Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

lundi 13 juillet 2015

Dans le sillage du défi n°148 ... "Poissons de tous pays"

Enriqueta a proposé aux CROQUEURS DE MOTS de prolonger tout l'été le défi n°148 en y ajoutant "navires en détresse"
J'ai revisité mes anciens défis et j'en ai trouvé 4 ayant un lien avec l'océan que je rééditerai un lundi sur deux. Voici le premier

Jill Bill était à la manœuvre pour le défi n°82 des CROQUEURS DE MOTS, sous l'aimable amirauté de Tricôtine.
Depuis notre fragile Coquille de noix,
"Pour le lundi 28 mai 2012
Allons à la pêche aux NOMS DE POISSON
Par ici la « bonne bouillabaisse »
A savoir en faire un savoureux écrit à votre guise...
On se jette à l'eau !"

C'était un jeudi morne et gris sans pluie. L'hiver tirait à sa fin. Avec son alternance de promenades et de ciné-club, les jours sans classe. Avec le printemps, les films du jeudi ne seraient plus qu'une empreinte dans la mémoire des pensionnaires, jusqu'à l'hiver prochain. La semaine précédente, la discussion avait été animée, voire polémique, après la projection du film "Pêcheurs d'Islande", l'adaptation de Pierre Schoendoerffer (1959) du roman de Pierre Loti (1886). Les collégiens n'avaient pas oublié de commenter le documentaire qui le précédait, un court-métrage d'une entreprise de cosmétique sur l'industrie des produits de la baleine*. Film promotionnel comme souvent lorsque le sujet principal était considéré comme orienté. Une sorte de gestion de la neutralité de l'éducation. Comme souvent, ce rééquilibrage en trompe-l’œil ne faisait qu'accentuer l'intention du film (si intention il y avait). Le débat débutait de façon classique sur l'histoire sentimentale et le tragique de la vie des familles de marins. Filles et garçons se retrouvaient toutes les quinzaines au gymnase. Les bancs étaient installés sur le sol de béton, les filles d'un côté de l'allée, les garçons de l'autre. Pour la plupart des pensionnaires, c'était le seul lieu de mixité. Comme souvent aussi, je ne sais trop comment ce glissement s'opérait, la discussion prenait un tour plus ..., (je bute sur le mot à utiliser, j'ai le sentiment qu'aucun ne suffirait à le définir). C'était l'âge où l'on abandonnait les jeux de balles ou de billes pour se regrouper dans les cours de récréation. C'était l'âge des grandes discussions où avec nos maigres connaissances, notre court vécu, nos sensations, nos lectures, nos petites révoltes, nous critiquions le monde tel qu'il nous parvenait, tel que nous nous le représentions, et nous le refaisions. 
Il faut bien dire que le ciné-club, avec son choix de films, et la bonne tenue de la discussion qui lui succédait, sans enjeu de notes, sans la pesanteur du cadre habituel des cours, a été tout au long de mon enfance, une excellente école de l'apprentissage de l'esprit critique. Il faut dire que l'esprit d'Emile Chartier (le philosophe Alain) continuait à hanter tous les recoins de sa ville natale.
Sur l'écran déroulé au fond de la scène, le cabillaud des vendredi, la morue dessalée quelquefois, l'horrible huile de foie de morue pour éviter les engelures et le rachitisme, prenaient chair, prenaient sens, se peuplaient des marins-pêcheurs, mais aussi des ouvrières à la tâche, de leurs mains abîmées par le froid et l'âpreté des écailles ... La dureté du travail des sans grades.
C'était un jeudi morne sans pluie et c'était jour de promenade. On aurait pu aller à la Folle Entreprise, au moins. Pour tenter d'apercevoir une ablette, une tanche ou même une carpe royale. Au lieu de quoi, on allongeait le pas entre les flaques le long du chantier de la déviation.
Vivement samedi, 16h30. L'ouverture de la pêche à la truite amènerait dimanche les pêcheurs de la famille et la maison serait pleine de douceur et d'animation. Les plus sérieux se lèveraient avant l'aube pour être à pied d'oeuvre le long de la rivière à l'heure d'ouverture légale. Ils rentreraient pour le midi. Repartiraient après le repas. Mais l'essentiel de la partie de pêche était jouée. Les malheureuses arc-en-ciel lâchées par la société de pêche se seraient ruées sur les appâts et leur besace ne serait pas vide. Était-ce devenu cela, la pêche ? Ils regrettaient le temps d'une pratique moins fructueuse, la rareté d'une bête rouée et traquée patiemment. Avec respect. Si le temps était beau, nous irions en famille les retrouver le long des berges. Nous faisions doucement mais cela ne suffisait pas. Et mes frères s'amuseraient de l'agacement des pêcheurs venus de la ville. Et levés trop tard.

* une baleine est un mammifère marin. Au début des années 1960, on commençait à se préoccuper de la manière dont on exploitait ou surexploitait la mer, et de la manière dont on traitait les animaux marins, notamment les bébés phoques et les dauphins.
documentation :
La pêche en mer : Musée de la Mer Paimpol
La pêche de la morue, Le monde illustré, 1858, wikisource
Une mer sans poissons, de Philippe Cury et Yves Miserey, résumé et propos de Philippe Cury pour l'IRD
Pêcheurs d'Islande, film de Pierre Schoendoerffer, 1958 - 1959, adaptation du livre de Pierre Loti, 1886
un entretien de Vigdis Finnbogadottis (avec un accent aigu sur le o), pour l'université de Rennes  

et les liens mis en complément de  Sardines à l'huile, de Georges Fourest














3 commentaires:

  1. Tu m'as rappelé les ciné-clubs de mon adolescence et l'huile de foie de morue aussi que j'ingurgitais chaque jour (ma grand mère qui m'a élevée y tenait et on s'habitue à tout). J'ai aimé tes souvenirs de pensionnaire. Je reviens d'une belle semaine passée dans le Lot et à Toulouse. Belle semaine Jeanne

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  2. Tu n'as pas trouvé le mot, moi non plus. :)
    En tout cas, de bien jolis souvenirs partagés. Merci.
    Passe une douce journée.

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  3. Tu as eu raison de publier à nouveau cette sympathique participation. Merci de continuer à naviguer cet été.

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