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jeudi 10 mars 2016

La terre est bleue comme une orange, de Paul Eluard

Un petit cafouillage sur le calendrier m'a fait prendre au débotté la barre des CROQUEURS DE MOTS pour le défi n°161. En laissant la liberté du choix des poèmes des jeudis, avec "rendez-vous" et "erreur" comme fils conducteurs pour ceux qui le préfèrent.


Mais avant, deux pensées fréquemment citées de René Char, à méditer peut-être, mais surtout pour ouvrir son esprit le plus grand possible, pour l'ouvrir à l'inattendu et se laisser porter par son propre imaginaire.
"En poésie, devenir c’est réconcilier. Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ; et la vivant, il devient mensonger. Paradoxe des Muses : justesse du poème."
René Char, Post-merci, Recherche de la base et du sommet. IV. À une sérénité crispée,1951 Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, pages 759-760.
"On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d’erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots."
René Char, Sur la poésie, G. L. M., 1958, repris dans Dans l’atelier d’un poète, Gallimard, collection Quarto, 1996, p. 761


La terre est bleue comme une orange
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
Paul Eluard, L'amour de la poésie, 1929


Paul Eluard, 1895 - 1952, poète français
et si votre curiosité est piquée, des explications ou commentaires de texte ICI et ICI ou encore ICI
René Char, 1907 - 1988, poète et résistant français


Vous imaginez bien si vous me prêtez quelque malice à illustrer ainsi ce poème mythique. Pourtant il me semble que des interprétations que d'aucuns raillent de terre à terre quand d'autres les qualifient d'hyperréalistes méritent peut-être mieux que circulez c'est juste un poème d'amour à Gala :
En 1929, Himmler prend le commandement des SS, l'Eglise catholique signe les accords de Latran avec Mussolini, Trotski est à nouveau expulsé d'URSS par Staline, une tentative de coup d'Etat a échoué en Espagne au début de l'année et l'exposition universelle de Barcelone est un succès. Le Proche-Orient est déchiré entre guerres tribales et guerres d'indépendance tandis que les Indes britanniques et néerlandaises connaissent les mêmes soubresauts, ici dans la violence, là dans la "non-violence et la désobéissance civile". La bulle spéculative perd toute mesure et prépare le crack boursier du jeudi noir (24 octobre) et la "Grande Dépression".
et pendant ce temps-là, les amours de Gala et de Paul, qui s'étaient accommodées longtemps d'un ménage à trois avec Max Ernst, en sont à leur crépuscule avec l'entrée en scène de Dali l'année précédente.

14 commentaires:

  1. Un poème magnifique qui ouvre à tous les possibles...

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    1. oh oui, et peut-être le genre de poème qu'il faudrait protéger des dissections scolaires afin d'en garder tout le mystère et la puissance créatrice, y compris et surtout pour les lecteurs et ne pas décourager la jeunesse de la poésie.

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  2. Beau poème d'Eluard. Les poétes seraient-ils des menteurs, je dirais plus qu'ils déguisent de jolie façon la vérité.

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    1. si je m'en tiens à la jolie suggestion de René Char dans sa deuxième citation, mentir en poésie, inévitable, ne fait pas du poète un menteur mais le gardien de sa part d'innocence (sans doute dans le sens de naïveté d'enfance mais là j'interprète à mon tour)

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  3. Ah j'ai tjs aimé cette expression qui laisse tout de même perplexe... Merci pour ta quinzaine Jeanne et le lien du jour, bon jeudi à toi, bises de JB

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    1. Elle laisse tellement perplexe qu'elle a servi à faire réfléchir et trembler des générations de candidats à des examens tels le bac de français. Mais c'est une phrase étrange et belle. Bises

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  4. lire le titre c'est tout de suite avoir à l'esprit (tel est mon cas) un tableau de Gauguin ou de Klee....c'est immensément évocateur d'un tas de choses!....pour le reste....et beh dis donc je tombe des nues!il faudra que je reprenne tout çà et que je cherche à en savoir plus....la Gaia de Picasso tu veux dire, avec Eluard??????ou une autre??????les esclaves sexuelles des Japonais....la guerre chimique de Mussolini sur l'Ethiopie....je ne savais rien d e tout çà ....Comme je préfèrerais une terre bleue comme une orange, douce et savoureuse,étanchant toutes les soifs!

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    1. Sauf que là, j'ai fait une erreur de date (ou plutôt de copié collé dans la préparation de brouillons à mettre en ligne) dans les grandes largeurs car le poème est de 1929 et non de 1936. Seule la dernière phrase concernant les amours de Paul Eluard était juste et d'ailleurs j'ai développé en corrigeant.

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  5. Merci beaucoup, Jeanne, pour les pensées de René Char et son poème, ici en entier ainsi que pour les informations que tu as ajoutées. Un peu simpliste le commentaire que je vais te poser, mais j'y vois le côté positif de l'erreur quand elle est plus ou moins contrôlée, on repeint les laideurs pour s'aider à avancer. Bizzz !

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  6. Depuis longtemps j'aime Paul Eluard et ce poème, j'ai ce recueil et d'autres aussi de ce grand poète,... Mon fils Arnaud il y a des années me disait "éternellement éluardisante", je suppose que mon style a quelque peu changé depuis...
    Merci de nous le proposer Jeanne, c'est toujours un plaisir de le lire.
    Pour moi le langage poetique doit rester ce qu'il est, hors du réalisme, des explications de texte, et il doit faire rêver, c'est comme la peinture !


    http://emprises-de-brises.over-blog.com/#fromadmin

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  7. Superbe choix de poème, Jeanne pour ce défi ! J'♥ ! Bonne toute fin de ce jour et agréable vendredi tout entier ! Bises♥

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  8. je ne connaissais que le début du poème ... alors merci pour ce magnifique poème. J'ai beaucoup apprécié les explications. Bises

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  9. Sourire... tu te souviens ? C'est un poème que j'adore.
    Je l'avais expliqué autrement...

    http://quichottine.fr/2008/03/laterreestbleuecommeuneorange.html

    Navrée pour mon absence de ces derniers jours, j'étais "hors réseau".
    Navrée également pour ce "copier coller"... je n'aime pas y avoir recours, mais je ne peux faire autrement aujourd'hui.
    Bises et douce semaine.

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    1. ah je ne connaissais pas ton histoire d'oranges bleues. En ce temps-là je n'avais pas encore de blog. Juste celles de Tintin qui peuvent pousser dans le désert
      bises et belle semaine

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