Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 25 juin 2020

Abécédaire du CroqCovid, D comme distance et distanciation

Quand l'annonce d'un "confinement" qui ne disait pas son nom a été faite le soir pour le lendemain midi, certains mots et expressions ont agité mes neurones. L'une d'elles, qui d'ailleurs je crois circulait déjà depuis un discours précédent m'interpellait particulièrement : "distanciation sociale". Une expression qui, par sa commodité et sans le recul et les réserves qu'il aurait été pourtant indispensables de prendre s'est infusé, insinué, par l'oreille dans notre cerveau et nos "habitudes".

Je sais et déplore l'inflation de mots que produit notre époque jargonnante et c'était la première fois que j'entendais cette expression. Mais intuitivement, je ne la trouvais pas s'appliquer à ce qu'elle voulait désigner à savoir, l'action de mettre une certaine distance entre soi et quelqu'un d'autre.

"Distanciation sociale" me rappelait vaguement quelque chose, le type de jargonnement trouvé dans certains mementos de vulgarisation et de propagande de certains qui ont eu le talent de s'infiltrer dans les circuits de formation y compris à l'international. Une de ses expressions a eu son succès hélas, avec les conditionnements qui l'accompagnent aussi, sans qu'elle éveille de soupçons : "apprendre à apprendre". A celle-ci j'ai une parade, pourquoi pas alors apprendre à "apprendre à apprendre" et comme cela ne suffira pas apprendre à" apprendre à apprendre à apprendre" (... à ...)

Google n'a pas mes états d'âme. Quand pour faire ma requête, j'ai tapé sur mon clavier poésie distance, le moteur de recherche m'a servi toute une page de liens pour amour à distance, voir plus si affinité (non je blague) et juste 3 poèmes sur distance. J'ai cliqué sans grande conviction, le premier poème terrible et sinistre comme souvent chez Louise Ackermann me semblait long et j'avais envie de quelque chose de plus léger ou au moins de moins pesant. Le 3e était de la comtesse Anna de Noailles

VII

Que crains-tu ? L'excès ? l'abondance
D'un cœur où tout vient s'engloutir ?
Tu crains ma voix, mon pas qui danse ?
Pourtant, j'ai si peur de meurtrir,
Même de loin, ta nonchalance !
Ma main se prive de saisir
Ta belle main qui se balance.
Tu vois, je me tiens à distance,
Renonçant au moindre plaisir....

Va, tu peux avoir confiance
Dans les êtres de grand désir !

 Poème de l'amour, VII, 1924

Le deuxième était un extrait du chapitre sur le mariage de Le Prophète de Khalil Gibran
Je sais que beaucoup apprécient ce livre qui a eu son succès il y a une vingtaine d'années et plus récemment. Pourtant, je suis loin d'adhérer à toute sa pensée en particulier pour le rôle qu'il assigne à la Femme dans certains chapitres. Mais ici, les mots méritent bien d'être médités à l'aune de cette distanciation importante pour limiter la propagation de cette épidémie meurtrière pour certains et au hasard.


Alors Almitra parla à nouveau et dit,
Et qu’en est-il du Mariage, maître ?
Et il répondit en disant :
Vous êtes nés ensemble, et ensemble vous serez pour toujours
. Vous serez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours.
Oui, vous serez ensemble même dans la silencieuse mémoire de Dieu.
Mais laissez l’espace entrer au sein de votre union.
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cœurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre.
Khalil Gibran, Le mariage in  Le Prophète, 1923


On arrive bientôt ? C'est loin une année-lumière ! 
Terre en approche, terre en approche !!!
Mais c'est quoi ce truc ?

ajouté à un nom ou à un verbe, suffixe qui marque l'action de 
ex : accent ---> accentuation mettre l'accent
Suff. issu du lat. -tionem, entrant dans la construction de nombreux subst. fém. qui expriment une action ou le résultat de cette action.


La fiche de centre national de recherche textuelle et lexicographique n'est pas toute récente et n'a pas été opportunément modifiée ou complétée*. L'expression distanciation est récente (années 1960) et apparaît dans le vocabulaire du théâtre pour introduire le concept de la mise à distance par rapport à la réalité que peut apporter une pièce de théâtre (1959, TNP).

La deuxième occurrence cite expressément "distanciation sociale" apparue en 1966
 Écart, refus de relation existant entre différentes classes sociales (cf. distance I B 1 b) :
3. Vivons-nous la fin de la « distanciation » sociale du siècle dernier? Les phénomènes de totale ségrégation culturelle tels que Zola pouvait encore les observer dans les mines ou les cafés sont en voie de disparition. DumazedierRipertLoisir et culture,1966, p. 302.

Notons aussi que ces éminents linguistes écrivaient en note de bas de fiche :

Rem. 1. Le mot ne semble pas encore entré dans la lang. cour., les auteurs le mettant presque toujours entre guillemets. 2. On rencontre dans la docum. le verbe trans. distancier. Mettre à distance, prendre du recul (vis-à-vis de quelque chose). La « réduction phénoménologique », en nous « distanciant » des faits, nous dévoile la signification de ces faits comme corrélats d'une conscience « intentionnelle » de part en part (Hist. sc., 1957, p. 1678).


*ce qui n'est pas le cas de l'Internaute : distanciation

Pour une analyse plus fouillée de l'expresssion utilisée pour les pandémies et apparues en anglais à l'Oms au milieu des années 2000 :

6 commentaires:

  1. Ce mot tjs de mise Jeanne, et lundi en consultation chez mon toubib de famille il m'a dit tout de go, madame nous en prendrons pour deux années avant de ne plus en être victimes... Distanciation et lavage des mains, seuls remèdes aujourd'hui... Eh bé ! C'est long deux ans, déjà que les gens en prennent à leur aise... merci Jeanne...

    RépondreSupprimer
  2. Merci Jeanne pour cette analyse du mot distanciation . J'aime beaucoup les deux poèmes que tu as présentés , une distance qui peut s'avérer utile aussi comme le montre Khalil Gibran dans le mariage .
    Bonne soirée
    Bises

    RépondreSupprimer
  3. Comme toujours, tu fouilles et trouves des merveilles, même dans ce contexte...
    Bravo, Jeanne.
    Restons prudents, pour soi et les autres, c'est important.
    Passe une douce journée.

    RépondreSupprimer
  4. Bonsoir Jeanne,
    De très bons choix de textes ! Une préférence pour le deuxième !
    Bonne soirée de ce vendredi et doux week-end,
    Bises♥

    RépondreSupprimer
  5. Tu as fait des recherches très poussées pour essayer d'expliquer cette expression qui ,pour ma fille aussi, est complètement erronée pour l'appliquer à cette distance de sécurité qu'on nous demande de respecter.
    J'aime beaucoup les textes que tu as ajoutés, surtout celui de Khalil Gibran .
    Je te souhaite un bon dimanche

    RépondreSupprimer
  6. Bravo pour tes recherches ! je préfère dire "distance de sécurité", c'est plus clair que distanciation sociale, c'est certain. Bonne semaine. Merci et bises.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. Merci de patienter, je ne les valide pas toujours à la minute ni même quelquefois à la journée.
Certains rencontrent des difficultés à renseigner leurs liens : vous pouvez signer votre commentaire de votre nom ou pseudo, merci
Comments are moderated. Thank you for your patience, I don't valide them immediatly.
anonymous comments are never validated except if they are signed in the text.