Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

vendredi 27 mai 2016

Quand le temps fut aboli, pour Mil et Une

Inutiles aujourd'hui me semble-t-il les précautions d'usage que les habitués connaissent par cœur et dont ils peuvent s'agacer, c'est que  transmettre, c'est aussi cela : répéter pour ne pas laisser sur le bord de la route les nouveaux venus . . .
Sur l'image du sujet de la semaine 16-21 de miletuneA vous de décider* de la découvrir avant ou après la lecture de ce qu'elle m'a inspirée, au croisement d'autres évocations (images support)

Il était une fois, dans un temps qu'il est impossible de préciser,
Il faut vous dire qu'il n'y avait plus ni temps, ni espace, ni avant ni après, ni gauche  ni droite, ni haut ni bas, ni sud ni nord, ni est ni ouest ...
Il était une fois, donc, ...en 2 012 887 selon leur calendrier circulaire, sur une planète artificielle nommée Sune (prononcer Soun), une peuplade venue d'on ne savait où si ce n'est de nulle part.
Ils vivaient tant qu'ils le souhaitaient et au bout d'un temps très long et non mesurable, quand (ou si) ils en avaient assez, ils pouvaient décider de partir où ils voulaient, et même de disparaître dans un trou noir. Quand l'un partait, les candidats à une naissance pouvaient alors avoir un bébé. Ils pouvaient avoir des apparences fort variées, notamment en ce qui concerne la couleur de leur enveloppe corporelle.
Les plus anciens disaient entre eux qu'ils continuaient à ressembler aux "humains".
Certes, ils avaient désormais sept doigts de main alors que leurs doigts de pied étaient le plus souvent quatre et quelquefois même trois. Quelques milliers de Suniens étaient même nés avec huit doigts, mais on s'était assez vite aperçu que le huitième doigt n'apportait aucun avantage compétitif supplémentaire et le nombre des doigts s'était stabilisé à sept. Les doigts de main, évidemment. Aux pieds, ils ne servaient à rien.
Nos anciens se demandaient en apparté à quoi pouvait servir d'être compétitif au milieu de nulle part. Mais ce sujet était l'un des grands tabous inscrits dans la Loi. C'est à partir de ce moment-là se souvenaient-ils*, que  les Suniens s'étaient mis à adorer le dieu Sept venant ajouter le culte à la superstition qui se déployait dans l'importance attribuée à leur astrologie  ...
* Surtout, ne révélez à personne qu'ils avaient une mémoire. Ils feraient immédiatement l'objet d'une fiche T (T comme trublion) et vous les mettriez en grand danger.  Nos anciens, unis comme les cinq doigts de leur main, faisaient la plus grande attention à ne parler de ces sujets qu'entre eux. Surtout depuis que la peine capitale avait été rétablie pour ceux qui comme eux parlaient d'Histoire. C'était en effet l'un des sept crimes passibles de cette condamnation édictés par le septième et avant-dernier Conseil des sept sages.
Le huitième et dernier Conseil avait bien essayé d'ajouter l'adoration au Sept comme huitième interdit. Mais ils s'étaient vite rendus compte qu'il faudrait couper la tête (oui, c'est la guillotine qui avait été choisie pour exécuter la peine capitale) aux sept huitième de la population de Sune.
Impensable ? Ils n'avaient pas de tels états d'âme. seulement c'était tout simplement difficile voire impossible à mettre en pratique sans plonger le satellite dans une crise de productivité au-delà du désastre financier occasionné aux sept sociétés-crime qui se trouveraient privées pour longtemps de leur gagne pain.
Ils avaient donc renoncé à tout, promulgué l'abolition du temps et de l'espace, avaient montré l'exemple en proclamant l'infini en même temps que leur auto-dissolution.
Depuis lors, faudrait-il dire depuis la nuit des temps qui n'avait ni début ni fin, la vie des Suniens étaient rythmée par leur dieu Sept et par les signes de leur horoscope.
Vous l'avez deviné, il comprend sept signes, un par jour de la septaine, et ils croient en l'influence du signe du jour de naissance.
Par lequel commencer quand il n'y a ni début ni fin ?
Le premier, ou le dernier, ou ... peu importe ...
J'ai oublié de vous avertir aussi que sur ce satellite, le travail n'existait pas, tout ce dont on pouvait avoir besoin poussait soit naturellement, soit fabriqué par des machines, soit conçu par la pensée, soit généré par le progrès (qui n'avait rien à voir avec l'ancienne croissance), ...
Comme il n'y avait encore que quatre sources de satisfaction, ils attendaient donc encore trois sources à découvrir ...
Commençons arbitrairement par Afreudite. C'était le signe le la beauté et de l'amour. Une beauté qu'il était permis de montrer en toutes circonstances, sans voiles et sans restrictions.
Suivait Cronodite, signe du temps qui n'était plus, signe qui n'avait droit de citer que le jour du solstice d'hiver. On comprend mieux alors l'extrême prudence des Suniens à ne pas contrarier le temps en sommeil. Pour cela ils s'appliquaient à faire Rien.
Juste après venait Hâlidite, signe du soleil. Une remarque particulière à son propos. Le soleil, mes anciens (toujours eux) avaient vaguement le souvenir qu'il avait été considéré comme un Dieu, en Egypte antique mais aussi en Grèce et dans l'Empire romain, tout comme chez les indiens d'Amérique. Les Incas ne se disaient-ils pas les fils du Soleil ?
On disait aussi (prétendaient-ils), que c'était pour recycler le culte du Soleil que l'empereur Constantin avait mis le repos dominical ce jour-là.
C'était une époque où le soleil était une planète de feu très grosse, qui se levait le matin et disparaissait le soir. Un temps (zut, je l'ai dit) où il hâlait la peau. Maintenant, le soleil était un satellite à peine plus gros que la lune et l'on s'étonnait qu'il fût considéré tel un Dieu.
L'abolition du temps avait été rendue obligatoire pour venir à bout d'une querelle aussi tenace que vaine et destructrice entre ceux qui le mettaient en premier et ceux qui le mettaient en dernier.
Enfin, (vous vous souvenez que sur Sune aucun Sunien ne travaille (du moins dans le sens d'activité de production rémunérée, telle qu'on l'entendait sur la Terre vers l'an 2012 de leur calendrier), n'est-ce pas ?) les quatre derniers signes de leur zodiaque sont ceux qu'on appelle familièrement les quatre jeudites.
Même sur la Terre, quand ils avaient dû la quitter, il y avait quelques siècles que le repos du jeudi avait été supprimé, et même il avait été remplacé par le mercredi pendant quelques dizaines d'années avant que l'on supprime toute forme de repos pour cause d'absence de compétitivité.
Dans ce temps où les écoliers n'allaient pas à l'école le jeudi, certains rêveurs avaient espéré lavènement de la semaine des quatre jeudis.
Les derniers signes du zodiaques furent alors surnommés les quatre jeudites.
D'abord, il y avait Sélénite, le signe par excellence des doux rêveurs. Avec la suppression de l'Histoire et de l'Espace, leurs rêves étaient malheureusement fort vides et certains s'en plaignaient.
Arédite, un signe qui avait rendu les armes et qui mettait l'énergie physique au service des loisirs physiques pouvant aller jusqu'au sport, à condition qu'il n'y ait ni gagnant ni perdant, ces notions entrant dans les choses exclues par le 7ème Conseil des 7 sages.
Hermédite, signe du commerce, privilégiait les arts de la conversation et de l'écrit.
Enfin Zeudite, le signe préféré des Suniens si on les avaient autorisés à dire leur choix, était le signe du Je. Il s'en était fallu de peu d'ailleurs qu'on assiste à un schisme érigeant le Je au statut de dieu, à la place du Sept.C'est d'ailleurs aussi ce qui avait convaincu les sages de renoncer à interdire le culte du Sept. Le risque aurait été grand de le voir progressivement et à brève échéance remplacé par le culte du Je. Le Je avait déjà un statut bien trop encombrant depuis que les Suniens pouvaient vivre autant qu'ils le voulaient.
En dehors de ceux qui ne respectaient pas les sept interdits, naturellement !
C'est la dernière idée de génie du huitième conseil avant leur auto-dissolution. Et depuis ce temps qui ne pouvait plus se compter, les Suniens se sont mis à zézéyer, afin d'atténuer l'hypertrophie de leur Je.
Jeanne Fadosi, réédité  pour l'image 21-2016 de miletune,, 
écrit  pour le défi n°87 des CROQUEURS DE MOTS du 7 octobre 2012

* Les mots lus ne sont jamais tout à fait les mêmes que les mots écrits, y compris quand ils sont relus par leur auteur. Les mots impulsés par une image échappent eux aussi, et c'est tant mieux, à un seul déterminisme bi-univoque. Mais il n'est pas gratuit de lire sans voir l'image, ou en l'ayant vu ou en la voyant. Quel que soit votre choix, découvrir l'image support avant ou après, vous ne pourrez remonter le temps pour comparer les expériences.
Le choix de l'une interdit les autres.

Mais ici, le titre et l'image se complètent, sans présager du contenu de ce conte.


le mot à intégrer, -trublion- je l'ai encore oublié en postant mon texte à miletune. Je l'ai inséré dans la phrase en italique (avec mes excuses pour ce surlignement qui ne devrait pas être)

3 commentaires:

  1. Ce cadran solaire te fus grandement muse Jeanne... il fallait l'écrire ! ;-) au plaisir chez Miletune ! Bises

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  2. Excellent ce texte Jeanne, un vrai régal ! Bravo. Bises et bon vendredi - ZAZA

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  3. J'ai adoré... et j'espère pourtant que nos descendants ne leur ressembleront pas. Ce serait terrible !

    Bravo en tout cas et merci d'avoir remis ce texte au goût du jour pour le défi.

    Bisous et douce journée.

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