Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, combien en 2016 ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

mercredi 26 juillet 2017

Je demande le silence, de Pablo Neruda

En hommage à tous ceux qui tombent sous la faux de la faucheuse, qu'elles ou ils aient eu le temps de vivre, violemment ou lentement, victimes de bourreaux ou de la maladie. Ou d'un accident..

26 juillet 2010, ma petite nièce avait abandonné la lutte mais ses proches y croyaient encore.
J'y croyais encore : Dis-lui --->

26 juillet 2016, un vieux Père pensait à ses dernières années à vivre en célébrant son dieu avant de tomber sous les coups de fous du même dieu égarés dans une logique illogique et cruelle.
A l'autre bout du monde au Japon un "fou" de l'eugénisme massacrait au couteau des handicapés dans leur centre de soins, tuant ou blessant plusieurs dizaines de patients.
26 juillet 2017, combien vont fermer les yeux aujourd'hui, dans un lit ou au fond de la mer, dans l'élan de leur vie ou dans l'attente de l'inéluctable ?

Et les autres 26 juillet ? ceux des batailles et des sièges, 811, 920 à Pampelune, 1340 à Saint-Omer ou 1346 à Caen pendant la guerre de cent ans contre les anglais ? ceux des raids aériens, 1942 sur Hambourg, 1944 avec les premiers terribles V2 allemands sur l'Angleterre ?

Mais surtout, combien lors des grandes épidémies de l'Histoire, la peste le choléra, mais aussi la variole, la poliomyélite, la grippe (espagnole ou pas), le SRAS, Ebola, le Sida ? dont on a oublié l'effroi grâce aux progrès de la vaccination.

Combien de morts un 26 juillet de malnutrition, de l'absence d'eau potable, de l'air pollué ?

Combien de solitude ?



Je demande le silence

Qu’on me laisse tranquille à présent
Qu'on s'habitue sans moi à présent

Je vais fermer les yeux

Et je ne veux que cinq choses,
cinq racines préférées

L'une est l'amour sans fin.

La seconde est de voir l'automne
Je ne peux être sans que les feuilles
volent et reviennent à la terre

La troisième est le grave hiver
La pluie que j'ai aimé, la caresse
Du feu dans le froid sylvestre

Quatrièmement l’été
rond comme une pastèque

La cinquième chose ce sont tes yeux
ma Mathilde bien aimée
je ne veux pas dormir sans tes yeux
je ne veux pas être sans que tu me regardes
je change le printemps
afin que tu continues à me regarder

Ami voilà ce que je veux

C'est presque rien et c'est presque tout
A présent si vous le désirez

partez
J'ai tant vécu qu'un jour vous devrez m'oublier
inéluctablement
vous m'effacerez du tableau
mon coeur n'a pas de fin

Mais parce que je demande le silence
ne croyez pas que je vais mourir :
c’est tout le contraire qui m’arrive
il advint que je vais me vivre
Il advint que je suis et poursuis


Ne serait-ce donc pas qu'en moi poussent des céréales
d'abord les grains qui déchirent la terre
pour voir la lumière
mais la terre mère est obscure
et en moi je suis obscur

Je suis comme un puits 
dans les eaux duquel la nuit dépose ses étoiles
et poursuis seul à travers la campagne

Le fait est que j'ai tant vécu
que je veux vivre encore autant
je ne me suis jamais senti si vibrant
je n'ai jamais eu tant de baisers

A présent comme toujours il est tôt
La lumière vole avec ses abeilles
laissez-moi seul avec le jour

Je demande la permission de naître.

Pablo Neruda, Vaguedivague, Gallimard, éd poche 2013,  page 9
traduction de Guy suarès



Je sais que je ne devrais faire qu'une courte citation de ... Mais éthiquement, idéellement, a-t-on le droit de tronquer un poème ? Alors faire silence ? Ne pas transmettre la parole des sages ?
Mais alors les dictateurs auraient gagné ?

En ces temps où le Grand Nouveau Capital fait main basse sur les "produits culturels", j'ai entendu ce matin que les patrons de certaines maisons d'édition mettaient des mois à verser les droits d'auteurs encaissés ...
Sans commentaire.

9 commentaires:

  1. Je suis profondément touchée par le message ,inconsolée par une perte récente d'un être adoré ;merci Jeanne

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  2. Chaque jour apporte son lot de malheurs et de décès violents... attentats etc etc... merci Jeanne, plus de news des blogspot, elle ne marche plus, c'est désolant, j'oublierai de passer ici !!! Bien à toi, bises

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  3. Eh oui chaque jour apporte son lot de misères et de décès... violents, c'est désolant encore et tjs !! Merci Jeanne, plus de news des blogspot, elle ne marche plus... si j'oublie de passer autrement, lien, excuse-moi... bises

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  4. Très beau et émouvant ce poème que je découvre. Beau jeudi

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  5. Magnifique chanson Jeanne.... Merci.
    Bises et bon jeudi

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  6. Superbe! Combien de morts chaque jour qui mériteraient d'être célébrés ....
    Mais cela ne sert pas de leçon hélas;Il y aura toujours de dictateurs et des victimes ,des trusts tout-puissants et des laissés pour compte .. Je pense à ta nièce de temps en temps, quand j'entends parler de maltraitance, de femmes battues .
    Nous chantons une chansons de Neruda avec ma chorale .Bon week en,bises

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  7. ...

    Rien à ajouter que ce silence respectueux.

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  8. C'est un poème sublime, merci Jeanne pour ce beau moment...

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