Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 25 avril 2019

Los Olvidados, de Jacques Prévert

Laura Vanel-Coytte à la barre du défi n°219 des CROQUEURS DE MOTS nous donne des consignes à partir du cinéma et pour le deuxième jeudi poésie :
JEUDI 25 :puisque ressort, l’intégralité des critiques cinéma de François Truffaut, parlez-moi de cinéma, du plaisir d’être dans une salle obscure avec d’autres Ou de votre acteur ou actrice préféré partant toujours du principe qu’« Aimer quelqu’un (ou quelque chose), c’est s’intéresser à lui (cette chose).»
Préambule : lundi dernier j'évoquais les séances de ciné-club de mon enfance, anticipant à dessein sur le thème de ce jeudi poésie. Los Olvidados, de Luis Bunuel, (prix de la mise en scène au festival de Cannes 1951)  fut l'un de ces films et la découverte d'un cinéaste de génie. Avec le privilège supplémentaire d'avoir pu y associer le poème de Prévert. Je ne sais plus d'où nous avions lu le recueil Spectacles.

"Le cinéma est une arme magnifique et dangereuse si c'est un esprit libre qui le manie."* (Luis Bunuel)

"C'est pas seulement ma voix qui chante, c'est d'autres voix, une foule de vois d'aujourd'hui et d'autrefois." (Jacques Prévert)
Source : La bande à Carné, Jacques Prévert, 1965

Los olvidados

Los olvidados
petites plantes errantes
des faubourgs de Mexico-City
prématurément arrachées
au ventre de leur mère
au ventre de la terre
et de la misère
Los olvidados
enfants trop tôt adolescents
enfants oubliés
relégués
pas souhaités
Los olvidados
La vie n'a pas eu le temps de les caresser
Alors ils en veulent à la vie
et vivent avec elle à couteaux tirés
Les couteaux
que le monde adulte et manufacturé
leur a très vite enfoncés
dans un cœur
qui fastueusement généreusement et
heureusement
battait
Et ces couteaux
ils les arrachent eux-mêmes de leur
poitrine trop tôt glacée
et ils frappent au hasard
au petit malheur
entre eux
à tort et à travers
pour se réchauffer un peu
Et ils tombent
publiquement
en plein soleil
mortellement frappés
Los olvidados
enfants aimants et mal aimés
assassins adolescents
assassinés
Mais

Au milieu de la fête foraine

Un enfant épargné
Sur un manège errant
sourit un instant en tournant

Et son sourire c'est le soleil
qui se couche et se lève en même temps

(Jacques Prévert, Spectacles, Gallimard, 1951)

* cinquante ou soixante ans après l'énoncé de cette opinion et avec le recul et la puissance instantanée de la diffusion massive des images au détriment des espaces de pensée, je mettrais maintenant un énorme bémol à cet enthousiasme de l'essor du cinéma et de la télévision car la puissance des images peut hélas être mise au service des plus abjectes propagandes.





















En ces jours de Pâques et de dégustation de chocolat, j'aimerais aussi évoquer, avec Sauvons la forêt, tous ces enfants qui travaillent souvent dans des conditions épouvantables dans les cultures de cacao du Mexique et d'ailleurs sans même savoir s'ils aimeraient déguster un carré de chocolat.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Los_Olvidados
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Pr%C3%A9vert

Luis Buñuel, 1900 - 1983, réalisateur et scénariste mexicain d'origine espagole
Jacques Prévert, 1900 - 1977, poète, scénariste, parolier et artiste français

12 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas ce poème et pourtant j'adore Prévert. C'est un plaidoyer très émouvant pour ces enfants qui n'ont pas eu la chance de celui de la conclusion. Quel contraste.

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    1. A vrai dire je ne m'en souvenais plus et mes trouvailles sur Internet m'ont servi de piqûre de rappel. Je me demande ce qu'il restera dans la mémoire de nos jeunes et moins jeunes zappeurs amateurs d'hyperliens dont ils survolent tout juste la lecture. Prévert était au bout du compte un optimiste.

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  2. J'aime beaucoup Prévert, et de ce poème qui pourrait être tellement noir, j'adore la chute.
    Merci de me l'avoir remis en mémoire.
    Je n'ai pas vu ce film de Buñuel. Je n'ai d'ailleurs vu qu'un seul film de lui, j'étais trop jeune et j'en ai fait de tels cauchemars que je n'ai plus jamais voulu en voir.
    Bisous et douce journée.

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    1. C'est peut-être ce film que tu avais vu ou le chien andalou. Je comprend en tous cas tes cauchemars ! bises

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  3. Tu as choisi un très beau poème pour faire suite au défi de lundi dernier, Jeanne... bravo !
    Bises et bon jeudi

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    1. Rien n'était prémédité mais mes furetages sur Internet m'y ont conduit et ont fait remonter les souvenirs à la mémoire.

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  4. Je n'ai pas vu ce film de Luis Bunuel, il faudra que je le cherche . J'ai bien aimé le charme discret de la bourgeoisie , le chien andalou, la mort en ce jardin, cet obscur objet du désir de ce réalisateur .
    Merci pour le poème de Prévert
    Bonne journée
    Bises

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  5. Un magnifique choix, que ce poème de Prévert, Jeanne ! Très bonne citation de Luis Bunuel que ne connais malheureusement pas ! Bravo pour le tout et bonne fin de soirée,
    Bises♥

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    1. Je ne suis pas une totale inconditionnelle mais c'était un cinéaste de génie et d'un grand courage

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  6. laura vanel-coytte26 avril 2019 à 07:41

    Il n"'y a pas besoin d'aller au Mexique
    plus près de nous

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    1. Sans aucun doute. Ni aussi loin ni en remontant le temps. Mais à l'époque où j'ai vu ce film terrible, je comprend qu'il ait donné des cauchemars à Quichottine car vu nos âges, c'est sans doute celui-ci qu'elle a vu, j'y ai aussi vu d'autres films aux sujets comparables qui se passaient ici comme La loi des rues ou Les hauts murs (celui des années 50) adaptés des romans auto-biographiques d'Auguste Lebreton.
      Pour être dans notre époque, je recommanderais le superbe roman graphique de Christian Lax, Une maternité rouge.

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