares
 et les accompagner


vendredi 8 décembre 2017

La terre est arbre

Pour la page 94 de  l'Herbier de poésies   sur une proposition et une image de Jamadrou.

"Les mots ne mentent pas"
"la terre est bleue" dit Eluard
Que disent les images ?

Le dessin ne ment pas
l'arbre a la couleur du monde
en cercle imparfait

Racines
et branches nues
Arbre et terre en symbiose
se nourrissent les uns des autres
des feuilles mortelles et de l'humus.
Et coule l'eau, souffle le vent, tourne,
tourne la terre en éphémère équilibre.
Tout au bout de la chaîne du vivant
le bras humain du bûcheron hésite,
retient de sa main le manche
de la cognée d'acier blanc
de nos destins.

©Jeanne Fadosi, mercredi 6 décembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la ou les pages 94 de L'Herbier

©Jamadrou

bûcheron dans la neige, Maria Balan, 1977

Spontanément la chanson de Brassens qui me vient en tête en illustration sonore, ma chanson d'enfance, c'est Auprès de mon arbre...
Mais c'est celle-ci que j'ai envie de partager aujourd'hui en pensant à d'autres chansons d'enfance en clin d’œil à Johnny Hallyday pour la dernière strophe :

Brassens, Au bois d'mon coeur, 1957
paroles en commentaire de la vidéo (suivre le lien)

jeudi 7 décembre 2017

Enfants délurées, au Grand Bal du Printemps de Jacques Prévert

Colette est à la barre du défi n°196 des CROQUEURS DE MOTS et sa feuille de route se résume en deux mots qui englobent toute la vie : Nuit et Jour. Jeudi dernier, je vous ai promis de prolonger à nouveau dans son versant JOUR mon billet du printemps dernier Danse des Sabres. J'avais déjà choisi pour l'occasion ce poème de Prévert que j'ai publié pour le 8 mars 2017, Journée internationale des femmes (au pluriel)
En relisant le poème affiché parmi les billets de mon blog contenant le mot JOUR, je m'aperçois que le mot n'y est pas lui-même. Mais il y est dans les autres mots ; dimanche, quartier désert, magasins fermés, ciel gris souris, jardins vaguement verts.
J'ai choisi ce poème parce que je le ressens aujourd'hui comme il y a quelques mois (hier) où je le présentais ainsi :
Celui-ci associe les rues de Paris avec ses hauts et ses bas quartiers de l'époque de Prévert qui est aussi mon souvenir et les femmes, "délurées" au sens premier et noble du terme, célébrées par le poète, tout au long de l'année et non un seul jour
Dans ce poème de Jacques Prévert, j'ai le pressentiment que cette jeune fille en noir et blanc sur le cliché d'Izis**, Prévert lui accorde le joyeux éveil, la délure de la modernité, sans débauche.


Enfants de la haute ville
filles des bas quartiers
le dimanche vous promène dans la rue de la Paix
Le quartier est désert
les magasins fermés
Mais sous le ciel gris souris
la ville est un peu verte derrière les grilles des Tuileries
Et vous dansez sans le savoir
Vous dansez en marchant sur les trottoirs cirés
Et vous lancez la mode
sans même vous en douter
Un manteau de fou rire
sur vos robes imprimées
Et vos robes imprimées sur le velours potelé
de vos corps amoureux
Tout nouveaux tout dorés
Folles enfants de la haute ville
ravissantes filles des bas quartiers
modèles impossibles à copier
Cover girls
colored girls
De la Goutte d'Or ou de Belleville
De Grenelle ou de bagnolet.
©Jacques Prévert,
Jacques Prévert et Izis, Grand bal du printemps***, 1951, 
Le cherche-midi 2008, page 134

Jacques Prévert, 1900 - 1977, poète et parolier, cinéaste, artiste français

** "déluré" quand j'avais pris connaissance du mot clé des jeudis en poésie du défi n°60 des CROQUEURS DE MOTS, piloté par Julien, m'est apparu le caractère particulièrement ambigu de cet adjectif, à la fois complimentant des qualités d'éveil et de vivacité d'esprit et désapprouvant l'audace et l'esprit de fronde ou d'indignation. Il est évident que la curiosité d'esprit ne fait pas bon ménage avec l'obéissance servile. Et pourtant, quoi de plus important pour la liberté de l'homme dans le respect de tous les autres, que de ne pas se laisser tromper.

Déluré, apparu au XVIIème siècle comme une variante du participe passé déleurré du verbe déleurrer = détromper


** p135 en regard du poème.
Le livre est né d'un proposition d'Izis à Prévert et à d'autres auteurs de mettre des textes sur ses photos.
Prévert a refusé. Mais pour une autre proposition bien plus intéressante : faire un livre à deux, où mots et photos s'associent en une puissante alchimie.

*** Mon avis : Grand bal du printemps est en fait un long poème d'une profonde unité, ... et d'une cruelle modernité.
J'ai trouvé avec un grand plaisir chez un libraire cette réédition d'un de ces livres qui ont enchanté mon enfance.






Je choisis ce poème qui fait écho dans une autre ville Erevan (Arménie), dans une autre époque actuelle, dans une actualité où des femmes osent parler. Pas partout et peut-être pas dans ce pays-là. Où des hommes, uniquement des hommes et heureusement pas tous, questionnent : "Mais comment fera-t-on la différence entre une attitude acceptable ou non ?" Curieusement, il n'y a guère ou pas du tout de femmes qui se posent la question. Parce que le poème de Prévert, respectueux et admiratif, est une bien belle réponse à cette question imbécile et que le clip vidéo, qui entretient je suppose volontairement l’ambiguïté d'une mise en scène ou non dès le début, est lui aussi éloquent.

mercredi 6 décembre 2017

Myosotis, de Saint Maurice les Brousses

Amis et fidèles élèves de JB et de sa cour de récré, cette semaine je vous emmène à Saint Maurice. Non pas celui de la couronne parisienne, entre Bois de Vincennes et Guinguettes fleuries sur la Marne mais celui de la Haute Vienne. Où ça ? Comment, vous ne connaissez pas ? Rôôô !!!!!!!!!!!!

C'était vendredi de la semaine dernière,
un premier décembre qui la rendait très fière.
Qui donc ? Myosotis, revenant de Limoges*,
Aussi ravie qu'à Venise au Palais des Doges !
C'est vrai qu'elle ne quitte guère sa cambrousse
Et ses ateliers de Saint Maurice les Brousses.

Ses ailleules de mère en fille dessinaient
des fleurs de lin sur porcelaine qu'elles paignaient :
Des fleurs de porcelaine pour des nappes de lin.
"Caroline" de mère en fille comme Kaolin,
Dans la famille c'était une tradition
Que nul n'aurait songé à remettre en question.
Intriguée de ne pas s'appeler Caroline
Sa mémé lui en a raconté l'origine.

Quand Bourvil reprit une très vieille chanson
Pour sa fille à la récré ce n'était pas la même chanson !
Les fleurs de lin n'étaient plus du tout à la mode,
Caroline un prénom-sobriquet bien commode.
Adouci il est vrai plus tard, sur le Rocher
de Monaco il devint un prénom princier.

Pour le baptême de la princesse bien née,
On créa un service au décor surrané
aux fleurs si délicates de myosotis
sorti des premiers Ateliers de Saint Maurice.
La fille de mémé attendait un bébé.
Pas question de Caroline la prénommer.
Voilà d'où vient son prénom de Myosotis
Pour services de lin, de coton, de métis,
Et même avec soin pour un déjeuner sur l'herbe
Luxe, nappe à carreaux, gourmandises superbes.

Bon d'accord, j'ai brodé, si les myosotis sont l'un des premiers motifs de la porcelaine de Limoges créée après la découverte de kaolin dans la région de Limoges au XVIIe siècle, je n'ai aucune idée de l'atelier qui en est à l'origine et si c'est une affaire possible, j'ai évidemment inventé aussi la commande d'un service pour le baptême de la princesse. Et si une porcelainière s'appelait Myosotis ou Caroline, ce ne serait que coïncidence.


* Après le siège de Liffol (Vosges) en décembre 2015 et le granit de Bretagne en janvier 2017, la porcelaine de Limoges est le troisième produit manufacturé à bénéficier de l'Indication Géographique Protégée (IGP)

Saint Maurice les Brousses, département de la Haute Vienne (87, préfecture Limoges), Région Nouvelle Aquitaine, anciennes provinces du Limousin (Vicomté de Limoges) et du Comté de la Marche

La porcelaine de Limoges, privilège royal de 1769, a été possible grâce à la découverte de kaolin près de Limoges, une argile blanche d'une grande pureté qui permet à la porcelaine de Limoges d'être une céramique à la fois dure et translucide. Elle est inscrite en 2008 à l'inventaire du patrimoine culturel en France mais l'Etat en a retiré la candidature auprès de l'UNESCO.

L'art et la méthode de la porcelaine chinoise, connue par les Italiens depuis le XVIe siècle, a été introduit en France au XVIIe siècle grâce à un jésuite né à Limoges missionnaire en Chine impériale.

cambrousse, coin de campagne retiré

Emma Eleonora Meyer, Femmes décorant la porcelaine, avant 1921,
 domaine public





Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 4 décembre 2017

Défi n°196 Nuit et Jour au grand miroir de la nature

Colette à la barre de notre rafiot pour le défi n°196 murmure à l'oreille des CROQUEURS DE MOTS :
je vous propose deux mots :
Nuit et Jour
À partir de cela, vous écrivez un petit quelque chose comme vous l’entendez : en prose ou en vers, pour le lundi 4 décembre.

Dans l'encre noire de l'interminable nuit polaire, à quoi rêve l'inuk, le nénètse, le sami, le renne blanc ?
A peine une lueur
en trait s'union d'un jour l'autre
abstraction du temps
Craignent-ils la disparition de la lumière ? Séléné, pâle reflet sur la neige, leur propose mille nuances de blancs, et autant de mots pour la nommer. 
Là-bas, à près de vingt mille kilomètres vers le sud, de l'autre côté du méridien, un indien insomniaque de Patagonie contemple la fusion de deux jours sans nuit en pleurant
Quand le cépuscule
cède le pas à l'aurore blême
Terre et ciel s'admirent
Il pleure, inconsolable, sa grand-mère Angela, la dernière ona tandis que loin au nord  le sang inuk d'une femme au sang mêlé s'élève dans la nuit pour dire "moi aussi".



Illustrations :
première photo, nuit polaire à Mourmansk, Russie, 2 déc 2013
deuxième photo, jour sans fin en Suède, au bord d'un lac, juillet 1974, 3 heures du matin

vendredi 1 décembre 2017

Regards d'aurores

Pour la page 93 de l'Herbier de poésies sur un tableau de William Turner

Ils se sont levés aux aurores dans le silence de la maisonnée endormie. L'enfant tout ensommeillé est si fier de suivre son grand père dans sa quête matinale. Il sait que l'attirail de pêche n'est qu'un prétexte à la méditation et qu'il importera peu qu'ils rentrent bredouilles.
Soudain ciel et eau
éclaboussent le sentier
en noces vermeilles.
Le grand père a pris l'enfant par la main et lui a souri en mettant un doigt sur sa bouche bée. Il ne sait plus quel est le plus beau spectacle, 
le soleil levant,
ou la lueur éblouie
dans ses yeux d'enfant.

©Jeanne Fadosi, mercredi 29 novembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la ou les pages 93 de L'Herbier


Lever de soleil sur un lac, William Turner, 1840

jeudi 30 novembre 2017

Sur une nuit sans ornement, de René Char

René Char, c'est cet aphorisme que je me récite comme un mantra au pied des obstacles :
"L'impossible, nous ne l'atteignons pas
mais il nous sert de lanterne."

Colette est à la barre du défi n°196 des CROQUEURS DE MOTS et sa feuille de route se résume en deux mots qui englobent toute la vie : Nuit et Jour. Pour les jeudis en poésie j'ai l'embarras du choix parmi les poèmes choisis que j'ai déjà mis en ligne et la nuit m'a souvent et récemment inspiré.

J'ai hésité à rééditer la fin de la première partie de L'homme approximatif de Tristan Tzara, trop désespérant et difficile à isoler du tout.
Et puis j'ai pianoté "manteau de nuit, poème" et j'ai retrouvé ce poème de René Char sur le blog de Mes écrits vains, un ancien Croqueur de mots qui l'avait mis en ligne pour Lenaïg en 2011 proposant cette belle expression.

Une façon me semble-t-il de prolonger mon billet du printemps dernier pour L'Herbier de poésies Danse des sabres dans sa partie Nuit. Jeudi prochain je continuerai à prolonger ce billet avec Le jour

Si vous préférez entendre Sur une nuit sans ornement ou l'écouter en le lisant



Sur une nuit sans ornement


Regarder la nuit battue à mort; continuer à nous suffire en elle.
Dans la nuit, le poète, le drame et la nature ne font qu'un, mais en montée et s'aspirant.
La nuit porte nourriture, le soleil affine la partie nourrie.
Dans la nuit se tiennent nos apprentissages en état de servir à d'autres, après nous. Fertile est la fraîcheur de cette gardienne!
L'infini attaque mais un nuage sauve.
La nuit s'affilie à n'importe quelle instance de la vie disposée à finir en printemps, à voler par tempête.
La nuit se colore de rouille quand elle consent à nous entrouvrir les grilles de ses jardins.
Au regard de la nuit vivante, le rêve n'est parfois qu'un lichen spectral.
Il ne fallait pas embraser le cœur de la nuit. Il fallait que l'obscur fût maître où se cisèle la rosée du matin.
La nuit ne succède qu'à elle. Le beffroi solaire n'est qu'une tolérance intéressée de la nuit.
La reconduction de notre mystère, c'est la nuit qui en prend soin : la toilette des élus, c'est la nuit qui l'exécute.
La nuit déniaise notre passé d'homme, incline sa psyché devant le présent, met de l'indécision dans notre avenir.
Je m'emplirai d'une terre céleste.
Nuit plénière où le rêve malgracieux ne clignote plus, garde-moi vivant ce que j'aime.
René Char, La Parole en archipel, 1962
recueil de poèmes écrits entre 1952 et 1960

René Char, 1907 - 1988, poète et résistant français 

capture d'écran du ballet suivant


mercredi 29 novembre 2017

Simon de Saint-Simon

Il y a plusieurs Saint-Simon en France. Venez avec moi en Charente, sur les rives de la Charente y faire étape pour un mercredi de récré des prénoms de JB.

Si Simon avait vu de l'Hermione le chantier,
bien avant d'évoquer la voile d'Artimon
Il aurait marqué les fûts des bois du Mont Myon.
Sûr qu'il aurait voulu y être charpentier !

Plus tard il aurait navigué vers l'Océan
A la manœuvre sur l'estuaire de la Charente,
Charentaises au hamac, bottes sur le pont en pente
Et pour border en cadence, chœurs marins chantant.

Ses ancêtres étaient matelots ou gabarriers
Qui ont transmis leur savoir-faire de grand art
Dans la construction des naus et autres gabarres.

A Saint-Simon Simon est resté charpentier.
Grâce à lui allez faire une croisière de plaisance
Sur la réplique de la gabarre* la Renaissance.









Saint-Simon, village gabarrier de Charente (16), région Nouvelle Aquitaine, ancienne province de l'Angoumois
*gabare ou gabarre, fluviale ou maritime les deux orthographes sont admises et utilisées indifféremment.
Spécialités culinaires de Charente




Avec un salut amical spécial à  Bigornette , 
Présidente d'honneur de La cour de récré de JB

lundi 27 novembre 2017

Oyez les Croqueurs ! Défi n°196 en partance chez ?? ... Colette

Ohé Matelots, cette fois-ci, sauf erreur de ma part, ce devrait être à Capitaine Domi* c'est Colette qui tient la barre de la goélette des Croqueurs de Mots pour le défi n°196



* Et donc c'était une erreur voilà

vendredi 24 novembre 2017

"Poussières d'étoiles"*

Pour la page 92 de l'Herbier de poésies sur une image proposée par Adamante

Laisser s'envoler les idées parasites.Tout doucement fermer les yeux, puis les ouvrir et les laisser peu à peu apprivoiser la nuit. Elle est rarement tout à fait noire.
La voûte étoilée
soulève un coin de son voile
et de l'espace-temps.

Tant de ses poussières
s'offrent à combien de regards
dans le même instant ?
Des poussières, mortes depuis combien de siècles avant que la lumière ne les fasse parvenir dans la banlieue de la terre ? 
Observer le ciel.
Extase de l'immensité !

Et nos vies,
nos vies minuscules.

©Jeanne Fadosi, mercredi 22 novembre 2017
à découvrir avec les autres brins sur la ou les pages 92 de L'Herbier

une image, aléatoire ou œuvre d'art ? 

* Titre emprunté à l'un des premiers livres pour le grand public de l'astro-physicien Hubert Reeves, Poussières d'étoiles, 1984