Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 19 novembre 2015

(Sans titre) XV - Elégies, de Georges Duhamel, suivi de La colombe poignardée, de Guillaume Apollinaire

Votre humble moussaillon à la barre des CROQUEURS DE MOTS pour ce défi n°154.
jeudis en poésie libres (12 et 19 novembre). fil rouge éventuel le temps  (celui qui passe et que l'on mesure en heures, en années-lumière ou en secondes ...). 
J'avais déjà choisi ce poème de Georges Duhamel, publié en 1920 et regroupant des poèmes écrits pendant et après la première guerre mondiale. Je le complète ce dimanche par le si poignant calligramme de Guillaume Apollinaire que j'ai déjà plus d'une fois publié sur mon blog


XV
Sous un figuier d'Avignon
L'ombre verte était sucrée
Par les larmes d'une figue
Ivre de béatitude.
Je ne voyais point les fruits,
Je n'entendais plus les guêpes
Et le Rhône en vain chantait
L'immortel mépris de nous.
Je regardais dans le ciel
S'éloigner d'un vol farouche
La paix, comme un grand oiseau
Chassé du canton natal.
Un tambour bourdonnait dans le fond d'un village,
Le silence en semblait à jamais offensé ;
Une rumeur nouvelle et barbare insultait
Vos fleurs, â grenadiers pâmés dans la poussière.
Je n'éprouvais pas ces choses :
C'était assez que d'éteindre
Toutes les années futures
Abreuvées de mille hontes.
C'était assez que d'ouvrir
Des regards désespérés
Sur un monde enseveli
Dans l'insondable tristesse.
C'était assez, sous vos feuilles,
Ô beau figuier d'Avignon,
Que d'appeler le néant
Des suprêmes solitudes.
Georges Duhamel, Elégies, 1920

Calligramme de Guillaume Apollinaire
écrit sur le front pendant la première guerre mondiale

Avec une pensée particulière pour toutes les victimes d'attentats et pour leurs familles et amis

Georges Duhamel, 1884 - 1966, médecin, écrivain et poète français, prix Goncourt 1918
Guillaume Apollinaire, 1880 - 1918, poète et écrivain français né polonais de l'empire russe. Le terme calligramme est de son invention


12 commentaires:

  1. Beaucoup d'émotion à travers ces deux poésies, et le rappel que les mots n'ont pas de frontières, ne sont pas des barrières, que les larmes sont toutes les mêmes et que la compassion n'est qu'un faible pansement sur les blessures du temps...

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  2. Je découvre les deux poèmes, l'autre en calligramme... on sait bien qu'avec le temps va les choses s'effacent sous le poids des années qui passent, on oublie ben un peu, mais il y a tjs quelque chose qui nous remet en mémoire les horreurs passées.... les livres d'histoires les retiennent, et les poèmes dédiés aussi... merci Jeanne, bises

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  3. Merci beaucoup, Jeanne, magnifiques poèmes qui expriment mieux que jamais notre désarroi devant les horreurs qui nous dépassent et qui semblent implacablement liées à la nature humaine. Gros bisous.

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  4. Des mots qui expriment si bien ce temps qui passe ; qui se passe ... oui, Jeanne, une pensée pour eux tous, certainement ! Bisous♥

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  5. Je connaissais le second d’Apollinaire que j'aime beaucoup. Je découvre celui de Duhamel. Ils se complètent bien et conviennent bien à la tristesse et au désespoir ambiant.
    Beau week-end

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  6. je ne connaissais pas celui de Duhamel, je le note dans mes archives Jeanne
    j'ai vu sur G+ tes anciennes participations

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  7. Dépasser le désarroi, grâce à la poésie : Ces deux poèmes y participent, profondément. merci.
    Loîc

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  8. deux poêmes magnifiques....qui nous saisissent d'autant plus en ces temps de guerre souterraine....(et d e guerre tout court dans tellement de pays!)

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  9. De beaux textes pour rappeler que la vie de l'homme n'a pas de prix, que lui nuire c'est éliminer beaucoup de soi! Mais on dirait que de le savoir ne suffit pas, certains ont besoin de l'expérimenter...

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  10. Merci pour cette page, Jeanne.

    Passe une douce journée.

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  11. Merci beaucoup pour ces poèmes beaux et qui nous parlent. Bon après midi. Bonne semaine également.

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