Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune de 145 en 2010 à 94 ou 103 ou 134 selon les sources en 2023

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

jeudi 11 juin 2026

Jeudis en poésie : Les vieux tilleuls, de Sabine Sicaud

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi* !)... et j'en oublie ... 
*vérification faite, c'est tous les blogs de Hautetfort que mon parefeu bloque. 

Puisque nôtre âmirâle Dômi nous a proposé une petite pause avant le dernier défi de la saison 25-26, restons auprès de mes arbres et en particulier du vieux tilleul. Ce mardi je suis passée à quelques kilomètres de ce fameux pré mais hélas, je n'avais pas le temps de faire un détour pour voir s'il était toujours debout ... ou pas.

J'ai déjà partagé la poésie de Sabine Sicaud, Fadosi continue: Jeudis en poésie : Le cinéma, de Sabine Sicaud si précoce et au destin si tragique

Les vieux tilleuls

Peut-être, quelques temps, des gens se trouveront
Pour dire : « Il était là des arbres vénérables » ;
Mais d’une ombre si large, et fraîche, et secourable,
Au seuil de ces maisons lasses, courbant le front ;
D’une branche frôlant dans un geste qui berce
Le mur du vieux couvent doucement assoupi ;
De ce vert qu’ils avaient, un soir, sous une averse ;
De ce blond de miel vierge et de jeunes épis
Qu’ils prenaient dans le mois des fleurs et des abeilles ;
De tous ceux qui vers eux tendirent leurs corbeilles ;
De ceux-là qu’enchantait on ne sait quoi d’ancien,
Un air que chaque chose, autour, avait fait sien,
Air d’hospitalité, de paix, de bonhomie,
Qui donnait à la ville une figure amie,
De tout ce qui s’en va quand le bûcheron vient,
Qui donc se souviendra comme je me souviens ?

Ô Baucis, dormiez-vous sous l’écorce moussue ?
Que l’on vous ait chassée à coups de hache, hier,
Une femme en tremblant s’en est-elle aperçue !…
Quelqu’un a-t-il senti que le deuil de l’hiver,
Le poids des été lourds, une angoisse inconnue,
S’emparaient aujourd’hui de cette place nue ?

Un mur, de la poussière et des rails… Il fut là
De la sève montante et des bourgeons lilas,
Et toute la douceur d’une vieille avenue…
Il fut des jours d’automne en robe de gala
Et des matins charmants pleins de nids qui s’éveillent,
Et des coins où jasaient en rond de bonnes vieilles
Dont quelqu’une à ses doigts laissait pendre un fuseau,
Et, lorsque la fraîcheur qui flotte sur les eaux
Venait de la rivière un peu haute la veille,
Il fut, s’effilochant le long du vieux rempart,
Des crépuscules bleus de sous-bois pleins de sèves…

Sauf aux pays sans doute où les vieux arbres rêvent…
Vieux arbres dont le temps, sous nos regards, s’achève,
Charme de ce mot « vieux » qu’on s’explique plus tard…

Est-ce vrai qu’à cette heure, il n’attriste personne
Ce chemin désormais grand ouvert aux départs ?
Une gare… un fanal… une cloche qui sonne
Et tant de hâte, hélas ! vers quels nouveaux destins…

Une autre cloche, ici, tintait chaque matin,
Chaque soir, et souvent dans la claire journée,
Avec ce rythme lent d’oraisons égrenées,
Cette voix des couvents derrière des murs gris.
Mais le gris de ces murs était voilé de branches,
Les cigales, dehors, chantaient le beau dimanche,
Et des parfums semblaient tomber du ciel fleuri…

Ce parfum des tilleuls, vous n’avez pas compris
Ce qu’il glissait peut-être en des murailles closes ;
Parfum qui tient de l’ambre et du sureau, des roses,
Du genêt, du foin mûr, un peu de l’oranger,
Parfum moite et sucré dont la mouche s’enivre
Et qu’au-dessus des trois secoue un vent léger,
Parfum qui faisait croire à la douceur de vivre…
Peut-être quelques-uns de vous se souviendront
D’une tisane blonde où ce parfum persiste.

Mais les vieilles maisons!… Les vieilles maisons tristes,
Si laides tout à coup, lasses, penchant le front,
La coiffe de travers, l’âme dépaysée,
Les maisons de la rue, en aurez-vous pitié ?

Il fallait, voyez-vous, devant cette croisée,
Des essaims bourdonnants, les signes d’amitié
D’un vieil arbre qui bouge, et de l’ombre, et des feuilles,
Cette obscurité verte où midi se recueille,
Une échelle et des fleurs à cueillir librement,
Pour que ces vieux logis eussent leur raison d’être…
Ô Tilleuls reflétés au creux d’une fenêtre,
Vous tombez, et voici rompu l’enchantement.

Tout est dit… Qu’à leur tour, les vieilles maisons croulent.
Un coup de pioche, et là, d’autres maisons demain…
Qu’importe le rêveur égaré dans la foule
Qui suivait l’ombre douce et flânait en chemin…
Sabine Sicaud, poèmes

Sabine Sicaud — Wikipédia, 1913 - 1928, poétesse française

En ce moment celui-ci embaume

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