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jeudi 24 septembre 2015

La vieillesse, de Sully-Pruhomme

J'avais programmé ce poème pour le 1er jeudi en poésie du défi n°150 proposé par Jill Bill. La mort la semaine dernière d'un poète-chanteur qui avait nourri mon enfance m'a conduit à lui rendre hommage. Guy Béart a chuté dans la rue en sortant de chez le coiffeur, à l'âge déjà vénérable de 85 ans.


Samedi dernier, avec quelques deux ou trois cents privilégiés qui avaient réussi à avoir des places dès l'ouverture de la location, je suis allée entendre, écouter, un autre très grand, Graeme Allwright, dont on connait souvent plus les chansons que son nom, chansons indémodables (hélas rien ne change sur cette planète en folie). Il chantait comme à son habitude, à guichets fermés, à l'âge de 88 ans, moment émouvant et inoubliable.

Le poème qui suit, ces deux géants de la chanson auraient pu aussi bien se l'approprier et le mettre en musique pour des résultats fort différents.

La vieillesse


Viennent les ans ! J'aspire à cet âge sauveur
Où mon sang coulera plus sage dans mes veines,
Où, les plaisirs pour moi n'ayant plus de saveur,
Je vivrai doucement avec mes vieilles peines.
Quand l'amour, désormais affranchi du baiser,
Ne me brûlera plus de sa fièvre mauvaise
Et n'aura plus en moi d'avenir à briser,
Que je m'en donnerai de tendresse à mon aise !
Bienheureux les enfants venus sur mon chemin !
Je saurai transporter dans les buissons l'école ;
Heureux les jeunes gens dont je prendrai la main !
S'ils aiment, je saurai comment on les console.
Et je ne dirai pas : "C'était mieux de mon temps."
Car le mieux d'autrefois c'était notre jeunesse ;
Mais je m'approcherai des âmes de vingt ans
Pour qu'un peu de chaleur en mon âme renaisse ;
Pour vieillir sans déchoir, ne jamais oublier
Ce que j'aurai senti dans l'âge où le cœur vibre,
Le beau, l'honneur, le droit qui ne sait pas plier,
Et jusques au tombeau penser en homme libre.
Et vous, oh ! Quel poignard de ma poitrine ôté,
Femmes, quand du désir il n'y sera plus traces,
Et qu'alors je pourrai ne voir dans la beauté
Que le dépôt en vous du moule pur des races !
Puissé-je ainsi m'asseoir au faîte de mes jours
Et contempler la vie, exempt enfin d'épreuves,
Comme du haut des monts on voit les grands détours
Et les plis tourmentés des routes et des fleuves !
René-François SULLY PRUDHOMME, Les solitudes, 1869


Sully Prudhomme, 1839 - 1907, poète français, prix Nobel de littérature en 1901
Guy Béart, 1930 - 2015, auteur-compositeur-interprète français


7 commentaires:

  1. Bonjour Jeanne, et bien tu vas sourire, mais ce chanteur ne me dit rien... suis allée sur Google le découvrir... Même si vieillir ne nous fait pas grand plaisir, Sully Prudhomme sait en écrire le bon côté... merci pour tout, belle journée, bises de JB

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  2. Comme c'est beau. Merci de ce partage Jeanne, je ne connaissais pas. Bon week-end.

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  3. Ce poème est profond de justesse et de beauté.
    Tu as eu bien de la chance d'aller applaudir Graeme Allwright ("Petit Garçon", "Petites Boîtes", "Jusqu'à la ceinture", "Jolie bouteille, sacrée bouteille", "Qu'as-tu appris à l'école") : pour moi des souvenirs inoubliables, même si c'est plutôt en anglais que je les connaissais et les chantais durant mes années lycée et FAC...
    Belle journée Jeanne,
    eMmA

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  4. Merci pour ce beau poème !
    J'aimerais être, à 88 ans, aussi en forme que Graeme, que j'ai eu aussi la joie de voir en concert il y a quelques mois ...

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  5. de ce beau poème je vais essayer de mettre en application certaines pensées :-) ...si j'arrive à être aussi sage !
    beau dimanche
    bises

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  6. Je ne sais ce que je serai à cet âge... mais c'est beau de vieillir ainsi.
    J'aime énormément ce chanteur.
    Bises et douce journée.

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  7. Bien sûr beaucoup de sagesse, un peu de résignation et surtout malgré ce qu'on croit une vie ardente qui brûle encore de rencontres et de découvertes!

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