Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

samedi 16 mai 2015

Un échafaud, extrait de Le Pape, de Victor Hugo, 2e partie

Lire le DEBUT ---> ; Lire la FIN ---> (les trois morceaux peuvent se lire séparément, et même dans le désordre)
Deuxième partie de cet extrait que je publie en raison de l'actualité mondiale de la peine de mort (source Le Pape, de Victor Hugo, wikisource)
Je ne cherche pas à convaincre. Le suis-je moi-même ? Juste avec les mots de Victor Hugo, à donner de la substance à la réflexion


LE PAPE

                                                       Ainsi vous touchez au trépas,
Vous touchez à la hache, à la tombe, au peut-être !
Ainsi vous maniez la mort sans la connaître !
Vous êtes des méchants et des infortunés.
Dieu s’est réservé l’homme et vous le lui prenez.
Vous n’avez pas construit et vous osez détruire !
O vivants ! vous n’avez d’autre droit que de dire
A cet homme qui seul sait ce qu’a fait son bras :
Es-tu coupable? vis, sachant que tu mourras.
O vivants, le ciel sent on ne sait quelle honte
Quand, vous regardant faire en votre ombre, il confronte
Le crime et l’échafaud, l’un de l’autre indignés.
Vous saignez du côté du crime, et vous saignez
Du côté de la loi, croyant faire équilibre
Au meurtrier fatal par le meurtrier libre,
Donnant pour contrepoids au bandit le bourreau.
Vous tirez, vous aussi, le trépas du fourreau !
Vous allez et venez dans l’obscur phénomène !
Dieu fait la mort divine et vous la mort humaine !
Sombre usurpation dont frémit le penseur.
Dieu vit ; de l’infini vous percez l’épaisseur,
Peuple, et vous lui changez son coupable en victime.
Un homme monstre est là ; vous l’imitez. Un crime
Est-il une raison d’un autre crime, hélas ?
Faut-il, tristes vivants qui devez être las,
L’homme ayant fait le mal, que la loi continue ?
De quel droit mettez-vous une âme toute nue,
Et faites-vous subir à cette nudité
L’effrayant face-à-face avec l’éternité ?
Ce dépouillement brusque est interdit au juge.
De quel droit changez-vous en écueil le refuge ?
L’homme est aveugle et Dieu par la main le conduit ;
Dieu nous a mis à tous sur la face la nuit ;
Il ne nous a point faits transparents ; il nous couvre
D’un suaire de chair et d’ombre qui s’entr’ouvre
Quand il veut, au moment indiqué par lui seul ;
Vivants, c’est à la mort que tombe le linceul ;
Nous sommes jusque-là des inconnus ; Dieu laisse
Aux âmes un instant pour rêver, la vieillesse,
Le droit à la fatigue et le droit au remords ;
Malheur si nous faisons soudainement des morts !
Que l’obscur Dieu, toujours clément, toujours propice,
Étant le fond du gouffre, ouvre le précipice,
Il le peut, c’est en lui qu’on tombe, et, quel que soit
Le rejeté, c’est Dieu pensif qui le reçoit ;
Mais, vivants, votre loi, qu’est-elle et que peut-elle ?
Sur nous la forme humaine, en nous l’âme immortelle ;
Nous sommes des noirceurs sous le ciel étoile.
Je m’ignore, je suis pour moi-même voilé,
Dieu seul sait qui je suis et comment je me nomme.
L’arrachement du masque est-il permis à l’homme ?
De quel droit faites-vous cette surprise à Dieu ?
Quoi ! vous mettez la fin de la vie au milieu !
Vous ouvrez et fermez la fatale fenêtre !
A tâtons ! Apprenez ceci : mourir c’est naître
Ailleurs. Quel noir travail, ô pâles travailleurs !
Comprenez-vous ce mot épouvantable, ailleurs ?
Frémissez. Savez-vous le possible d’une âme ?


Victor Hugo, Le Pape, Un échafaud, 1875 - 1876, paru en 1878
deuxième partie ; lire le début ---> ; lire la fin --->

Gauguin, Qui sommes nous ? 1897

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