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jeudi 22 janvier 2026

Jeudis en poésie : Le cinéma, de Sabine Sicaud

 les Cabardouche ont pris les commandes pour ce Défi 319 des CROQUEURS DE MOTS en ce lundi 19 janvier Journée internationale du pop corn. 

petit rappel, je suis dans l'impossibilité à cause d'un bug de déposer des commentaires sur les blogs de Blogger. Vous m'en voyez désolée.
Je m'en excuse auprès de tous les blogueurs que je ne peux joindre dont Josette, An'Maï, Marie-Sylvie, Miss-Yves, sur Blogspot et sur certains blogs wordpress  (dont celui de Colette et Lilou et même Elisabeth que mon pare-feu bloque complètement aller savoir pourquoi !)... et j'en oublie ... 

 Qui dit pop corn dit cinéma ! Du moins depuis quelques décennies.  A la naissance du cinéma, qui fut muet avant d'être parlant, et manger était impensable jusque dans les années 1930 aux Etats-Unis dans des salles luxueuses pour un public huppé.

En France dès l'origine du cinéma, le cinéma fut beaucoup plus populaire, s'invitant dans les cirques et les salles paroissiales ou communales. Ma maman, née en 1910 et ayant vécu son enfance pauvrement à Paris, y est pourtant souvent allée.


"Musique en sourdine, tiédeur, chuchotements,
Odeur de mandarine,
De sucre d’orge et d’amandes grillées."


Le cinéma
(Pour un vieux Monsieur
qui ne comprend pas le cinéma)

Trou d’ombre. Grotte obscure, où l’on sent, vaguement,
Bouger des êtres. La pâleur de l’écran nu
Comme une baie ouverte, au fond, sur l’inconnu…
Musique en sourdine, tiédeur, chuchotements,
Odeur de mandarine,
De sucre d’orge et d’amandes grillées.
Attente, carillon d’un timbre qui s’obstine,
Petite danse de lueurs éparpillées.
……………………………………
Puis, coup de soleil brusque. Le mystère
De ce carré de neige s’animant.
Floraisons de jardins, pics, fleuves, coins charmants,
Coins tragiques, villes, forêts, la vaste terre…
La vaste terre, et le ciel vaste, et la magie
De visages parlant des yeux, des lèvres,
Sans la voix.

Gestes précis, calme, énergie
Ou nerfs qui cèdent, Fièvres,
Bonheurs et désespoirs. Des paroles, pourquoi ?
Un sourire, une larme,
Un battement de cils…
L’émotion n’est pas dans le vacarme.
Une ligne, des points… voici le fil
Du roman triste ou gai qui se déroule.

Aimes-tu voir les hommes s’agiter ?
Assis, tu regardes la foule.
Aimes-tu le désert ? Tu le parcours, l’été,
Sous un torrent de feu, sans autre peine
Que de laisser pour toi marcher les sables… Plaines,
Montagnes, mers, te livrent leurs secrets,
Et le pôle est si près
Que Nanouk l’Esquimau l’accueille en frère ;
Et la jungle est si près
Que tu t’en vas avec le chasseur de panthères…
Ô beaux voyages que jamais tu ne ferais !

Tous les héros, tu les connais,
Ceux de l’Histoire et ceux de la légende ;
Tous les contes des Mille et une nuits,
– Les contes d’autrefois, ceux d’aujourd’hui –
Et les temples, et les palais,
Et les vieux bourgs où les clairs de lune descendent…
Tu les connais… Tu les connais, toi, prisonnier,
Peut-être, de murs gris, de choses grises, toi
Dont la vie est grise ou pire…

Vois, des fleurs s’ouvrent, des oiseaux t’invitent, vois :
Aux vergers d’Aladin s’emplissent des paniers…
Cueille des rêves, toi qui fus un prisonnier !
Ainsi qu’une arche de porphyre,
La muraille s’écarte… Évade-toi !
Il pleut, ou le vent souffle sur le toit,
Ou c’est juillet qui brûle, ou dans la rue,
C’est trop dimanche avec trop de gens qui bavardent,
Viens dans ce petit coin merveilleux et regarde…

Ici, l’heure vécue,
Même terrible – tous les drames sont possibles ! –
N’est qu’à demi terrible,
Et te voilà, comme les tout-petits,
Riant, toi qui pleurais… Tu ris,
Toi, vieux, comme les écoliers que rien n’étonne.

Charlie est là… Charlie ! Et Keaton, et Fatty,
Et pour ce bon rire, conquis
Sur toi-même, c’est le meilleur d’eux-mêmes
Qu’ils te donnent.

Art muet, soit… N’ajoute rien. Tu l’aimes,
Tu l’aimeras, quoi que tu dises, l’art vivant
Qui t’offre son visage neuf et son langage,
Ses ralentis, ses raccourcis, tous ses mirages,
Tous ses décors mouvants…
Près de ces gens qui, dans l’ombre, s’effacent,
Viens seulement t’asseoir, veux-tu, sans parti pris ?
De la nuit d’une salle étroite, aux longs murs gris,
Regarde ce miracle : un film qui passe…
Sabine Sicaud, Poèmes d’enfant, 1926

Sabine Sicaud — Wikipédia, 1913 - 1928, poétesse française









 

3 commentaires:

  1. J'ai grandi avec ces acteurs du muet qui sont passé au parlant, eh oui, même si Chaplin le redoutait ! Je n'y vais plus au cinéma, le son intense.... !!! Pour le pop corn, pas fan, mais bon, merci Jeanne, bises jill

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  2. Coucou Jeanne.
    Je découvre cette poésie que je viens de prendre plaisir à lire.
    Merci
    Bises et bonne nuit. Zaza

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  3. Très beau poème sur le cinéma. Ma grand-mère m'emmenait souvent dans le petit cinéma de quartier voir des films romantiques. Je me souviens de Mayerling, autant en emporte le vent, les Sissi. Pas de pop corn mais des esquimaux qui ne font pas de bruit quand on les déguste. Très beau poème sur le cinéma. Belle journée

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