Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

vendredi 30 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : F comme Fabienne

 Avec Fabienne, je fais évidemment un clin d'œil à la maîtresse d'école de la Cour de récré de JB alias Jill Bill dont c'est le prénom. Il se trouve que c'est aussi le mien depuis ... ma naissance, il y a sept ... décennies. 

Que j'aie hérité de ce prénom n'est pas une énigme puisque c'est le prénom de ma maman. Selon mes sœurs aînées, c'est un désaccord sur le choix du prénom, choix difficile entre les parents et mes nombreux frères et sœurs. De façon pragmatique, je crois plutôt que c'est le décès de ma grand-mère Jeanne au printemps qui a en partie déterminé la suppression du prénom qui faisait polémique et le glissement des autres prénoms. Celui de ma mère est donc passé en premier suivi de celui de ma marraine pour y ajouter en troisième celui de Jeanne. A l'époque, pour des raisons essentiellement pratiques de place sur le registre d'état civil tenu à la main et à la plume sergent major, on s'en tenait à deux prénoms voire trois, presque jamais plus.

Dans mon enfance de "petite fille modèle", j'ai eu le plaisir de voir mon prénom attribué à d'autres petites filles de nos voisinages et ce n'était pas un hasard. Contrairement aux Martine ou Sylvie ou Chantal ou Christine, je n'ai jamais rencontré d'autres Fabienne avant mes études supérieures. Et encore, sur une école d'un millier d'étudiants, nous étions deux à nous être repérées. Si bien qu'en entendant mon prénom derrière mon dos, je tournais spontanément la tête. 

Jusqu'à ce que j'enseigne à des élèves nés dans les années 1960 et à la grande surprise des ces Fabienne qui découvraient qu'il y avait une "vieille" qui se prénommaient comme elles.

Un autre clin d'œil à sœur Colette pour Fabienne Thibeault, la plus célèbre des chanteuses québécoises de notre côté européen de l'Atlantique. Découverte par le biais de mes chanteurs canadiens préférés Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois avant qu'elle devienne célèbre ici avec l'Opéra Rock Starmania, 1978 version studio, 1979, Palais des Congrès de Paris.

Je ne vous cache pas que porter le même prénom que celui de ma mère n'était pas forcément une bonne idée dans un siècle où ce genre de tradition heureusement n'avait plus guère cours.

Privée du charmant diminutif "Fabie" qui lui était réservé, j'ai jusqu'à un âge avancé été présentée comme "la petite Fabienne". Difficile à assumer dès que son plus grand rêve est de devenir grande.

Difficile d'échapper aux comparaisons et de se forger sa propre personnalité sans la tentation de ressembler ou s'opposer.

La vraie question reste le choix du prénom de ma maman en 1910. Ce prénom déjà rare au masculin y compris dans les fictions n'est répertorié en France qu'au début du XXe siècle où il reste confidentiel (moins de 50 par an) jusqu'en 1943 où il commence à croître jusqu'à une envolée de plus en plus grande de 1950 à 1965 suivie d'un recul tout aussi grand. Depuis 1990 c'est redevenu un prénom très rare. Allez savoir pourquoi ?

Prénom Fabienne : signification, origine, fete (journaldesfemmes.fr)


Fabie, ma maman en corsaire début des années 1920,
La petite Fabienne en Boucle d'Or 1955 ou 1956


[ ... ]
Stone, le monde est stone.
Je cherche le soleil
au milieu de la nuit.
J'sais pas si c'est la terre
qui tourne à l'envers
ou bien si c'est moi
qui m'fait du cinéma
qui m'fait mon cinéma.
Je cherche le soleil 
au milieu de ma nuit.
[ ... ]

Starmania, Le monde est stone, Michel Berger et Luc Plamandon,
    Fabienne Thiebault, chante le rôle de Marie-Jeanne La serveuse automate 

J'aurais pu aussi dire Frédéric, prénom qui me renvoie à cette chanson de Claude Léveillée que nous chantions autour de la table dans les années 50 avant que les plus jeunes de mes frères et sœurs ne quittent le nid, avant d'être dispersés pas encore aux quatre coins de la planète. Chanson qui résumait si bien cette atmosphère familiale qui nous était si précieuse. Chanson qui a sans doute donné quelques idées de prénoms pour la jeune génération



 

mercredi 28 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : E comme Éleuthère

A la lettre E, il est tentant de penser à la reine Elisabeth II d'Angleterre Élisabeth II — Wikipédia (wikipedia.org)

Ou un autre prénom que j'aime assez pour l'avoir donné à l'un de mes enfants

Mais dans la généalogie des prénoms de famille, si les prénoms donnés par mes grand-parents paternels à leurs enfants ne suscitaient aucune question, ceux de ma mère et de mes tantes et oncle m'ont toujours intriguée. Celui de mon oncle particulièrement qui était le deuxième prénom de son père.

Éleuther (prononcer tère) qui peut aussi s'écrire Éleuthère

C'est un prénom extrêmement rare. Sa meilleure année en 1906, il a été donné à 4 garçons. Et figurez-vous que mon oncle est sans doute un de ces quatre-là.

Cette année-là, le physicien Éleuthère Mascart, titulaire de la chaire de  au Collège de France pendant 35 ans et créateur de l'Ecole Supérieure d'électricité (Supélec) vit l'aboutissement (certes imparfait et provisoire) de l'un des chantiers auxquels il avait pris une part active dès 1881 en tant que secrétaire du premier congrès international des électriciens:

 En 1906 a été créée la « Commission électrotechnique internationale » (CEI) avec une mission spécifique : la normalisation du système de mesures à utiliser pour l’électricité industrielle. Le système MKSA n’a finalement été accepté par le Comité international des poids et mesures qu’en 1946. (source histoire des unités électriques internationales)

Son autre grand œuvre est sa contribution à l'Organisation météorologique internationale en tant que premier directeur du Bureau central météorologique. Dans cette fonction il est à l'origine de l'installation d'une station météorologique au sommet de la Tour Eiffel en 1889.

Qui sait si cet événement d'importance considérable que d'asseoir les fondations d'un système de mesures électriques universel ne fut pas si bien médiatisé qu'il inspira les parents de ces 4 Eleuthère. 

Plus vraisemblable, comme la famille de mon grand-père né vers 1876 avait un estaminet dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le long du métro aérien et à deux pas de Montmartre, son deuxième prénom a sans doute été inspiré par la rue Saint Eleuthère, réunion de deux rues (du Pressoir et Saint Paul) de Montmartre baptisée ainsi en 1869

J'ai trouvé passionnant de la parcourir avec Montmartre secret :

Rue saint-Eleuthère. Montmartre. - Montmartre secret (montmartre-secret.com)


Notez qu'au début du XXe siècle, on ne mélangeait pas les gens de secondes classes avec les classes plus huppées.

Mes furetages sur Internet m'ont réservé une autre surprise de taille, la découverte d'un réseau de renseignement de la Résistance et le triste sort que la Gestapo a fait à ses officiers.

Éleuthère (Résistance) — Wikipédia (wikipedia.org)


et aussi que Eleuthère était le nom d'un lieu-dit en pleine Suisse normande, à proximité de l'Orne où un professeur de philosophie et traducteur y invite au yoga et au chant.


où en clin d'œil aux interrogations et aux soubresauts de notre époque j'y ai lu entre autre ceci :

"Eleuthère est un mot d’origine grecque qui signifie « liberté » et nous entendons par là la liberté du cœur et de l’âme de celle ou de celui qui a, un peu, avancé sur le chemin de l’ouverture ; la liberté de l’homme qui ne s’en laisse pas compter et qui résiste calmement aux opinions courantes, de quelqu’un à qui « on ne la fait pas » et qui n’est pas pour autant un cynique, ni un hédoniste ; la liberté aussi de l’être qui cherche le vrai, qui le cherche, qui y est ouvert et par suite ne saurait prétendre le posséder, mais qui ne se contente pas de la suffisance des sceptiques dogmatiques qui, sous prétexte de « tolérance », prétendent « savoir » que  l’on « ne peut rien savoir » ou que « chacun a sa vérité ». Alibi de l’inertie et du conformisme.

La liberté est aussi la liberté étrange et proche de l’homme qui a rencon­tré l’absolu ou qui l’a entrevu, expérience d’une douceur singulière et quel­que­fois d’une douleur singulière (O llama de amor viva, que tiernamente hieres…).

Et nous n’oublions pas, la liberté politique, qui est selon Montesquieu, « la liberté de faire ce que les lois permettent », et qui ne va donc pas sans un respect intelligent de la loi, sans un véritable « règne de la loi » qui libère bien plus qu’il n’asservit."

... à méditer ...

lundi 26 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : D comme Denis

Quoi ? Encore un prénom masculin ? Oui mais pas que ! Denis est aussi un patronyme qui est devenu célèbre par l'icône de la publicité des années 1970 que j'ai vu maintes fois le long des couloirs du métro ou en bonne page des magazines féminins.



 Mère Denis — Wikipédia (wikipedia.org)

Les lavandières à Port Marly, Camille Pissarro, 1895

Lavandières à Eragny, Camille Pissarro, 1898

Dans ces années-là, si j'ai toujours vu fonctionner la machine à laver chez mes parents, beaucoup de familles n'en avaient pas. Voyez plutôt l'évolution de l'équipement des ménages français dans la décennie précédente.

Source INSEE vie Perses

et parallèlement l'évolution des prix de ces biens


Je n'ai pas eu le temps de chercher des informations concernant les années 1970. Il me semble que l'équipement y a connu une progression importante.
Il faut dire que si presque tout le territoire avait accès à l'électricité, il n'en était pas de même pour l'alimentation en eau courante et ne parlons pas du tout à l'égout.

Dans ces années-là de modernisation à marche forcée, l'électro-ménager améliorait le sort des ménagères, c'est vrai et surtout libérait de la main-d'œuvre féminine pour aller fabriquer à la chaîne tous ces produits "magiques".
Remarquez que la télévision est entrée beaucoup plus tôt dans la plupart des foyers.

Dans ces années-là, qui succédaient ou accompagnaient le remembrement, peu de décideurs s'inquiétaient des conséquences de la suppression des haies ou de la généralisation des monocultures. On en était pas encore à l'hyperconcentration des exploitations agricoles mais déjà les algues vertes proliféraient sur certaines côtes du nord de la Bretagne et les épandages de lisier empestaient régulièrement pendant que les usines à cochons s'y implantaient. Le bon lait de la ferme d'à côté devenait un souvenir au goût aigre de celui des vaches nourries par des ensilages de nouveautés plutôt que de paître dans les prés comme naguère.
Malgré les sonnettes d'alarme de savants compétents et soucieux de ce qu'on appelait alors les paysages plutôt que l'environnement ou la biodiversité, malgré les réflexions soumises à dissertation sur le sens (dans tous les sens) du "progrès", ce qui se jouait alors était l'accélération de la nuisance collective de l'humanité. 

Printemps silencieux, de la biologiste américaine Rachel Carson, 1962 a été traduit et édité en français chez Plon en 1968.


vendredi 23 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : C comme Corentin

Plus précisément comme Corentin Celton, condamné à mort et fusillé au Mont-Valérien, le 29 décembre 1943. Dans sa dernière lettre, il écrivit : 

« Je tiens à vous dire au moment où je vais mourir que j’ai lutté pour un monde meilleur, ce qui reste ma fierté au moment où je vais payer de ma vie mon attachement à mon idéal politique. [...] Il me coût[e] peu de mourir puisque j’ai la certitude que la France vivra. »

source Le Maitron, Celton Corentin 


D'accord, c'est encore un prénom masculin. Qui a été un temps à la mode il me semble, ou bien l'ai-je rêvé ? Non, je n'ai pas rêvé, il a été relativement fréquent dans les années 1990. source Prénom Corentin : signification, origine, fête (journaldesfemmes.fr)

Pour une fois, il est tentant de corréler cette popularité avec la diffusion d'un dessin animé, Les voyages de Corentin,  tiré du Corentin en bandes dessinés de Paul Cuvelier, un jeune héros qui s'embarque clandestinement comme marin pour aller aux Indes.

Même si Corentin est dans la tradition bretonne l'un des 7 saints fondateurs de la Bretagne et le fondateur et premier évêque de Quimper, ce n'est pas celui-ci qui m'a soufflé le choix de ce prénom.

Avant d'être une personne, Corentin Celton est dans mon souvenir une station de métro découverte dans les années 1975 à l'occasion d'un stage à Issy-les-Moulineaux pour prendre en mains les ordinateurs de bureau Olivetti, P603pour les traitements comptables et sa première machine à traitement de texte. Plus tard, ce fut un hôpital dont une partie est dédiée aux moyens et longs séjours en gériatrie et où un été j'y ai visité pendant un temps une tante qui y était hospitalisée. Je me souviens que dans un salon commun il y avait un piano ... désaccordé.

La tête et le cœur plein d'autres soucis, je n'avais pas à l'époque cherché à en savoir plus sur ce Corentin Celton. Né avec le XXe siècle (1901), marin-pêcheur après avoir obtenu son certificat d'études à 12 ans, il monte à Paris après son service militaire où il se fait embaucher comme garçon de salle à l'hôpital Saint-Antoine tandis qu'il devient militant communiste et syndical. A 25 ans il obtient son diplôme professionnel de préposé. Affecté à la maison de retraite des Petits Ménages à Issy-les-Moulineaux, il obtient un congé syndical jusqu'en 1939 où il est mobilisé comme infirmier. Réintégré à l'hospice des Petits Ménages à sa démobilisation, il est interdit d'exercé pour appartenance au Parti Communiste. Il entre alors en clandestinité dans la résistance qui le conduira à être arrêté, emprisonné et finalement fusillé par la Gestapo à Suresnes.

Un décret de février 1945 donne son nom à la maison de retraite des Petits-Ménages qui deviendra Hôpital Corentin Celton et à la station de métro qui la dessert.

Un parcours de vie comme le vingtième siècle, l'école publique et l'école de la vie en a produit, en contradiction ou en exceptions aux thèses développées par Pierre Bourdieu dans Les héritiers et avec Jean-Louis Passeron dans La reproduction.

J'aurais pu aussi parler du Corentin, un lougre, voilier trois-mât de cabotage du XIXe siècle, reconstruit d'après les plans d'un chasse-marée de 1840 en 1990-91.

au port de Concarneau en octobre 2009
cliché de Raphodon — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

fêtes maritimes de Brest 2008
cliché de Matilinandall - Travail personnel, CC BY-SA 3.0

mercredi 21 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : B comme Bernard

"Le genre humain, qui devrait avoir six mille ans de sagesse, retombe en enfance à chaque nouvelle génération."
Tristan Bernard, 1866 - 1947, romancier et dramaturge français

Oui, Bernard c'est aussi un nom de famille et ce romancier et dramaturge aux œuvres il faut l'avouer assez oubliées reste célèbre par ces petites phrases et sa suite aux stances de Corneille mis en musique par Brassens. (Marquise ...) 
Mais ce n'est pas lui que je souhaite évoquer ici. Le temps de l'Histoire s'accélère singulièrement même si depuis le début de 2020, il nous a aussi réduit à l'immobilité. Ce n'est plus seulement à chaque nouvelle génération que ... L'amnésie collective frappe en quelques années, voire quelques mois, voire quelques jours.

Calligramme de Guillaume Apollinaire écrit sur le front pendant la première guerre mondiale


Dans l'après-midi de cette journée tragique du mercredi 7 janvier 2015, je mettais en ligne sur mon premier et unique blog d'alors le billet Au rire assassiné ! Ce n'était que le début de 3 jours de sidération et de courage.

A la suite du calligramme de Guillaume Apollinaire, je citais Bernard Maris citant Albert Camus :

A deux hommes vivant le même nombre d'années, le monde fournit toujours la même somme d'expériences. C'est à nous d'en être conscients. Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c'est vivre et le plus possible. Là où la lucidité règne, l'échelle des valeurs devient inutile. Soyons encore plus simplistes. Disons que le seul obstacle, le seul "manque à gagner", est constitué par la mort prématurée. L'univers suggéré ici ne vit que par opposition à cette constante exception qu'est la mort. C'est ainsi qu'aucune profondeur, aucune émotion, aucune passion et aucun sacrifice ne pourraient rendre égales aux yeux de l'homme absurde (même s'il le souhaitait) une vie consciente de quarante ans et une lucidité étendue sur soixante ans.

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, 1985

 

Cité par Bernard Marris, Antimanuel d'économie, 2 Les cigales, Editions Bréal, 2006, p 33

premier des textes choisis de l'Introduction, L'Espérance de vie

Au soir du dimanche suivant et après de nombreuses manifestations les 10 et 11 janvier dans toute la France dont une gigantesque "marche républicaine" de un million et demi de personnes menée à Paris par le chef de l'Etat français accompagné de nombreux représentants de pays, je mettais un nouveau billet en ligne pour partager ce que Bernard Maris écrivait de "La fin de l'histoire" avec son sens aigu de la dérision autant que de la pensée fouillée et réfléchie :

"La fin de l'histoire"

(avec un h minuscule, note personnelle)

 

Albert Camus, qui ne dédaignait aucun jour de la vie et ne méprisait aucune de ses souffrances, fit remarquer (après tant d'autres) que nous ne vivons pas pour ce jour, mais pour demain : demain quand je serai libre, riche, grand, guéri, de retour, etc. Or demain, c'est la mort. Le mur final contre lequel se brisera notre misérable petit tas de secrets. Un raisonnement backward induction (en note de bas de page "rétroactif" : raisonnement très utilisé en théorie des jeux) dont le point de départ serait le moment fatal, devrait nous conduire à reconnaître l'absurdité du moment présent et nous en libérer, à la manière des Cyniques ("Que risques-tu ? Mourir ? Alors tu ne risques rien") ou, tout au contraire, nous inciter à vivre intensément le moment présent, comme s'il devait se répéter une infinité de fois. C'est l'image opposée du Cynique : le fou de vie, le romantique nietzschéen. L'existence de la mort ne résout absolument rien : toute attitude est justifiable par la conscience de la mort, y compris celle du contemplatif ou du styliste, qui est de ne pas bouger en l'attendant. "A quoi te sert-il d'apprendre cet air de musique avant de mourir ?" Socrate, peu avant de boire la ciguë, répond "A l'apprendre avant de mourir" ...

 

Bernard Maris, Antimanuel d'économie, 2 Les cigales, éditions Bréal 2008,

INTRODUCTION (sous-titre L'espérance de vie), p 26-27

Je prolongeais cette longue citation par mes propres réflexions  et une illustration pour Le mythe de Sisyphe :

"Ce soir de dimanche (11 janvier 2015, précision du 21 juillet 2021), après ce rassemblement de Paris inédit, je me pénètre des mots de ce texte dont le sens m'apparaît, au regard des événements de cette semaine, multiple et de plus en plus. 

Aujourd'hui, je me demande qui a vécu intensément le moment présent et qui s'est projeté dans les jours d'avant ou dans les jours et les mois d'après.

Aujourd'hui, je me demande quelle ont été les dernières pensées de Maris et ses collèges et amis juste avant "le moment fatal" ? S'ils ont seulement eu conscience de ce qui arrivait.

Aujourd'hui, je me demande comment et si l'on peut seulement inscrire de tels actes terroristes dans cette réflexion sur la vie la mort le temps. En ce qui concerne les tueurs.

Aujourd'hui, je veux seulement m'émerveiller de cette formidable force de vie qui a animé tant de monde."

Aujourd'hui 19 juillet 2021 et tout ce qui a été vécu depuis en France et dans le monde entier, ces textes et mes réflexions prennent une toute autre dimension et s'apparentent à une mise en abîme.

Samedi dernier, dans toute la France, des groupes d'à peine un millier de personnes la plupart du temps, souvent moins encore, défilaient en brandissant des slogans nauséabonds se revendiquant d'une liberté qu'ils ont souillé et défiguré. Y a-t-il eu beaucoup de cris d'indignation tels ceux de ce rescapé du Vel'Hiv ?

 Alors même que les contaminations au Covid-19 repartent à la hausse un peu partout dans le monde et que la France est un rare pays ou la vaccination et les tests sont gratuits (du moins pris en charge par l'Etat). 

Alors même qu'en Belgique et surtout en Allemagne, on pleure les morts des dernières inondations soudaines (31 en Belgique, 165 en Allemagne le 19/7/21), qu'on continue à chercher les disparus (plus d'une centaine en Belgique, ? en Allemagne), que des milliers de personnes ont dû tout quitter en catastrophe et se retrouvent sans logement et sans rien. Alors que la solidarité s'organise. Alors qu'un deuil national en Belgique est décidé le 20 juillet.

Alors que le nombre des noyés de la Méditerranée ne cesse de s'alourdir (au moins 1 146 au premier semestre 2021, ONU Info, 1er semestre 2021 14 juillet 2021 ; au moins 20 000 depuis 2014, ONU Info, 6 mars 2020)

Alors que la pandémie de Covid19 a déjà fait au moins 4 millions de morts dans le monde dont plus de 100 000 en France, plus de 90 000 en Allemagne et ~25 000 en Belgique, ce qui, au regard de notre liberté de vivre, vaut bien quelques précautions. (source CovInfo)

Contrairement à Axel, Bernard est un prénom porté par de nombreuses célébrités que je connais et que j'apprécie plus ou moins ou pas du tout.

Plions-nous pour une fois au jeu de ses racines. Le prénom Bernard viendrait de l'allemand et signifie ours (Berin) courageux, responsable (hardt). Sa plus forte popularité concerne les années 1946 à 1952 après avoir connu une croissance régulière depuis le début du vingtième siècle mis à part le déficit des naissances de la première guerre mondiale. (renseignements pris dans le Journal des femmes, prénom Bernard). Il m'apparait comme un pied de nez à l'Histoire (avec un grand H) que ce pic de popularité pour un prénom d'origine allemande arrive juste à la fin de la seconde guerre mondiale.

Celui dont je voulais honorer la mémoire est singulièrement absent des listes de célébrités. Demande de sa famille ? autre raison ?

Bernard Maris est né en 1946 et a été lâchement assassiné le 7 janvier 2015. Je lui rendais hommage ainsi à la suite de l'extrait du Mythe de Sisyphe :

"Je ne sais pas si j'ai réussi à transmettre à certains de mes élèves mon enthousiasme envers tes textes sur l'économie, bien avant la publication de ces antimanuels.

 

Tes interventions sur France Inter me manquaient déjà depuis la rentrée de septembre car le vendredi matin tu y parlais trop tôt et maintenant il n'y a plus de possibilité d'un retour

Tu vas nous manquer Oncle Bernard !

 

Toi qui achevait le premier tome de ton antimanuel ainsi :

 

La gratuité et la solidarité laissent augurer ce que pourra être la société de demain, lorsque le problème économique aura disparu. Il se peut que l'idéologie économique règne jusqu'à la fin des temps : Orwell, Huxley ont raconté la fin de l'histoire et l'éternité de l'horreur économique bien avant Fukuyama.

Mais faisons un rêve : lorsque l'économie et les économistes auront disparu, ou du moins auront rejoint l'"arrière-plan", auront aussi disparu le travail sans fin, la servitude volontaire et l'exploitation des humains. Règneront alors l'art, le temps choisi, la liberté. Qui rêvait ainsi ? Keynes, le plus grand des économistes.

Bernard Marris, Antimanuel d'économie, 1 Les fourmis, Editions Bréal, 2003, p 150

 

A tes frères de rire de Charlie Hebdo, dont Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, au cinq autres dont on ne connait pas les noms, aux deux policiers qui ont payé de leur vie la mission de vous protéger.

 

En des temps plus légers, nous aurions pu voir en ce premier jour des soldes quelque chose comme cela :

"

Keynes et les amateurs de luxe ou de soldes n'ont pas anticipé le dérèglement climatique (mais pas que) que les humains infligent à la planète qui les héberge.

mercredi 14 juillet 2021

Mes prénoms de l'été : A comme Axel

 Bigornette proposait que l'on produise un petit billet décalé avec animaux je crois sur un prénom rare et ou insolite.

Ici l'occasion m'est donnée au contraire de faire une pose sur une mise en lumière.

Axel, j'en connais deux. Bien sûr pas personnellement. L'un est homme politique français, une tradition familiale et d'une lignée princière polonaise, actuellement député et longtemps député maire*.

Ici, j'évoquerai l'autre, celui qui disait récemment sur ma radio préférée, "j'ai été intensément heureux".

J'ai fait une collection de liens sur ce médecin et généticien à "l'intelligence lumineuse" :

Hommage à Axel Kahn, un homme "intensément heureux"

“Tant de raisons de s’apitoyer ! : ...  etc. Alors, s’apitoyer sur soi m’apparaît médiocre et lâche.”
 alors, j’espère que jamais vous ne vous accoutumerez à ce qui vous apitoie, ...


* Axel Poniatowski, 1951 - ,