Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

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jeudi 26 février 2015

Devenir, de Jeanne Fadosi


En bonus pour le 2nd jeudi en poésie du défi n°139 des CROQUEURS DE MOTS, sous le signe de la résistance, idée de cette nuit quand le sommeil faisait à mon insu de la résistance et que je résistais à l'insomnie en découvrant ces mots d'une résistante contemporaine, ô combien !

"Résister, aujourd'hui, c'est se battre contre la tentation de choisir un mal contre l'autre.
On ne dira jamais assez que l'indignation à deux vitesses signe la défaite de la pensée.
[ ... ]
Pour la grande majorité d'entre nous qui, n'ayant pas les moyens de stopper la barbarie, est condamnée à la subir, reste la solitude partagée. Ce n'est pas rien. Car plus les êtres humains seront nombreux à être seuls, plus ils constitueront un espace susceptible de reprendre un jour la parole."
                                                 Dominique Eddé, écrivaine libanaise, Hors-série Courrier International février-mars-avril 2015 p5, repris de l'Orient littéraire, Beyrouth, août 2014


Humaine, rien qu'humaine  


Enfant de quelque part, enfant de nulle part
D'ici et de partout, d'un hameau, d'une maison
D'une région, d'une nation parmi près de deux cents
Sur l'infime poussière d'un brumeux univers.
Enfant né de l'union d'une femme et d'un homme
Dans leurs corps généreux d'un amour véritable,
Tu es un pont reliant les futurs au passé
A moins que ce ne soit les passés au futur.
Enfant de rien, enfant de tous,
Enfant de tout, enfant du vent
De la pluie, du soleil, de la nuit, de la vie.
Différent et semblable, tu te crois donc l'unique
Sic six autres milliards d'humains à l'identique.

Tu es la recombinaison toujours recommencée
De milliards de cellules, d'atomes, de photons
Ces milliards de milliards d'ondes qui te recréent
Et des grains de lumière qui fondent ton image,
Qui te sont inconnus, étrangers ou masqués,
Et pourtant familiers dans tes plis mémoriaux
Effleurant dans tes rêves et dans tes émotions,
Arrivant incongrus de la nuit de nos temps,
Allant vers l'autre fin des horizons lointains,
Fin certes provisoire comme la porte fermée
Par l'huis clos et borné toujours reverrouillé
De l'humaine tant humaine arrogante ignorance.
Comme Socrate et Spinoza, Galilée ou Mani
Ou Giordano Bruno sages inécoutés,
Ces sages conspués ou bannis ou tués
Au nom de certitudes dérisoires, éphémères.

Enfant tu es surtout, enfant tu es seulement
L'humain que tu deviens constant et volatile.
Ces milliards de milliards de recombinaisons
Te déterminent ainsi, à l'instant et demain
En apparence Même et pourtant déjà Autre.
Leur multitude mime au détour du conscient
L'aléa du hasard ou la nécessité
La prédestination de tant de religions
Ou l'illusion féconde de la liberté
Humble humain re-naissant de l'enfant re-créé
Il n'est pas d'autre choix que ce chemin suivi
Dans un passé fini qui t'échappe à jamais.
Le comprendre en effet peut éclairer la route
L'assumer, un combat redoutable sans doute
Et pourtant prometteur d'un fardeau moins pesant
Pour regarder, sans plus se retourner, devant
Debout digne et serein comme lavé à grands seaux
De tous ces vains chagrins, de ces mauvais procès
Assombrissant ta vie et taclant ta santé
Et ce qui te relie aux autres en nourrissant
Ton nectar, ton suc, ta substance de vie.
Vas, vis, respire, aime et enfin partage
La liberté fondamentale de l'évidence,
Dans cette immensité de l'espace et du temps
Ta plus proche compagne, ton ami exigeant
L'alliée infaillible de ton humanité
Qui loin de t'isoler te relie aux vivants :
Essentielle et féconde, infinie Solitude.
 Jeanne Fadosi, version du 23 février 2007

Poème écrit pour la naissance d'un enfant, et cela aussi c'est une histoire merveilleuse toujours au commencement
Dédicace écrite également à l'époque
Je dédie ce poème à tous ceux que j'aime, à tous ceux qui s'aiment, à tous ceux qui attendent une parcelle de gentillesse, aux enfants de Don Quichotte, à l'inconnu qui a souri, au malade qui s'oublie, à celui qui a faim, à celui qui a mal, à celui qui rayonne et qui par son action, fait reculer l'injustice et la cruauté, bataille toujours recommencée.
Je pourrais aussi, si j'osais, le dédier à Aimé Césaire, qui a quitté cette vie  le 17 avril 2008 à l'âge vénérable de 94 ans et qu'un adulte lucide et généreux m'a fait découvrir dans la foulée de ma lecture de « La case de l'oncle Tom » (ne riez pas, j'avais 9 ans) et à qui je dois avec d'autres auteurs, d'avoir pressenti, dans l'humain, l'universel, à travers son essentielle singularité et ses racines locales, sans peur et sans rejet de l'autre, sans haine, mais pas sans colère ou révolte.

Mis en ligne sur mon blog Fa Do Si, vendredi 27 mars 2009

5 commentaires:

  1. "Vas, vis, respire, aime et enfin partage", une phrase et tout est dit...

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  2. Très beau texte que je vais relire. Tu y as mis tout ce que tu avais au plus profond de toi. Bon dimanche.

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  3. enfant miracle, je t'offre le monde...
    très beau et inspiré, Jeanne !
    PS. pas de formulaire d'inscription ?

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  4. J'avais lu ce poème... il m'émeut beaucoup.
    Paroles empreintes de sagesse, d'amour aussi.
    Une merveilleuse page, Jeanne.
    Merci pour cette publication.

    Les mots d'introduction sont magnifiques. Que demain permette à ceux qui se taisent aujourd'hui d'apporter une parole d'espoir.

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