Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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vendredi 8 juin 2018

Je ne sais qui je suis

Pour la page 113 de l'Herbier de poésies

Pas d'image mais un message vieux de cent ans :

« Qui es-tu, lecteur, toi qui, dans cent ans, liras mes vers ?
Je ne puis t’envoyer une seule fleur de cette couronne printanière, ni un seul rayon d’or de ce lointain nuage.
Ouvre tes portes et regarde au loin.
Dans ton jardin en fleurs, cueille les souvenirs parfumés des fleurs fanées d’il y a cent ans.
Puisses-tu sentir, dans la joie de ton cœur, la joie vivante qui, un matin de printemps, chanta, lançant sa voix joyeuse par-delà cent années. »
Rabindranath Tagore
« Le jardinier d’amour et la Jeune Lune » Gallimard
dernier poème du jardinier d’amour.


Je ne sais qui je suis, chaque jour je deviens ce que les évènements impriment de caresses ou de blessures.
Aujourd'hui, dans mon jardin sans fleurs, les pivoines dégarnies alourdissent leur fruit, le fuchsia feuille à feuille renait des morsures du froid de l'hiver et la lavande en bouton attend la fin des orages. Mais au bord de la rue, les pensées de l'automne font toujours la fête.
Sais-tu brahmane d'un autre temps qu'il y a quelques jours, sans connaître tes vers, je contemplais le doux tapis de pétales roses en les reliant à celles des fleurs fanées depuis si longtemps dans la ronde du temps.
Pouvais-tu deviner qu'en un geste, un fragment de seconde, je pourrais en capturer l'image sans avoir à les calligraphier soigneusement de longs moments ?
Que sa vision sur un écran de téléphone provoquerait le sourire malgré notre peine de nous retrouver en un lieu joyeux où la dernière fois nous étions une de plus ?
Qui suis-je ?
Et Toi, poète qui interpelle le lecteur de l'avenir, désignais tu l'humain  et l'humaine lisant ? Imaginais-tu une lectrice ? Savais-tu deviner l'immuable et les métamorphoses du monde ?
J'ai beau ouvrir en grand la porte de mon coeur, je peine à imaginer le devenir de ces mots que je trace en écho, tous ces mots envoyés sur la Toile planétaire, les fleurs des pivoines sans le chant des oiseaux.

©Jeanne Fadosi, jeudi 31  mai 2018
pour l'herbier de poésies 113
à découvrir le vendredi 8 juin
avec les autres brins sur la page 113 de L'Herbier


Varanasi-Benares mars 2018

6 commentaires:

  1. Que c'est beau : cueillir ses souvenirs.Beau week-end et à lundi.

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  2. Ces deux poésies en miroir, en réponses, je les vois comme le mouvement perpétuel des saisons de nos vies, inlassable questionnement sur le mystère de ces vies...

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  3. Les chants que savait si bien mettre en mots Tagore sont parvenus jusqu'à nous et nous pouvons encore les écouter, c'est incroyable !
    Bises Jeanne

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  4. C'est MAGNIFIQUE Jeanne ! Bravo !
    Bonne poursuite de ce vendredi !
    Doux week-end et agréable mois de juin !
    Bises♥

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  5. Jeanne la photographie rend-elle différent (impatient, fainéant?) le poète qui alors délaisse les mots et les pinceaux pour un instantané photographique?

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  6. Des mots qui font réfléchir ; ce poète ne pouvait imaginer que nous puissions le lire si longtemps après sa mort . Alors, qu'en sera-t-il pour nous . Bonne journée

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