Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 29 avril 2021

Le cygne, de Sully-Prud'homme

 Jazzy à la manœuvre du défi n°250 des CROQUEURS DE MOTS, affolée de la disparition des couleurs, œuvre de l'infernal croquecolori, nous invite à retrouver en poésie au moins deux couleurs :

Pour le jeudi poésie du 29 avril le blanc.
Pour le jeudi poésie du  6 mai  les couleurs ensemble ou une en particulier.

Choix difficile car les couleurs sont très souvent sollicitées dans les mots de mon blog.

Si je choisis ce poème, c'est pour la grâce du cygne blanc, parce que j'aime beaucoup ce poète moins médiatisé que d'autres et qu'il n'avait guère été visité et/ou commenté lorsque je l'avais mis en ligne en novembre 2017.

Et parce que pour les jeudis poésie, je privilégie le partage de poème plutôt que de mettre en ligne l'un des miens (j'aurais pu rééditer Jardin invisible).

Dans un tout autre style et thème, j'aime bien aussi Le cahier, de Maurice Carême, et les effets de mots tracés par la lune ...

Le cygne

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d'ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d'une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu'il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l'azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu'il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l'eau ne se distinguent plus,
A l'heure où toute forme est un spectre confus,
Où l'horizon brunit, rayé d'un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L'oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d'une nuit lactée et violette,
Comme un vase d'argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments.

René-François SULLYPRUDHOMME, Les solitudes, 1867


SULLY PRUDHOMME, poète et écrivain français, 1839 - 1907

au bord de la Seine à Vernon

Villarceaux, château du bas

mercredi 28 avril 2021

Provence, c'est une pro

Provence
c'était la pro
du jardinage
quand plus jeune
voulant m'imiter
elle mettait
la pagaille
et déterrait les bulbes
de mes platebandes.

Provence
devenue plus sage
du fait de son grand âge
ne fait plus de trous au jardin.
Elle est maintenant la pro
de la sieste
près du radiateur
ou couchée dans l'herbe.

N'allez pas croire étourneaux
que vous pouvez la narguer
en picorant au voisinage !
Elle part à fond de train
en vraie pro de la chasse
et s'empresse de vous disperser.


Retrouvez sur son blog la liste des prénoms chez Jill Bill
et peut-être, les liens du rassemblement si Jill Bill le peut. On ne t'en voudra pas si tu ne fais pas ce suivi. Priorité à ta santé !
J'essaierai de tenir à peu près à jour Mes prénoms saison 12

Mes prénoms du mercredi saison1 dansaient à la guinguette de la Récréa-bigornette,
et ceux de La cour de récré de JB avec mes participations aux Prénoms du mercredi :
saison 2 ; saison 3 ; saison 4 ; saison 5 ; saison 6 ; saison 7 ; saison 8 ; saison 9 ; saison 10 ; saison 11

Si vous voulez connaître la genèse de cette aventure ludique, Bigornette, Présidente d'honneur de La cour de récré de JB pour avoir créé les prénoms du mercredi, s'en expliquait ICI.



lundi 26 avril 2021

Oyez, oyez CROQUEURS DE MOTS, c'est par ici, chez Jazzy

 Ca y est, elle a mis en ligne les consignes du défi n°250 des CROQUEURS DE MOTS.

Qui ça ? mais Jazzy bien sûr. 

Alors courez-y vite découvrir sa feuille de route pour nos prochaines étapes

 et belle quinzaine à toutes et à tous.

La vieille lisant

  Pour une nouvelle page de l'Herbier de poésie

La vieille femme lisant

Au lieu de laisser maturer mon cerveau vacant,
la vieille que je suis, toujours à procrastiner
a passé la journée d'hier plongée dans la lecture
d'un trop captivant polar.

Ce matin bien décidée à laisser venir les mots
sur ce visage austère et sans âge
trop sérieux, trop droit sur sa page,
je ne sais quoi me chiffonnait.

Ce matin la solution m'est arrivée d'un cliché
ainsi commenté :
"Café, puis lecture ...
terrasse (pouce en l'air en émoticône)."
Un seul dessin pour traduire juste.
les sensations les sentiments,
Tant d'émotions que mille mots ne peuvent dire.
Joie, plénitude, sérénité ; intérêt à jardiner sa pensée,
à confronter celle d'un autre.

La vieille que je suis a souri
imaginant l'amie savourant la douceur de l'air
pour lire sur son balcon.
Imaginant sa moue,
agréant ou pas de se dire vieille comme moi.

Sur la couverture de sa lecture : "J'assume".

La vieille que je suis a encore souri.
Amusement ou soulagement ?
Personne hier pour voir ma tête
sourcils froncés, lèvres serrées, neurones concentrés.

J'assume,
comme sous le regard du peintre
de donner à voir, juste à mon miroir,
le visage peu amène d'une vieille toute à sa lecture,
oublieuse de tout le reste.

Lire, plonger dans un autre monde
franchir l'espace-temps d'une autre dimension
et se relier à son monde intérieur.

Tant pis si rien ne passe
sur le visage austère de la vieille.
©Jeanne Fadosi, vendredi 23 avril 2021
à découvrir à partir de lundi
avec les autres brins sur la page 176 de l'Herbier

Rembrandt, an Old Woman reading, 1655

Adamante nous conduit aussi vers

D’autres vieilles femmes lisant, par d’autres peintres :

http://micabrac.eklablog.com/les-vieilles-dames-lisant-peintures-c30199064


jeudi 22 avril 2021

Au bout de l'ascension

Laura, à la manœuvre pour le défi n°249 (et non 149 comme sur son site) des CROQUEURS DE MOTS nous demande pour le jeudi poésie du 22 avril qu'il soit question d'ascension, religieuse ou non.

J'ai initialement pensé rééditer le texte Papotages écrit en 2019 au lendemain d'un retour embouteillé un dimanche de week-end d'ascension. Il me semblait être un bon prolongement du jeu d'écriture du Nid des mots de samedi : "Quand on parle bien, on oublie les choses simples". Finalement, je vous propose plutôt deux Hai bun pour deux ascensions, l'une en mer dans les huniers, l'autre en montagne.

Dans les huniers

Il était un grand navire 

Ce soir-là était doublement un grand soir pour le moussaillon. Il venait de franchir pour la première fois la ligne invisible de l'équateur, le jour même de ses douze ans. Selon la tradition, les marins lui offriraient sa première pinte d'alcool fort et il monterait tout en haut du grand mât.


La mer démontée
se soulevait en montagnes
dans les rugissants.

Depuis qu'il avait embarqué, il s'y était accoutumé mais la tempête était si rude que l'ordinaire de son dîner avait fini par nourrir les poissons par-dessus le bastingage. après le déchaînement des vagues, le breuvage acheva de lui mettre la tête à l'envers. Mille fois il manqua de dévisser du mât avant d'atteindre la hune. Mille fois il dérapa encore en allant toujours plus haut.


Dans la nuit opaque
une nef illuminée
semblait le narguer

"Le Hollandais volant" cria la petite voix étranglée du sommet de la grand voile. En ces temps d'ignorance et de rites païens, la première cuite faisait l'homme. Le cri était parole d'homme, reprise par tout l'équipage. Nul doute que la forme mousseuse trouant la nuit ne pouvait être que le vaisseau fantôme. Les marins en convainquirent jusqu'au capitaine et son illustre passager.


D'un vaisseau d'écume
qui dansait dans les éclairs
surgit la légende.

The Flying Dutchman, de Charles Temple Dix, vers 1860

Dans la montagne :

Le chalet sur la montagne

Sur les bancs de l'école, au temps de l'insouciance et des grandes espérances, ils avaient fait un pacte.

Ils l'avaient rêvé
leur cabane du bout du monde
pendant tant d'années.

Au temps des fenaisons, ils allaient aider aux foins, main d'oeuvre docile oubliant l'école et ses leçons. A flanc de montagne ils partaient en escapade pendant que les grands se reposaient.

Ils l'avaient trouvé
disparaissant sous les herbes
désarticulée.

Au fil des étés, elle a abrité leur amour candide d'enfants, leurs émois adolescents, pendant que les grands négociaient des alliances.

Ils l'ont rebâtie,
clou après clou, planche à planche
pour y habiter.

Les anciens se moquaient d'eux. On disait "les amoureux". Ils protégeaient leur secret. Longtemps ils ont hésité à son nom, "Paradis" ou "Ça m'suffit"

Ils l'ont enrichi
de dentelles de papier,
des rires des enfants,

Des arpents à cultiver,
leur entente indestructible.

Rudolf von Alt‎Le Dachstein dans le Salzkammergut‎ détail, 1840

mercredi 21 avril 2021

Volkan(s) planplan

 Volkan(s) plan plan

Devenus vieux avec l'âge,
ils étaient presque trop sages
tels le bon Rantanplan
quoiqu'à l'esprit bien plus vaillant.

S'il se nommait en vrai Virus
son maître ne devenant pas Crésus
et toujours dans le besoin
l'avait laissé à mes bons soins.

"Volkan" le chien a tiré sa révérence
fin 2019 au terme d'une existence
tranquille dans ses dernières années.
Pour les autres je n'ose imaginer.

Dès le début je l'ai très souvent eu
avec quelques déconvenues
un chat actif comme un volcan.

Le chat Titof je l'ai eu à demeure
pour incompatibilité d'humeur**
avec le chien d'un proprio
qui l'accueillit brièvement dans son studio.

Le chat "Volkan" devenu raplapla
après avoir tant fait la java,
il y a deux mois, l'a rejoint au firmament
à la veille de ses dix-neuf ans.

Aujourd'hui je suis allégée
de ces charges non désirées
qui aliénaient mon existence
mais triste de leur absence.

En ces temps de confinement
où le temps s'étire sans présent
j'apprécie la douce compagnie
de la chienne toujours en vie.

** Je n'ai pas voulu hériter du rat car il y avait aussi un rat en cage, c'était à l'époque la grande mode 




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lundi 19 avril 2021

Défi n°249 : Lundi c'est férié

 Pour le défi n°249 des CROQUEURS DE MOTS Laura nous demande ceci :

Pour le lundi 19 avril , c'est un jour férié qui sera à l'honneur comme le lundi de PAQUES( jour où j'écris ce défi) ou celui de PENTECOTE (à venir). Je ne veux pas entendre parler de PAQUES  ou de PENTECOTE mais de ce qu'on fait de ces lundis fériés qui ne sont pas des jours de fête religieuse ou de commémoration laïque, mais des jours où beaucoup de français ne travaillent pas.

Etrange question ! J'ai le vague souvenir d'un retour de week-end en 1960 et des embouteillages gigantesques en revenant de La Charité sur Loire par la Nationale 7 et des routes secondaires tout aussi encombrées. Un temps où l'autoroute du Sud qui ne s'appelait pas encore l'autoroute du soleil venait tout juste d'être inaugurée. A  l'aller, elle nous avait propulsé royalement à 30 kilomètres au sud de Paris et comme nous étions partis après tout le monde, je ne me souviens pas de difficultés particulières. Pour le retour, c'était une autre paire de manches. Mon cousin conduisait la DS empruntée à tante Marie. Même si ce n'était pas aussi bien balisé que par la suite, il y avait déjà des itinéraires de délestage. Mais comme tout le monde se retrouvait dans des petites rues de petits villages sans déviation la plupart du temps, vous imaginez ! 

J'imagine que tous ceux qui sont partis pour la fin de semaine à la mer ou à la campagne, en famille ou dans leur résidence secondaire, se retrouvent à patienter aux barrières de péage quand ce n'était tout au long du trajet de retour.

D'autres, plus qu'on ne le pense, travaillent. Les personnes chargées d'accueillir les visiteurs, ceux chargés de les transporter. Ceux chargés de les secourir. C'est un des retours les plus accidentogènes de l'année avec les autres grands week-ends comme celui de la Pentecôte. 

Cette mère séparée attendra avec inquiétude le retour de ses enfants confiés à leur père-enfant pour la fin de semaine et "profite" de son temps pour faire du grand ménage ou la lessive en retard ou faire avancer dans le calme les dossiers de son travail.

Ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un emploi du temps rythmé par le travail feront selon leur habitude. Rien ou en décalé. Un lundi férié ne signifie pas grand chose pour ceux-là.

Combien enfin, tel Alexandre le Bienheureux, osent s'offrir le luxe presque gratuit d'un journée de farniente à défaut de n'y mettre point de limite ?


Charles Trenet, Nationale 7

samedi 17 avril 2021

choses simples et parler bien

 Le thème d'avril du nid des mots a agité mes neurones comme c'est pas permis !

Entre le maintien ou non du grand oral* qui doit couronner la réforme du baccalauréat et l'impossibilité de nos dirigeants, à qui on demande beaucoup plus en ce moment qu'en d'autres temps pourtant déjà bien agités, de répondre simplement "je ne sais pas" à une question, mais saurions-nous entendre et accepter une telle réponse ? Entre la contrainte d'un silence obligé quand la maison refuge est vide et la difficulté de plus en plus grande de discuter, controverser même, sans crispation et sans verser dans l'anathème ou l'incompréhension, parler ou plutôt se parler devient un exercice périlleux.

Le malentendu ne date pas d'hier. L'art oratoire non plus qui était le principal enseignement des princes avec celui du combat.

Pour vous dire la vérité, hier, alors que j'avais avisé ABC que j'aurais bien un texte, 

La phrase pour demain 17 avril m'interroge et même si je ne sais pas encore comment mes mots vont lui tricoter un vêtement, j'en ferai bien un texte à voir ici :

j'ai ramé une partie de la matinée et jusqu'à tard en soirée de ce vendredi. J'ai abandonné en cours de route des mots et des mots ...

Parmi les pistes, j'étais tentée d'évoquer les clochards philosophes Carmen et La Hurlette (Jeanne Sourza et Raymond Souplex) dans leurs non mois célèbres quetsches de 3 minutes tous les midi Sur le banc.

Après la noce, extrait du film

le pigeon

L'idée m'avait aussi titillé d'épingler les jargons professionnels et administratifs mais je n'avais pas donné suite. Tout à l'heure, j'ai fait la requête :
"dire apprendre à nager en langage éducation nationale"

La première proposition du moteur de recherche m'a "déçue" ou réconfortée.
C'était un extrait du BO du 11 novembre 2010 (bulletin officiel de l'Education nationale , de la jeunesse et des sports) qui avait pour titre basique "natation" et qui commence par "apprendre à nager à tous les élèves est une priorité nationale". Déçue parce que je n'y ai pas trouvé les phrases jargonneuses que j'avais si souvent entendues dans les conversations sur le mode de la raillerie, réconfortée d'y trouver des explications claires et précises.

En deuxième occurrence, un reportage de France Info du 15 avril 2019  : apprendre à nager dès la maternelle pour éviter les noyades. Une expérimentation intéressante et un affichage à une époque où l'on ferme de plus en plus de piscines vieillissantes (à juste titre pour des raison de sécurité, certaines datent des années 1960-70) mais sans les remplacer.

C'est en troisième occurrence que j'ai trouvé sans trop y croire ce que je cherchais :
Les perles du jargon de l'Education Nationale sur le site Les petits frenchies au nom et au logo cocorico. Et comme j'ai encore creusé, il s'agit d'une startup conso et d'un webzine (comprenez webmagazine) dédié à la consommation et aux publireportages. A vous de relativiser la véracité de ses posts.

Ce qui m'a incité à fouiner le net encore à la recherche d'autres sources causant par exemple de "la maîtrise du geste graphomoteur" et franchement je n'ai eu aucune occurrence sérieuse et beaucoup d'articles de presse sur le mode rigolade dont celui de Ouest-France du 28 août 2016 Maitrisez-vous le geste graphomoteur ?

Dans quelques années, il faudra sans doute créer un conservatoire de l'art d'écrire à la main.

Savez-vous que l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert, un tome est consacré à l'écriture ?

et que dans cette notice, les hommes et les femmes n'écrivent pas avec la même posture ?

Comme un dessin vaut souvent qu'un long discours :


Pour terminer sur les choses simples et le bien parler, en paniquant au sujet d'un texte à écrire sur l'ascension pour le jeudi  du défi des CROQUEURS DE MOTS, j'ai demandé à mon blog si j'avais déjà écrit le mot ascension et il m'a rappelé à la mémoire celui-ci pourtant récent que je vais rééditer. et tant pis si ce n'est pas un poème mais un texte en prose ;

Non parce qu'il parle d'ascension mais parce qu'il prolonge de façon éloquente le thème du nid des mots.



* Le grand oral est me semble-t-il une bonne idée dans son principe. Pour ce qui sera de sa mise en musique, j'aurais beaucoup à en dire à l'expérience d'autres bonnes idées travesties dans l'histoire de l'école.

Les choses simples

Pour le nid des mots de ABC

 Prochain thème à publier le samedi 17 avril sur vos blogs :
"Quand on parle bien, on oublie les choses simples"

pour Le nid des mots de abécé

Parler ... mais à qui ? Et pour quoi dire ?
"Il a encore gelé ce matin ?" "Il n'y a vraiment plus de saison ? "
Un texto
"bonjour je vous souhaite une bonne journée."
"J'espère que vous allez bien"
"Oui tout va bien. Et toi ?"
"Moi pareille."

Tout va bien ? vraiment ?

Parler bien ... Un siècle de prononciation pour redresser les accents. 
Un siècle de dictées pour corriger les fautes d'orthographe.
Un siècle d'interdiction des langues ou des patois régionaux à l'école et ailleurs. Et comment dire à la grand-mère bretonne qui ne causait pas le français ?
Parler bien, surtout écrire.
A l'école on faisait silence.
A la maison souvent aussi. 
Je suis d'un pays de taiseux, d'une famille de taiseux. 
On se disait "je t'aime" dans les sourires silencieux, dans les rides au coin des yeux.

Promener le chien dans les chemins creux d'avant le remembrement. Cueillir des coucous, dénicher des morilles. Apprécier les promenades familiales et enfin profiter de papa à la retraite. Le regarder planter les pieds de salade ou désépaissir les carottes qui levaient. Des heures dans le silence à s'emplir des gestes patients et hasardeux de l'humble jardinier. 

Et puis parler, beaucoup, de tout et de rien, des grandes questions, questionner l'enfance, la vie d'avant ma naissance, l'entendre raconter encore et encore.

Aider à la préparation des légumes pour les repas ou à la vaisselle. Ecouter encore et encore maman raconter son enfance, sa jeunesse parisiennes, sa vie de mère et nouvelle rurale, celle de tante Marcelle.
Les mille et une anecdotes drôles ou tragiques. Sa mère, partie bien trop tôt.

Dans les prés parler fort pour se faire entendre de loin. Murmurer le long de la rivière pour ne pas réveiller les poissons. Rire à un petit gros mot qui nous paraissait transgression immense.

Parler, parler bien 
Parler haut et parler loin
Entends-tu l'écho ?

Se délecter des choses simples.


jeudi 15 avril 2021

La grasse matinée, de Jacques Prévert

Laura, à la manœuvre pour le défi n°249 (et non 149 comme sur son site) des CROQUEURS DE MOTS nous demande pour le jeudi poésie du 15 avril qu'il soit question de Pâques tout juste passé. Puis pour le défi du lundi 19 avril de raconter sans parler ni de Pâques, ni de la Pentecôte, ce que font des gens un lundi férié et enfin pour le jeudi suivant 22 avril qu'il soit question d'ascension religieuse ou pas. Ouf !

Vous le savez le jeudi je privilégie le partage de poésies choisies à l'exercice d'écriture mais le sujet m'inspirait des réserves sur la possibilité de trouver un poème qui sorte des connotations obligatoirement religieuses ou qui soient des comptines pleines de confiseries. J'ai donc retroussé mes manches pour puiser dans les archives de mon blog initial. J'ai même découvert que je pouvais sans trop d'efforts en faire une sorte de haibun. Vous le trouverez à Des cloches et des œufs.

Entre temps le Web m'a fait connaître Œufs de Pâques, ce poème de Marcel Pagnol que vous connaissez déjà sans doute.

Il m'a rappelé le bruit de l'œuf dur, terrible dans la tête de l'homme qui a faim, tel que le disait Jacques Prévert et le chantait Mouloudji sur la musique de Joseph Kosma


 En 3000 avant JC des fouilles ont permis de mettre en évidence que aux alentours de nos Pâques actuelles il était de coutume d'offrir des œufs, l'œuf symbole de promesse de vie.


La grasse matinée
 
Il est terrible
Le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
Il est terrible ce bruit
Quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
Elle est terrible aussi dans la tête de l'homme
La tête de l'homme qui a faim
Quand il se regarde à six heures du matin
Dans la glace du grand magasin
Une tête couleur de poussière
Ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
Dans la vitrine de chez Potin
Il s'en fout de sa tête l'homme
Il n'y pense pas
Il songe
Il imagine une autre tête
Une tête de veau par exemple
Avec une sauce de vinaigre
Ou une tête de n'importe quoi qui se mange
Et il remue doucement la mâchoire
Doucement
Et il grince des dents doucement
Car le monde se paye sa tête
Et il ne peut rien contre ce monde
Et il compte sur ses doigts un deux trois
Un deux trois
Cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
Et il a beau se répéter depuis trois jours
Ca ne peut pas durer
Ca dure
Trois jours
Trois nuits
Sans manger
Et derrière ces vitres
Ces pâtés ces bouteilles ces conserves
Poissons morts protégés par les boîtes
Boîtes protégées par les vitres
Vitres protégées par les flics
Flics protégés par la crainte
Que de barricades pour six malheureuses sardines..
Un peu plus loin le bistrot
Café-crème et croissants chauds
L'homme titube
Et dans l'intérieur de sa tête
Un brouillard de mots
Un brouillard de mots
Sardines à manger
Œuf dur café-crème
Café arrosé rhum
Café-crème
Café-crème
Café-crime arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
L'assassin le vagabond lui a volé
Deux francs
Soit un café arrosé
Zéro franc soixante-dix
Deux tartines beurrées
Et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
 
Jacques Prévert, Paroles, 1946

Jacques Prévert, poète et scénariste français, 1900 - 1977
Joseph Kosma, compositeur français d'origine hongroise, 1905 - 1969

L'écouter chanté par Marianne Oswald ou Mouloudji (là je vais ressortir la platine pour écouter un vynile qui a vu bien des fois l'aiguille du tourne-disques ...



Œufs de Pâques, de Marcel Pagnol

Laura à la manœuvre pour le défi n°249 (et non 149 comme sur son site) des CROQUEURS DE MOTS nous demande pour le jeudi poésie du 15 avril qu'il soit question de Pâques tout juste passé. Puis pour le défi du lundi 19 avril de raconter sans parler ni de Pâques, ni de la Pentecôte, ce que font des gens un lundi férié et enfin pour le jeudi suivant 22 avril qu'il soit question d'ascension religieuse ou pas. Ouf !

Vous le savez le jeudi je privilégie le partage de poésies choisies à l'exercice d'écriture mais le sujet m'inspirait des réserves sur la possibilité de trouver un poème qui sorte des connotations obligatoirement religieuses ou qui soient des comptines pleines de confiseries. J'ai donc retroussé mes manches pour puiser dans les archives de mon blog initial. J'ai même découvert que je pouvais sans trop d'efforts en faire une sorte de Hai bun. Vous le trouverez à Des cloches et des œufs.

Entre temps le Web m'a fait connaître ce poème de Marcel Pagnol qui m'a bien plu.

Il m'a rappelé le bruit de l'œuf dur, terrible dans la tête de l'homme qui a faim, tel que le disait Jacques Prévert dans La grasse matinée et le chantait Mouloudji sur la musique de Joseph Kosma

Œufs de Pâques*

Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s’arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.

Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d’avril, leurs voisins.

Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l’on voit, à côté,
D’autres, montrant sur leurs flancs sombres
De chocolat brillant dans l’ombre,
De tout petits anges sculptés.

Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu’il serait facile
D’en croquer plus d’un à la fois ;
Et d’autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S’étalent comme des bourgeois.

Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux
L’estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l’œil avide,
Semblent les savourer des yeux.

Marcel Pagnol


Marcel Pagnol, 1895 - 1974, écrivain, dramaturge et cinéaste français

* Ne me demandez pas d'où sort ce poème car je l'ai trouvé sur cette page du site Jeux et compagnie, poèmes sur Pâques sans plus de précision (date ? recueil ?)