Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 9 juillet 2015

Sardines à l'huile, de Georges Fourest

pour les jeudis en poésie d'été dans le sillage du défi Océan, un titre qui suggère bien la suite du poème, quoique ...

Pour le jeudi 24 mai 2012 j'avais pris en main ma "bible" en poésie de Pierre Seghers, poète lui-même (on l'oublie trop) 
  
J'avais en tête la vague idée d'un hareng saur incontournable et de petits lapons qui boivent l'huile de poisson.
Mais ces sardines-là, c'est peu dire qu'elles me réjouissaient et me réjouissent encore.

Et en bonus chez Tizef, écouter et lire ...

Les « penn sardin », chant des sardinières de Douarnenez (clic)


Sardines à l'huile1

Sardines à l'huile fine sans têtes et sans arêtes.
(Réclame des sardiniers, passim.)

Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d'huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé2,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée ...
Maintenant dans le fer-blanc
et l'huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de la Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l'éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons ! ...

Sans voix, sans mains, sans genoux3
sardines priez pour nous !...

Georges Fourest, Petites élégies falotes, La négresse blonde, 1909
Georges Fourest 1864 - 1945

2 intuition d'une dérive dès 1909 ?  Thulé (wikipedia), Goethe traduit par Nerval, (dans la tradition du mythe) ou le poème Tous les morts sont ivres
3 Tout ce qu'il faut pour prier (Note de l'auteur)

Ces sardines-là me réjouissent d'autant plus depuis que j'ai interrogé google pour y trouver une étude commentée de la crise de la sardine dans la première décennie du XXème siècle et dont l'écriture de ces sardines est corrélée.
J'ai alors compris pourquoi les sardines qu'évoquaient Georges Fourest avaient des relents nauséabonds.
Pamphlétaire précurseur des surréalistes, assurément, visionnaire oublié.

Pour les curieux qui ont du temps et ont envie de se plonger dans l'Histoire, sans se poser trop de questions sur pourquoi revenir sur l'Histoire, comment la comprendre avec nos repères actuels etc
Voir l'article de la revue Annales de Bretagne et des Pays de l'ouest :

image du blog Ma Croix-Rousse (alternative)
un blog de l'Atelier de création libertaire

7 commentaires:

  1. Merci Jeanne, on achète ce poisson en boîte sans se poser de question... Ah sur la lune pour sûr elles seront en paix, bon jeudi, bises de JB

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  2. Pauvres sardines en effet mais c'est si bon sur du pain au beurre salé. Joli poème.
    J’interromps ma pause vacances dans le lot et mariage à Toulouse d’une de mes nièces le week-end prochain pour te faire un petit coucou à l'occasion de ce jeudi en poésie

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  3. Je ne serai pas disponible le 13 Juillet pour venir te lire mais le 15 seulement. Merci d'avoir joué le jeu et programmé des participations tout l'été. A bientôt!

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  4. Je vais regarder les sardines d'un autre oeil , c'est certain ! Malgré le contexte évoqué , c'est un petit poème très drôle et plein de talent .Bonne journée

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  5. bonsoir et merci pour ce poème - mon mari adore les sardines à l'huile qui sont excellentes pour la santé ... bises

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  6. je retrouve cet article et j'apprécie le double sens
    merci Jeanne

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