Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

lundi 27 janvier 2020

C'était il y a quarante ans ...

Il y a dix ans déjà, le 19 janvier 2010, ...
J'avais mis en ligne sur mon premier blog et pour la première fois ce texte écrit pour la mort de mon parrain et qui avait été publié à l'époque dans notre petite revue "Quand les racines lèveront".

En cette fin de janvier 2020 cette réédition prend un écho particulier après les terribles événements de janvier et de novembre 2015.
Mon parrain était le clown de music-hall Rogerly les fins de semaine et le dimanche. Il a notamment animé les passages d'une bobine de film à l'autre ou quand il cassait quand le Bataclan était un cinéma.
 En semaine, artiste dessinateur, il travaillait avant guerre aux motifs dans un atelier de haute couture.



~ Billet 333 ~  (ex-catégorie chronique des jours d'antan)
Mon parrain, je vous en ai déjà parlé dans les premiers temps de mon blog,Un clic sur le clown vous y conduira.
En janvier 1980, il s'éteignait et j'avais écrit ce texte qu'un ami avait publié dans notre petite revue d'amateurs de danses et traditions populaires :
"Quand les racines lèveront".


En hommage à ROGERLY, mon parrain, qui a ensoleillé mon enfance de ses farces, et a essayé de me transmettre un peu de la mémoire de son époque.
Le violon et la clarinette, l’ocarina et le pipeau resteront désormais dans leur boîte.
Le clown blanc est mort.
Le clown musicien qui savait faire chanter un verre ou une feuille.
Il s’est éteint comme une chandelle que l’on souffle … sans une grimace. C’est sans doute pourquoi il a emporté ce visage serein.
Mais qui fera revivre sa musique ?

Oh, il est loin déjà le jour où il avait renoncé à ses instruments. Quinze ans ! Aucun argument, aucune supplication ne lui avait fait depuis lors égrener quelques notes. Même pour ses petits neveux*. Mais il avait continué à les faire rire.

En semaine il créait les motifs qui orneraient les robes du soir, brodées de strass. Robes de fête et de lumière.
Il était clown le dimanche.
Avec son compagnon Auguste, il allait de gala de bienfaisance en distribution des prix ou en comice agricole.
Ils étaient de toutes les fêtes et, le cœur gai ou le cœur triste, ils distribuaient de la gaîté et de la tendresse à ceux qui venaient les applaudir. Après le spectacle, le musicien, - le clown blanc -, était souvent sollicité pour animer la danse.
Le miracle se produisait alors : sous ses doigts qui trébuchaient tantôt pour le déchaînement des rires, s’animaient allègrement le quadrille et la polka, la mazurka ou la gigue. Souvent aussi, à la demande des plus audacieux ou des plus modernes, le charleston, et même la java et le fox-trot.
C’est ainsi que la danse vivait et évoluait avant guerre*.

Il est revenu d’Allemagne*.Les robes n’étaient plus brodées de perles et il a du changer de métier.
Il s’est retrouvé derrière un bureau, à remplir des dossiers pour les assurances.
- L’ère de la civilisation et du progrès, -
Déjà une corde avait cassé. Mais il lui restait les dimanches pour faire pleuvoir sur les gosses des milliers de perles de rires, avec Auguste.
Un jour Auguste ne s’est pas réveillé et le clown blanc s’est retrouvé seul devant les enfants. Mais sa musique et ses farces ne les faisaient plus rire. Ses tours ? Ils les connaissaient : ils avaient vu les mêmes, à la télé.
Alors il a pris sa retraite de clown et rangé pour toujours le violon géant, le violon lilliputien, la flûte et son habit pailleté.

Le violon et la clarinette, l’ocarina et le pipeau resteront désormais dans leur boîte. Le clown blanc est mort.
Qui fera revivre leur musique ?
Sur le parvis de Beaubourg, devant l’église Saint Sulpice, à la Butte aux Cailles, les gens se sont mis à chanter, jouer et danser.
- Ce sont des fous disent les fâcheux.
Mais beaucoup s’arrêtent et regardent. Quelques pas esquissés et quelqu’un entre dans la ronde. Puis un autre.
Et d’autres encore.
Et c’est ainsi que la fête continue.
FABIENNE DAUTY (Laval* le 9 Février 1980)







* pour éviter les confusions, je pense aux aminautes québécois,
il s'agit ici de Laval en Mayenne (France)







4 commentaires:

  1. Je me souviens que tu nous en avait déjà parlé. C'est un hommage qui m'a beaucoup émue. Belle semaine et bisous

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  2. C'était un tres bel hommage à ton parrain qui a enchanté ta jeunesse .
    En lisant la dernière phrase "c'est ainsi que la fête continue" , on ne peut s’empêcher de penser en effet aux terribles événements de l'année 2015 .
    Bonne journée
    Bises

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  3. Quel bel hommage, Jeanne ! Déjà lu sur ton autre blog et même sur celui-ci, je ne me souviens pas quand par exemple ! Super !!!
    Bonne journée,
    Bises♥

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  4. C'est toujours émouvant de te relire...
    Tu as eu de la chance d'avoir un tel parrain.
    Je me demande ce qu'il penserait aujourd'hui du monde dans lequel nous vivons.
    Passe une douce journée. Bisous.

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