Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015, 123 en 2016, encore 123 en 2017, 121 en 2018 ? 101 femmes depuis le 1e janvier 2019 en France (2 septembre 2019) , soit une femme tous les deux jours ! accélération ou meilleure visibilité ?

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

lundi 3 août 2020

Abécédaire du CroqCovid : B comme barrière

barrière - wikipedia ; barrière - cntrl

barrière me fait penser à la grande barrière de corail et au garde-barrière de mon enfance celui qui gardait encore le passage à niveau de La Mesnière alors qu'il n'y passait plus que des engins de chantier.

Mais quand j'ai fait ma requête au moteur de recherche Google, avant les sites de définition j'ai eu droit à plusieurs occurrence du groupe Barrière (casinos et hôtels de luxe). Un sens de la hiérarchie tel celui du monde d'avant à maintenir coûte que coûte dans le monde d'après.
Et puis tenez, puisqu'au début l'on nous a asséné cette traduction littérale d'un anglicisme sans doute lui-même aux intentions douteuses, j'ai envie pour faire écho à cette "distanciation sociale" qui me donnait la chair de poule de l'entendre, avec Les barrières de Savinien Lapointe

Les barrières
L'après-midi

Un soleil éclatant sur les murs de Paris
Répand du haut des cieux son magique souris,
Vidant les ateliers en habits du dimanche,
La population comme un fleuve s'épanche.

Culottes de velours, casquette, gros souliers,
Veste ronde, voilà nos larges charpentiers ;
Un peu roides de corps, mobiles du visage,
L’œil d'aplomb, la voix rude et le style sauvage ;
Au Petit Ramponneau pour prendre leur repas,
Une main dans la poche, ils redoublent le pas ;
Humant avec bonheur le très cher brûle-gueule...
Leurs femmes, disons-le, n'ont pas l'esprit bégueule :
Jupe courte, bas blancs, tablier fin, croix d'or,
Accortes, se riant du chétif mirliflor,
Bien loin de gourmander le bon garçon qui fume,
A l'odeur du tabac leur amour se parfume.

Ouvriers charpentiers, j'aime votre fierté ;
Votre coeur poétique épris de liberté.
J'aime, pardonnez-moi, vos femmes rondelettes
Et sans morgue ; partant, sans nul souci d'aigrettes.
Je les aime surtout lorsque dans le chemin,
Courant au mendiant que le plaisir repousse,
Elles laissent tomber une parole douce
Et le sou du Seigneur dans le creux de sa main.

Serruriers, forgerons, maçons, tailleurs de pierre,
L'artisan du chantier, celui de la carrière,
Sous de verts acacias que les vents font trembler,
Au repas fraternel accourent s'attabler
Pour charmer les ennuis d'une rude semaine,
Quand le septième jour dans ce lieu les ramène.
La table est de sapin, sans doute, mais dessus
Brille un morceau de veau qui baigne dans le jus ;
Mais à l'extrémité de ces planches grossières
Figure un vaste plat de rouges parmentières,
Et Jeannette, l'Hébé du bruyant cabaret,
Apportant broc sur broc d'un petit vin clairet
Par elle baptisé sans dispense du pape,
Sait leur faire oublier l'absence de la nappe ;
Car, fraîche et réjouie, elle répond mieux qu'eux
Aux ris entrecoupés de propos graveleux.

Vous, heureux, qui bâillez dans vos palais de marbre,
Le coeur vide où s'efface un rêve d'amitié,
Vos plaisirs, faux rubis, inspirent la pitié
A ces bons compagnons attablés sous un arbre ;
Leur appétit gaillard mange tout et sans choix ;
Ce dîner, gras pour eux, pour vous serait bien maigre ;
Mais l'amitié, qui fuit la demeure des rois,
Là s'attarde et sourit près d'un pot de vin aigre.

L'artisan des lambris, en habit, linge fin,
Triste représentant du spectre de la faim,
Le plus déshérité du produit de nos treilles,
Exténué, tué par de trop longues veilles,
Avec sa douce femme, avec ses blonds enfants
Tous chétifs, mais proprets, courent à travers champs.
Que de privations durent être subies
Pour ce peu de toilette ; et combien d'insomnies,
De fatigues, de soins, de soucis, de tracas
Eut cette pauvre mère à préparer gants, bas,
Robes et mouchoirs blancs ! en secret que de jeûnes
Pour avoir des colliers bénits aux deux plus jeunes !
Bonnes gens ! puisse Dieu, touché de votre foi,
Vous laisser le petit... qu'il m'a repris à moi !

Le soir, las de fouler gazon, herbe nouvelle,
La famille avec joie aborde une tonnelle
Pleine d'ombrage frais et vert du haut en bas ;
Puis la femme économe acquitte le repas ;
L'homme sourit au vin, l'enfant au confortable,
Et la félicité, qui rend l'espoir aimable,
Leur fait rêver à tous un siècle plus humain.
Hélas ! à ce beau jour quel triste lendemain !

Savinien LAPOINTE


Ici il était question de barrières sociales, n'est-ce-pas? Les temps ont bien peu changé.
































Savinien LAPOINTE, 1812 - 1893, poète, chansonnier et goguettier français du XIXe siècle
Camille Pissarro, 1830 - 1903, peintre impressionniste

5 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas Savinien Lapointe merci du partage de ce poème que j'ai beaucoup aiméet que je résume par " L'argent ne fait pas le bonheur ". il peut parfois empêcher de profiter des joies simples de la vie. Bises et belle semaine

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  2. Un bien joli poème sur fond de Pissaro, merci Jeanne. Bisous

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  3. Merci pour ce poème que je découvre et qui traduit si bien la fracture sociale . Bonne journée Jeanne
    Bises

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  4. Magnifique, ce poème, Jeanne, et le tableau du temps également !
    Bon mardi,
    Bises♥

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  5. Je découvre à la fois le poète et le poème... merci, Jeanne.
    J'adore le tableau... et ses barrières qui n'en sont pas vraiment lorsque la rencontre doit se faire.
    Pour ce qui est du covid et de ses conséquences, je ne dis plus rien. Je crois que la fracture sociale est bien là.
    Bises et douce journée.

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