Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 26 avril 2018

"La carte du printemps est toujours à refaire", de Aimé Césaire

Après une petite pause pour mer houleuse, c'est Zaza qui prend la barre des CROQUEURS DE MOTS pour le défi n°204 avec "le Printemps" en fil rouge pour le premier jeudi poésie.

Printemps, renouveau
prime temps des primevères
juste après l'hiver

Ces quelques vers qui suivent, extraits du très long et magnifique poème de Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1939, n'ont pas de titre. Il est impossible de fragmenter et nommer ce qui devrait encore se lire en entier dans la continuité. Mais comment savoir le bonheur et la profondeur du sens et de la vibration d'un texte dont on se prive si on en ignore jusqu'à l'existence ? Si l'on ne franchit jamais la porte d'une libraire ou d'une bibliothèque, s'il ne figure pas sur ses rayonnages ?

"Calme et berce ô ma parole l'enfant qui ne sait pas
que la carte du printemps est toujours à refaire"

J'avais mis en exergue deux vers trouvés en citation sur le printemps et retrouvés sur le site de Potomitan, site de promotion des cultures et langues créoles. (pour atteindre l'extrait en vers, descendre dans la page au-dessous de la photo de l'heliconia)
Tiède petit matin de chaleurs et de peurs ancestrales
Par-dessus bord mes richesses pérégrines
Par-dessus bord mes faussetés authentiques
Mais quel étrange orgueil tout soudain m'illumine ?
vienne le colibri
vienne l'épervier
vienne le bris de l'horizon
vienne le cynocéphale
vienne le lotus porteur du monde
vienne de dauphins une insurrection perlière brisant la coquille de
la mer
vienne un plongeon d'îles
vienne la disparition des jours de chair morte dans la chaux vive des
rapaces
viennent les ovaires de l'eau où le futur agite sa petite tête
viennent les loups qui pâturent dans les orifices sauvages
du corps à l'heure où à l'auberge écliptique se rencontrent ma lune
et ton soleil
il y a les souris qui à les ouïr s'agitent dans le vagin de ma voisine
il y a sous la réserve de ma luette une bauge de sangliers
il y a mon sexe qui est un poisson en fermentation vers des berges à
pollen
il y a tes yeux qui sont sous la pierre grise du jour un conglomérat
frémissant de coccinelles
il y a dans le regard du désordre cette hirondelle de menthe
et de genêt qui fond pour toujours renaître dans le raz de marée de
ta lumière
Calme et berce ô ma parole l'enfant qui ne sait pas que la carte du
printemps est toujours à refaire
les herbes balanceront pour le bétail vaisseau doux de l'espoir
le long geste d'alcool de la houle
les étoiles du chaton de leur bague jamais vue
couperont les tuyaux de l'orgue de verre du soir
puis répandront sur l'extrémité riche de ma fatigue
des zinnias
des coryanthes
et toi veuille astre de ton lumineux fondement tirer lémurien du
sperme insondable de l'homme
la forme non osée
que le ventre tremblant de la femme porte tel un minerai
Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, 1939

Aimé Césaire, 1913 - 2008, écrivain poète dramaturge et homme politique français
Cahier d'un retour au pays natal, de Aimé Césaire, 1939, oeuvre poétique d'une quarantaine de pages régulièrement rééditée par Présence africaine, accueillie comme une oeuvre majeure de la poésie du XXe siècle.
La Grande Librairie du jeudi 19 avril 2018 l'évoque notamment de la minute 10 à la minute 14 avec des vers récités par coeur par Christiane Taubira et Gaël Faye


peinture à l'huile de ma soeur Jacotte
Ode à la vie, ode à demain

11 commentaires:

  1. J'avoue ne l'avoir jamais eu entre les mains... alors qu'on m'en a toujours beaucoup parlé. :)
    Œuvre majeure, c'est sûr, et les mots que tu as choisis sont très beaux.
    Merci pour le partage, Jeanne.
    Le colibri peint par ta sœur me plaît aussi beaucoup.
    Bisous et douce journée.

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    1. Ce n'est pas une oeuvre d'abord facile et je comprends qu'elle ne soit pas si souvent abordée en classe, sauf peut-être en section littéraire mais elle vaut la peine qu'on s'y arrête. Je la relis régulièrement avec toujours la même admiration mais je n'ai pas la mémoire de Christiane Taubira pour être capable de la retenir par coeur !!!
      bises et belle soirée

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  2. Coucou Jeanne.
    Tu as fais un excellent choix de poème pour illustrer cette poésie de printemps du 1er jeudi de la quinzaine des croqueurs de mots. Les mots d'Aimé Césaire sont magnifiques.
    Bravo à ta sœur Jacotte pour cette jolie peinture à l'huile.
    Merci pour tout.
    Bisous et bon jeudi

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  3. Comme c'est beau. J'aime ce partage. Je reprends ma pause.

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  4. Je t'adresse, Fadosi, un énorme merci pour ce partage.
    Loïc

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  5. Comme cette citation est belle et vraie...
    Le printemps, nos printemps, tous les printemps sont à renouveler sans cesse, pour aller de l'avant...

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  6. J'ai entendu ces vers récité par Christiane Taubira et Gael Faye ( dont je viens de terminer le livre "petit pays" ) . C'est un poème magnifique , je suis toujours en admiration devant la richesse de la poésie d'Aimé Césaire .
    Bonne journée
    Bises

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    1. Petit pays est un livre magnifique qui devrait être lu par tout le monde
      bises et belle soirée

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  7. Merci pour ce beau partage, Jeanne ! La peinture à l'huile de ta soeur est magnifique ! Bonne et belle fin de ce jour ! Bises♥

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  8. que ces jeudis en poésie sont porteurs de si belles découvertes ...merci à toi pour ce partage que je découvre. En fait je crois que je ne connais pas grand chose d'Aimé Césaire et tu me donnes envie d'en connaitre un peu plus. Pour la peinture, j'avais oublié...c'est l'âge ! mais j'avais déjà admiré des peintures de ta soeur. Bises

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  9. un plaisir de lire ce texte riche et foisonnant. Un auteur dont je connais des extraits et donc à prendre un livre à la médiathèque. Bises

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