Chaque jour je n'oublie pas Anne-Sophie et ses compagnes d'infortune

145 en 2010 ; 122 en 2011 ; 148 en 2012 ; 121 en 2013 ; 118 en 2014 ; 122 en 2015

(clic sur le lien pour comprendre ... un peu)

samedi 14 mai 2016

1936 - 2016

1936 dans la mémoire collective des écoliers français, c'est le front populaire.
Coalition de gauche portée au pouvoir par les élections législatives du début mai.
On en oublie que les accords de Matignon (7 juin 1936) à l'origine des congés payés et d'autres avancées sociales, l'ont été, en l'absence d'un gouvernement qui tardait à se mettre en place, sous la pression de grèves et d'occupations d'usines sur fond de crise économique dont on ne voyait pas le bout depuis 1929.


 En 1936, la guerre civile en Espagne virait au cauchemar, (et l'on sait à peu près sur quoi elle a débouché), les premiers camps de concentration recueillaient les opposants à Hitler et les homosexuels tandis que l'on virait les "artistes dégénérés" des musées et d'Allemagne. Mussolini faisait pleuvoir 350 tonnes d'armes chimiques sur l'Ethiopie. Les camps de Sibérie s'agrandissaient toujours plus, (mais là Eluard n'en savait rien), les japonais utilisaient des étrangères achetées comme esclaves pour en faire "les femmes de réconfort" pour leurs soldats. Et des américains, il est vrai peu nombreux, commençaient à s'inquiéter de défigurations et de désastres écologiques dans l'ouest américain.
Les amours de Gala (Dali) et de Paul (Eluard) étaient de l'histoire ancienne et le couple fuyait la guerre d'Espagne en voyageant en Europe. Pendant ce temps, Bernanos, fervent catholique et monarchiste dans le sang, voyait encore le mouvement franquiste d'un bon œil. Pas longtemps : les horreurs perpétuées aux Baléares le révolta bientôt et les dénonçant en janvier 1937, sa tête mise à prix par Franco, il prit les chemins de l'exil vers l'Amérique du Sud.

2016, en France et partout ailleurs en Europe, les instances aux pouvoirs n'en finissent pas de détricoter  les droits sociaux acquis de haute lutte.
En 2016, en France et ailleurs, les instances aux pouvoirs et les cœurs des nationalistes n'en finissent pas de bafouer les quelques droits internationaux pour la dignité humaine acquis dans la souffrance des après-guerre.
Des lanceurs d'alerte sont traduits devant un tribunal. Des poisons autorisés tuent les abeilles et rendent malades la terre et les humains. Des goujats crient à la calomnie et portent plainte contre les porteurs de la parole libérée de femmes courageuses quand d'autres, plus conscients ou plus subtils stratèges, reconnaissent "un geste déplacé".
En 2016, un peuple, survivant d'une des civilisations qui ont fait le socle de la nôtre, qui accueille comme il le peut les naufragés de la méditerranée et ceux qui ont eu la chance de ne pas chavirer, est étranglé par ses financiers et se laisse mourir.

L'Iliade
 de Homère

Le jour qui fait un enfant orphelin le prive en même temps des amis de son âge. Devant tous il baisse la tête ; ses joues sont humides de larmes. Pressé par le besoin, l'enfant recourt aux amis de son père ; il tire l'un par son manteau, l'autre par sa tunique. Mais, même parmi ceux qui ont pitié de lui, plus d'un, s'il lui offre un instant sa coupe, le laisse seulement y mouiller les lèvres, non point son palais. Et celui qui a père et mère brutalement l'écarte du festin, avec des mains qui frappent et des mots qui insultent : « File, et sans faire de façons : ton père n'est pas de la fête. »

Chant XXII, discours d'Andromaque
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tombe de Perséphone, vers 350 avant JC

7 commentaires:

  1. Sur cette planète l'homme chamboule la vie, la faune, la flore, sa propre existence que je ne sais plus qu'en dire.... merci Jeanne

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  2. Il est bon de se souvenir du passé encore présent pour nous guider vers un futur décent...
    Un livre qui pourrait t'intéresser : "Le Christ s'est arrêté à Eboli" de Carlo Levi.
    Je t'informe que je me suis désabonnée de la lettre d'info, non pas par désintérêt, mais juste momentanément, le temps que je retrouve mes marques après mon déménagement. Je ne manquerai pas de me réabonner prochainement.
    Je t'embrasse en te souhaitant un bon week-end.
    eMmA

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  3. L'histoire se répète... et nous ne savons pas aujourd'hui ce qu'il en sortira.
    Tu fais bien de rappeler tous ces événements et de les mettre en parallèle avec aujourd'hui.
    Merci, Jeanne. Il y a là de quoi beaucoup réfléchir.
    Passe une douce journée. Bises.

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  4. Tu as raison Jeanne de rappeler ces accords de Matignon durement arrachés par nos grands parents ou parents. Chez maman, 6 mois de grève effectués par mon grand-père, employé des voies à la SNCF et pas un sous dans la gamelle. J'ai honte pour eux de constater ce qui se passe en ce moment dans notre beau pays.
    Bises et bon samedi - ZAZA

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  5. merci pour cette mise en perspective historique, Jeanne

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  6. Le monde tourne et n'apprend pas grand chose de l'histoire, les générations passent et veulent chaque fois expérimenter leurs propres désillusions hélas!

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  7. Tu te trompes, les écoliers de France n'ont ni 1936 en tête, ni aucune autre date, ils ne pensent qu'aux jeux vidéos et croient qu'ils gagneront de l'argent facilement en montrant leur trombine à la télé.

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