Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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lundi 19 février 2018

Défi n° 200 Le moulin à café

Andrée la petite graine à la barre des CROQUEURS DE MOTS pour le défi n°200 nous donne la consigne suivante pour le défi anniversaire de ce lundi :
la principale consigne est de commencer son texte par
"je me souviens"
et une proposition de consigne supplémentaire, uniquement si vous en avez envie,  : choisir un mot unique dans la liste et l'intégrer dans votre texte :
"maison, anniversaire, rouge, bateau ou lundi"

Je me souviens de cet anniversaire de mariage de mes parents. 25 ans, ça se fête ! J'étais pourtant une toute petite fille de 3 ans et quelques mois et les souvenirs que j'ai gardés de cette époque sont très fragmentaires. Je m'en souviens à cause d'un ... service à café en porcelaine.
25 ans ce sont les noces d'argent d'accord, mais 5 ans plus tôt, le coeur chagrin n'était pas trop à fêter les noces de porcelaine. Depuis, j'étais arrivée alors qu'on ne m'espérait plus, bébé consolation, et de plus mon grand frère était revenu d'Indochine par le bateau de Brest et s'était même marié récemment avec l'amie d'enfance de sa sœur cadette.
Mes parents ne manquaient pas d'une argenterie qu'ils ne sortaient que pour les grandes occasions mais le service à café de leur mariage avait été l'unique victime d'un obus qui avait ébranlé la maison lors de la bataille de Normandie 10 ans plus tôt.
Ce nouveau service était tout un symbole : le rattrapage de la fête qui n'avait pas eu lieu avec ce faste en 1949, mais surtout le témoignage de ce que toute la famille, même réfugiée dans la cave, avaient eu beaucoup de chance lors des bombardements imprécis pour tenter de faire sauter l'un des ponts sur l'Orne qui passait dans notre bourg.
Les repas de fête s'étirant en longueur, j'avais eu le droit de quitter la table au fromage, rappelée sans doute pour un dessert dont je n'ai aucun souvenir et de nouveau libérée alors que le café passait doucement. Je m'étais réfugiée sur le petit banc qui nous servait pour enfiler les chaussures sous les porte-manteaux dans le couloir qui séparait la cuisine de la salle à manger.
Ma jeune belle-soeur était chargée d'apporter le plateau et le nouveau service à café.
Est-ce la pénombre ? Est-ce mon tout fou de terrier alléché par l'odeur du sucrier ? Le plateau était-il trop lourd ou mal équilibré ?
Patatra ! La chute a été fatale à plusieurs tasses et à la cafetière toute neuve en fine porcelaine dans le style nouveau.
Au grand désespoir de la nouvelle venue dans la famille. Rouge de confusion, elle sanglotait à chaudes larmes et l'on a eu beaucoup de mal à la consoler. Je ne comprenais pas du tout pourquoi on pouvait pleurer une cafetière et des tasses. Ce n'était qu'une maladresse et personne n'avait été blessé ou ébouillanté. Aucun risque avec les filtres de l'époque où il fallait être patients et accepter de boire du café tiède. J'avais juste droit à un canard dans la tasse de mon papa ou de ma maman. (sucre trempé dans le café). Seul mon toutou a profité du tumulte pour se gaver de tous les sucres répandus sur le carrelage.
J'imagine que le café fut refait et servi, prolongé par les traditionnels pousse-café, des crus de réserve de calvados ou d'armagnac pour les messieurs, de délicieuses liqueurs maison de cassis ou de framboise pour les dames. Les verres à liqueur étaient minuscules et papa n'en proposait jamais une deuxième fois. Il y avait même quelques verres en trompe l'oeil, encore plus étroits quoique plus hauts et qui s'évasaient un peu dans leur partie haute !
Cet impair a initié une longue tradition et nous avons au fil des décennies, des bris de tasses et des changements de mode, offert de nouvelles tasses et de nouveaux modèles de cafetières. 
J'avais hâte d'avoir assez de force pour moudre le café, un cérémonial confié à tour de rôle aux enfants qui s'exécutaient plus ou moins de bonne grâce. Le moulin à café manuel fut un jour de fête des mères remplacé par un moulin à café électrique, bien plus commode, qui fit disparaître à jamais l'arôme inégalé des grains de café broyés à l'ancienne.



Pour un autre "Je me souviens" à la manière de Pérec cette fois-là et déjà pour les Croqueurs de mots pour Fanfan qui pour "corser" la chose, nous demandait en sus de terminer par
"mais qu'est-ce que je f... dans cette galère ?"
Défi n°103 : "Je me souviens ..." --->

13 commentaires:

  1. J'ai aimé tes souvenirs d'enfance.Je comprends la peine de ta belle soeur. J'aurais été très mal à sa place. J'ai conservé le moulin à café manuel en bois de ma grand mère. Je le trouve très décoratif. Belle semaine.

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  2. Très joli souvenir d'une enfance qui fleure bon la tendre douceur des fêtes et repas de famille.
    Merci Jeanne, pour cette belle évocation d'argent et de porcelaine.
    Belle semaine à toi, à tous.
    eMmA

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  3. Pas de chance pour ce nouveau service à café en porcelaine, Jeanne.
    Heureusement u(il reste le moulin en bois, comme celui de ma grand-mère qui délivrait cet arôme incomparable. Une belle façon de raconter tes 1er souvenirs d'enfance. Bises et bon début de semaine

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  4. Les souvenirs d'enfance sont sans doute les plus beaux (peut-être parce que ce sont ceux que nous transformons le plus et le plus facilement.
    Un service à café ... et à son côté, une petite madeleine ...
    Mon grand s'était attribué la charge de mouleur de café, et, très méticuleux, avait calculé qu'il fallait un certain nombre précis de tours auquel il se tenait scrupuleusement.

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  5. Je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'avais cassé ces tasses... je crois que j'aurais pleuré à chaudes larmes aussi, et n'aurais plus su où me mettre.
    Ton récit est très beau, Jeanne.
    Il m'a ravivé d'autres souvenirs.
    Merci !
    Bisous et douce journée.

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  6. J'aime beaucoup tes souvenirs d'enfance , un service à café brisé qui nous donne l'occasion de lire un bien beau texte . Le moulin à café de ma grand - mère le même que celui de la photo je l'ai toujours et pas loin de mon bureau , tu as raison il évoque aussi pour moi cet arôme incomparable du grain moulu .
    Bonne journée
    Bisous

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  7. Merci pour ta participation. Un plaisir de lire chaque texte. Il y a une petite etoile dans chacun.
    Mon père avait cassé la lampe en ouvrant une bouteille de crémant a sa première visite chez ses beaux parents.
    Bises

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  8. Oh ! Jeanne, que j'aime ces souvenirs !!! J'ai aussi lu le n°103. Je comprends ta jeune belle-soeur, ce n'était ni le moment ni l'heure pour un tel accident !!! Ouf ! Moment qu'on ne chosist pas, par contre ! Bonne semaine ! Bises♥

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  9. Souvenirs de mes 2 grand-mères qui utilisaient aussi ce moulin à café et passaient le café pendant un temps infini dans la cafetière.... Quel arôme alléchant dans la maison....
    Je n'ai jamais pu en boire : de vraies bombes ! snif !
    J'aime bcp ton récit plein de tendresse pour un passé révolu ! Ne me souviens pas de mes 3 ans ??? Trou noir !
    Merci pour ce beau partage
    Bisous

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  10. Viens de lire 2è texte 2013 : bouleversant !
    Pieds bandés, fais un article sur ce sujet sur Facebook ! horrible !
    Merci Jeanne et bisous

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  11. tu as des souvenirs anciens et précis... ce moulin à café je l'ai encore... que de bleus sur les cuisses avec lui !
    bravo Jeanne pour cette belle page

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  12. De beaux souvenirs d'enfance! J'aime .
    Pauvre belle-soeur ! J'imagine sa honte et son désespoir .Ma mère a eu beaucoup de mal à abandonner son moulin à café manuel ; elle avait bien raison .. On l'a gardé comme une relique.
    Bise

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  13. Quel plaisir de te lire. C'est formidable aussi petite étais-tu que tu te souviennes de certaines émotions. J'adore celle où tu te demandes comment on peut pleurer pour des tasses et une cafetière :)
    Quand je te lis les arômes de café fort, liqueurs douces et Armagnac me chatouillent les narines, c'est comme si j'y étais.
    J'ai adoré me promener dans vos souvenirs, Andrée a eu une belle idée pour l'anniversaire des Croqueurs de Môts et moi je suis heureuse de naviguer sur les flots du partage avec vous tous.
    Bisous et à demain, j'attends une réponse de Luciole.
    Domi.

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