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jeudi 9 novembre 2017

Le cygne, de Sully-Prudhomme

Lénaïg a lancé le défi n°194 des CROQUEURS DE MOTS sous le signe du cygne et ces deux mots homonymes comme fils possibles des jeudis poésies.
Et comme en bonne normande je n'ai pas trop envie de choisir, je choisis cette fois les deux, Le cygne, par Sully-Prudhomme  ci-dessous,  un poète que j'ai rappelé à votre mémoire récemment avec Le long du quai. 
J'aurais pu évoquer celui de Baudelaire adressé à Victor Hugo
et Signe, poème de Guillaume Apollinaire, que j'avais partagé avec les Croqueurs de mots en septembre 2013.


Le cygne

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d'ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d'une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu'il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l'azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu'il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l'eau ne se distinguent plus,
A l'heure où toute forme est un spectre confus,
Où l'horizon brunit, rayé d'un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L'oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d'une nuit lactée et violette,
Comme un vase d'argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments.
René-François SULLYPRUDHOMME, Les solitudes, 1867


SULLY PRUDHOMME, poète et écrivain français, 1839 - 1907

Villarceaux, château du bas

au bord de la Seine à Vernon

3 commentaires:

  1. Un de mes poètes préférés. J'aime ce poème. Toujours en panne wifi !

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  2. C'est un très beau poème, Jeanne, et tes photos sont belles.
    Merci pour le partage.
    Bisous et douce journée.

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  3. Beau poème , les cygnes sont des oiseaux puissants et les papas très protecteurs. Bises

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